‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 48 sur 105 · LA GLOIRE · texte numérisé non relu

LA GLOIRE

Je suis fier, car je sais, comme le plus robuste, Tendre l'arc recourbe d'où part la flècbe juste, Et parce que mon bras musculeux sait comment On dompte l'étalon, le hongre, la jument, Et de quel geste sûr, par l'épieu, l'on transperce Le loup qui se débat ou l'ours qui se renverse ! Caria chasse est un jeu magnifique. Elle sert A durcir sourdement le muscle sous la chair Et, lorsque l'on poursuit les botes au poil rude,

LE MIROm DES AMANTS 12$

Leur rencontre, farouche et sauvage, prélude

Au plaisir plus mortel, plus meurtrier, plus beau,

De brandir au soleil le g'iaîve au lourd pommeau

Que la Guerre implacable et qui souffle la haine

Fait luire au poing- fermé de l'homme qu'elle entraîne

Et qu'elle rue, avec des cris, et d'un seul bond,

Vers la Victoire en sang- debout à l'horizon I

C'est pourquoi je suis orgueilleux, sentant leur force.

De mon bras énergique et de mon jeune torse ;

Mais c'est moins d'eux pourtant que me vient ma fierté,

Ni de la flèche aiguë ou du glaive irrité,

Que d'avoir, délaissant leur double exploit stupide,

Cueilli, le cœur battant et le geste timide,

La rose du hallier et le lis du ravin

Pour en offrir l'hommage à ton regard divin

Que charme leur couleur et réjouit leur vue,

Et de pouvoir, étreint par toute ta chair nue,

Faire, amant triomphal et vainqueur glorieux,

Gémir d'amour ta bouche et se fermer tes yeux.

ia4 LE MIROIR DES HEURES

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