‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 77 sur 105 · L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE

à M le Comte Primoli.

Sa jeunesse jadis a vu naître l'aurore Dans le ciel matinal et sur les calmes eaux, Et le soleil, de ses rayons horizontaux, Teindre de mille feux les ondes du Bosphore ;

Maintenant, devant lui, la foule au pas sonore Passe invisiblement sans hâte ni repos, Et ses yeux, sur le monde, à jamais se sont clos. Son reg^ard ne voit pas l'aumône qu'il implore.

Sur le grand pont qui joint Stamboul à Galata, Pareil au Souvenir, chaque jour, il est là. Si la ville, là-bas, est d'or ou d'hyacinthe,

Qu'importe! Un rêve ardent remplit sa cécité, Car il conserve encor, vivante en sa beauté, Constautinople au fond de sa prunelle éteinte I

LE MÉDAILUEIV l83

Page 1