‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 49 sur 105 · L'INTRUS · texte numérisé non relu

L'INTRUS

Il fait sombre ; la rue est grise, le ciel bas... Le spleen à l'aile maigre et qu'alourdit la fange, Fantôme familier qui n'est pas même étrange, Visite les amants et leur parle tout bas.

Aux uns, pour que leur cœur s'en distraie, il conseille

De chercher autre part une autre volupté

Et, tandis qu'il les pousse à l'infidélité,

Sa monotone voix bourdonne à leur oreille,

LE MIftOm DES AMANTS

Aux autres, pour g-uérir un mal qui vient de lui, Leur reprochant leur bouche et leurs mains inactives, Il persuade avec des paroles lascives D'essayer de plaisirs qui trompent leur ennui.

C'est alors que, dupés au double stratag-ème, Ils rêvent sourdement à leur désir nouveau, D'une main frémissante écartant le rideau, Leur front pâle appuyé contre la vitre blême...

Mais, tu n'entreras pas, Démon au vol pesant ; En vain g-ratte au carreau ton aile désarmée, Le crépuscule en vain sur la ville embrumée Tombe, ce n'est pas toi que ma veillée attend ;

Ici, dans l'âtre vif, brille une flamme ardente. Que m'importe l'automne et que me fait le soir, L'image d'une rose y rit dans le miroir I Le silence est divin et l'ombre est odorante...

Va-t'en. Je suis heureux. L'Amour est là. Va-t-en !

Page 1