‹ Le miroir des joursChapitre 116 sur 120 · VANITE · texte numérisé non relu

VANITE

Aux feux de mon esprit qui s'allume dans l'ombre,

Je me regarde vivre avec étoimemeiit :

Une fierté triomphe en ma stature sombre,

Et je suis comme un roi promis au firmament !

J'ai des chants de victoire au coeur, je me célèbre I Comme autrefois David devant l'arche a dansé, J'élève un hymne d'or à ma propre ténèbre, Et d'un éclair divin je me sens traversé I

Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne. S'il est quelqu'un meilleur, c'est qu'il existe un Dieu 1 Et mon être est marqué, comme l'élu, d'un signe Tel qu'on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !

Vanité ! vanité ! — Ta poussière superbe Qui s'aime et se contemple, un vent l'emportera ! Et, comme après l'été splendide le brin d'herbe, Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira I

Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres, Et vanité des mains oii l'on s'est caressé ! Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres Quand l'agonie horrible et longue aura passé f

La terre confondra dans une même fange L'humble et celui qui fut de son âme orgueilleux. Et rien n'apparaîtra sur leurs tombes d'étrange ; Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux.

Vanité ! vanité ! — Courbe ton front que dresse Plus haut que ton destin l'ambitieux désir ! La mort, de toutes parts, avidement te presse, Le néant d'où tu sors cherche à te ressaisir 1

Cris de gloire perdus, qu'on peut à peine entendre Dans la sourde rumeur que fait l'humanité. Vous montez d'une bouche oii reste un goût de cendre, Vous n'êtes qu'un vain bruit par lui-même écouté I

Vanité I — Tout s'éteint, tout expire et tout passe, L'astre dans sa clarté, le monde en son orgueil 1 Et l'homme, qui remplit de tumulte l'espace, Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !

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