‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 56 sur 105 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Je connais ce visag-e et ces yeux, et ta bouche,

Je la connais aussi, Et cet air inquiet, misérable et farouche

En lequel te voici .

Je sais pourquoi tes mains, ami, tremblent encore

De désir et de peur, Et que, sijetâtais ta poitrine sonore

A l'endroit de ton cœur,

l4o LB MIROm DES HEURES

Je le sentirais battre et frémir sous mon pouce

Au choc sourd de ton sang- ; Je sais pourquoi ta voix est rauque, lasse et douce

Et ton pas chancelant.

C'est parce que ta lèvre a prononcé dans l'ombre

Un nom mystérieux Et qu'une forme nue en ta mémoire sombre

Brûle devant tes yeux !

Car te voici, ce soir, Dieu qui redeviens homme,

Revenu sans retour Du ténébreux, ardent et terrible royaume

Où t'a conduit l'amour 1

LB MIROIR DES AMANTS l4l

Ce n'est pas moi qui parle en ces vers. Non, c'est vous^ Amants heureux, amants trahis, amants jaloux, Vous qui dites tout haut par mes lèvres fermées Ce que vous murmuriez sur des bouches aimées Et ce que votre voix de colère et d'amour, Maudissant la lumière ou bénissant le Jour, Répétait, furieuse ou douce, rauque ou tendre... Ma parole est l'écho où l'on peut vous entendre. Toi, dont la passion fat un songe vermeil. Plein de roses, de chants, de Joie et de soleil. Et toi qui, déchiré par l'anxieux tourment De la chair qui se donne et de l'âme qui ment, Cherches, vaine toujours au milieu du bois sombre^ D'arbre en arbre, à saisir le prestige d'une ombre Qui se montre et se cache à travers les cyprès ; Et toi qui, tout saignant de honte et de regrets,

U MIHOm DES HEURES

T'es assis en pleurant sur le bord de la route ; C'est vous tous, tour à tour, que ma mémoire écoute, Amants heureux, amants trahis, amants jaloux, Et ce n'est pas moi qui parle en ces vers. C'est vous/

SEPT ESTAMPES AMOUREUSES

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