‹ Le miroir des joursChapitre 40 sur 120 · APOLOGIE A L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

APOLOGIE A L'AUTOMNE

J'ai vainement lutté contre ton charme, Automne : A ton impérieux attrait je m'abandonne.

J'ai cru que je n'avais qu'à te fermer mon coeur Pour me soustraire au doux péril de ta langueur, Mais ta beauté sereine à jamais me possède. Et pareil à la feuille au vent puissant, je cède. . . Je ne puis pas ne pas t'aimer sans repentir I Je ne puis pas ne pas te voir ni te sentir, Puisque ta grâce grave en mes yeux est entrée. Et que de ta splendeur mon âme est pénétrée !

En tes bras, que j'ai fuis par crainte d'y mourir,

Prends-moi ! Berce mon coeur faible de trop souffrir.

Endors-moi, si tu veux, pourvu que dans mon rêve

J'entende murmurer l'arbre au vent qui s'élève,

Et que je voie, au fond de l'horizon pourpré,

Descendre avec lenteur le grand soleil doré !

J'accepte ton sommeil, fût-il fatal à l'âme.

Je le désire, Automne, et même le réclame !

Et j'ai honte aujourd'hui des mots présomptueux

Que proféra mon coeur subjugué, mais peureux.

Je ne repousse plus, je subis et j'appelle

Ton influence étrange, ô Saison la plus belle,

0 ciel baigné de brume où transparait l'azur,

O terre dépouillée où tombe le fruit mûr !

Sur la ville bruyante et de laideur punie,

Tu fais régner. Automne, une paix infinie.

Et ton soleil couchant rayonnant sur les toits

Rend toute chose pure et douce comme toi.

Je t'aime, car tu mets ton coeur sur ma pensée,

Comme une Imic d'or sur une oiule apaisée. . .

LE MIROIR DES J0UR8 g^

Page 1