LE MIROIR DES HEL'IXES
Dci:icre le mur roug^e où grimpent en feston
La vig-ne et la glycine, Une fille frappe la dalle, du talon,
Dans la calle voisine.
Puis tout se tait, et le silence de nouveau
S'étale, s'éternise, Jusqu'à ce que le bruit d'une rame sur l'eau
Le disperse et le brise...
Le rio, la calle, le ciel et le jardin,
Cette cloche qui sonne, Et ce silence, et cette odeur, et ce matin,
Et ces roses d'automne,
0 mon cœur, tout cela qui passe, tout cela Oui te charme et t'enchante,
Jouis-en, ô mon cœur, car chaque instant s'en va Et nulle heure n'est lente 1
(■(O l'Ë Miuoiu Dfca UEL'iv::S
Et cependant que te faut-il pour que tu sois Plein d'une flamme alerte?
II suffit du parfum de ces fleurs que tu vois Par la fenêtre ouverte.
Aurais-je cru jamais que tu fusses content
De si peu, cœur avide, Toi qui rêvais jadis quelque illustre tourment
Où battre, plus rapide !
Mais à quoi bon ce songe et qu'importent ces vœux
Où le destin s'oppose, Car c'est ceci que j'aime et ceci que je veux
Sans qu'il soit autre chose :
C'est un étroit jardin auprès d'un vieux canal
Sous ce ciel d'Italie Où sonne, avec un bruit de soie et de cristal,
Une heure où tout s'oublie.
LB UII\011V DES HEUnES 6l
Que d'autres aient pour eux ces beaux soleils couchants
Qui dorent la mémoire, Le triomphe, la joie et le rire et les chants,
La jeunesse, la gloire,
G est bien! mais moi, j'entends tout bas clapoter l'eau
Aux marches de ma porte, Et je veux en g-ondole aller à Torcello,
Par la lagune morte,
Et je verrai, ce soir, la lune au croissant clair
Se lever sur Fusine, Dans celte odeur de sel et d'iode qu'a l'air
De Venise marine.
6a LE MinOlH DE3 HEURKS