‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 67 sur 105 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

Je suis mort. J'ai fermé mes yeux à la clarté.

Celui qui fut hier Proklès de Clazomène

N'est plus qu'une ombre errante et qu'une cendre vaine,

Sans parents, sans amis, sans maison, sans cité.

Est-ce déjà mon tour de boire au froid Léthé? Mais le sang ralenti s'est fig"é dans ma veine; Fleur du sol d'Ionie, à quinze ans, c'est à peine Si mon printemps trop bi^ef devina son été.

Adieu, ville I Je pars pour le sombre voyage Et j'emporte avec moi pour payer mon passage La drachme que l'on doit au nocher souterrain.

Heureux à son métal de retrouver encore, Sur le disque d'argent qui luira dans ma main, Le beau cygne qui manque au fleuve sans aurore!

LE MEUAILMER I7I

Les Dieuxm'aiment, Passant ; c'est pourquoi je suis morte Dans Téclat parfumé de ma jeunesse en fleur; Jusqu'au trépas ma joue a g-ardé sa couleur, Et mon corps est lég'er au destin qui l'emporte.

Que le printemps sans moi reparaisse, qu'importe ! Ne crois pas que mon sort mérite quelque pleur Parce que, quand viendra rétc lourd de chaleur, Je ne m'assoirai plus sur le seuil de ma porte :

Je ne regrette rien de la clarté du jour.

J'ai vu ta face, ô Mort, et ton visag-e, Amour !

A qui fut doux l'amour, la mort n'est pas cruelle.

Je descends vers le Stjx et non vers le Lélhé, Car, pour me souvenir que, là-haut, je fus belle, N'ai-je point le miroir où riait ma beauté?

1721 LE MinOIH DES HEURES

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