‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 58 sur 105 · ALBERTE AU CHER VISAGE · texte numérisé non relu

ALBERTE AU CHER VISAGE

Lorsque je pense à vous, Alberte au cher visag-e, Et, quel que soit le lieu, le jour ou la saison, Quand je vois à mes yeux se former votre imag-e, Je suis comme quelqu'un qui sort de sa prison :

Un voile ténébreux devant moi se déchire Et s'ouvre tout à coup sur un ciel plein d'oiseaux. Ma bouche avec ivresse, à l'air qu'elle respire, VoluptueusemcQt, trouve des goûts nouveaux ;

SEPT ESTAMPKS AMOUREUSES l49

J'entends chanter en moi des fontaines sonores Que n'épuiseraient pas les feux de cent étés Et qui savent garder la fraîcheur des aurores Sous le pesant soleil des midis irrités ;

Je crois aller vers vous par un jardin d'Asie Que parfument des fleurs qui ne se fanent pas, Et je sens se hausser, en sa pourpre polie, Une marche de marbre à chacun de mes pas ;

Puis c'est un grand silence où bat le cœur des choses Et tout semble éternel, ineffable et divin, Et le rouge pétale où s'effeuillent les roses Jusques à votre seuil me montre le chemin...

Et cependant la rue autour de moi bourdonne, A moins que, dans ma chambre au plafond enfumé, Je n'écoute vibrer l'horloge monotone Ou l'averse frappant le carreau refermé;

Mais, pour faire en mon coeur naître, par votre image, Ces roses, ces jardins, ces fontaines, ces cieux. Il suffît que je pense à ce jeune visage Dont les jeux à jamais ont ébloui mes jeux !

}.E MlIVOiR UES HEURES

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