‹ Le miroir des joursChapitre 55 sur 120 · LE MAUVAIS VOYAGE · texte numérisé non relu

LE MAUVAIS VOYAGE

Les nuages me font songer aux grands départs Pour des pays lointains, par delà les mers bleues. — ^Vous voulez voyager à des milliers de lieues î Fermez vos yeux d'amour: la caravelle part !

Là, nous sommes sur l'eau qui berce. Le vent chante. La mer vaste a pour borne un cercle d'horizon, Et le oiel est sur nous comme un toit de maison. Rêvons, car il n'est rien ici qui nous tourmente.

Une rive s'annonce à la rumeur de l'air. — En esprit, l'on voyage si vite . . . — 0 fortune 1 Comment cela se fait-il donc ? Mais c'est la lune 1 Mignonne, nous voici dans un astre, c'est clair !

Nous partirons ce soir par le dernier nuage.

Le paysage est beau, mais un peu froid, vraiment . . .

Et puis, c'est situé bien haut le firmament . . .

Si l'on tombait . . . Sortons d'ici 1 Foin du voyage !

Ouvrez vos yeux, mignonne, et daignez constater, Sans tristesse soudaine et sans folle rancune, Comme tous nos projets finissent dans la lune, Et qu'on en redescend toujours pour y monter I

LA MESSAGERE

La fleur, exquise messagère, En son petit coeur rose ou bleu Qu'embaume une senteur légère.

Enferme l'infini d'un voeu.

Frissonnante dans sa corolle, La fleur, ce vivant billet doux, Exhale en parfum la parole Dite, en tremblant, du fond de nous.

Parfois, sous le poids chaud d'une âme, Meurtrie, elle se penche et meurt . . .

H faut être poète ou femme Pour ne pas accabler la fleur.

Seule, une phrase délicate Brûle en elle comme un encens ; Mais son âme fragile éclate Sous le fardeau des mots pesants.

Pour épargner sa grâce fine, Confions-lui le rêve aimé Dont l'émoi subtil se devine, En un soupir, sans l'exprimer.

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