EPITAPHE
Je suis mort. J'ai fermé mes yeux à la clarté.
Celui qui fut hier Proklès de Clazomène
N'est plus qu'une ombre errante et qu'une cendre vaine,
Sans parents, sans amis, sans maison, sans cité.
Est-ce déjà mon tour de boire au froid Léthé? Mais le sang ralenti s'est fig"é dans ma veine; Fleur du sol d'Ionie, à quinze ans, c'est à peine Si mon printemps trop bi^ef devina son été.
Adieu, ville I Je pars pour le sombre voyage Et j'emporte avec moi pour payer mon passage La drachme que l'on doit au nocher souterrain.
Heureux à son métal de retrouver encore, Sur le disque d'argent qui luira dans ma main, Le beau cygne qui manque au fleuve sans aurore!
LE MEUAILMER I7I
Les Dieuxm'aiment, Passant ; c'est pourquoi je suis morte Dans Téclat parfumé de ma jeunesse en fleur; Jusqu'au trépas ma joue a g-ardé sa couleur, Et mon corps est lég'er au destin qui l'emporte.
Que le printemps sans moi reparaisse, qu'importe ! Ne crois pas que mon sort mérite quelque pleur Parce que, quand viendra rétc lourd de chaleur, Je ne m'assoirai plus sur le seuil de ma porte :
Je ne regrette rien de la clarté du jour.
J'ai vu ta face, ô Mort, et ton visag-e, Amour !
A qui fut doux l'amour, la mort n'est pas cruelle.
Je descends vers le Stjx et non vers le Lélhé, Car, pour me souvenir que, là-haut, je fus belle, N'ai-je point le miroir où riait ma beauté?
1721 LE MinOIH DES HEURES