‹ Le miroir des joursChapitre 29 sur 120 · PREMIERE FEUILLE MORTE · texte numérisé non relu

PREMIERE FEUILLE MORTE

Quelques feuilles au bout des branches sont jaunies. Les arbres ont encor de frêles harmonies Et, bercés par le vent qu'attiédit le soleil, Ils rêvent d'un automne au lourd été pareil. Mais voici que Septembre, au détour de l'année, Vient diuis la pourpre et l'or fixer leur destinée. Leur songe bienheureux ne l'entend pas venir. Jl> «'ontiiiuent, entre leurs bras gris, de tenir De tout petits fragments d'azur, et les balancent,ï^^t même les oiseaux ne savent ce qu'ils pensent. . .

g2 LE MIROIR DES JOURS

— Cette feuille qui choit, ne l'entendez-vous pas î Comme un papillon large elle vole, là-bas, Emportant avec elle un peu du grand murmure Qui s'élève, comme un cantique, des ramures. C'est dans votre musique une note de moins ; jC'est votre gloire, dont vous n'êtes pas témoins Tant votre tête semble impassible et sereine. Qui, feuille à feuille, meurt sous l'insensible haleine.

A L'AIITOITNE

Par la couleur du ciel et les plaintes du vent,

Par les tons nuancés du feuillage mouvant,

Pur mou désir de rêve et mon coeur qui frissonne,

J'ai senti de là-bas venir vers nous l'automne.

Dans la sérénité profonde des beaux soirs

Où la lune apparaît bleue au firmament noir,

Malg:ré les astres claii's, on l'aperçoit qui rôde

Sur le gazon, ou dans les coins des chambres chaudes.

Il émane de lui je ne sais quoi de doux

<^>ui frôle notre chair et qui pénètre en nous.

g^ LE MIROIR DES JOURS

Qui nous change, on dirait, en une autre substance,

Comme si l'on était de l'air ou du silence !

D semble que l'on ait des ailes ; que le poids

De notre corps se fonde et renaisse à la fois ;

Qu'un bonheur à travers notre âme triste passe,

Qu'on n'ait plus qu'un degré pour atteindre à l'extase !

0 volupté de vivre, ô charme alanguissant !

— ^Automne qui nous mets du plaisir dans le sang,

Qui nous berces, pareil à la bonne nourrice.

Jusqu'à ce que notre âme en tes bras s'assoupisse,

Je t'aime d'un amour sensuel et païen !

Et je t'élève, ô dieu, fait de songe ancien.

Un temple au clair autel entouré de balustres.

Où mon coeur balancé brûle comme un grand lustre I

LE MIROIR DES JOURS g^

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