‹ Le miroir des joursChapitre 74 sur 120 · EVOCATION · texte numérisé non relu

EVOCATION

Le ciel sombre est troué d'étoiles oui frémissent.

Sur la neige, en chantant, les traîneaux légers glissent.

Un peu de lune pâle aux fenêtres paraît.

Le silence est profond, apaisant et secret.

Amicalement, l'ombre en ma chnmbre est entrée,

Et mon âme, aussitôt de calme pénétrée,

A son charme puissant, docile, se livra,

Et dans l'oubli nocturne, indolente, rêva. . .

Le tic-tac régulier de l'horloge hâtive

Hythraait les pas égaux de l'heure fugitive ;

Et pour mieux voir surgir les souvenirs aimés, Je me tenais, comme endormi, les yeux fermés.

0 fantômes d'amour, apparitions chères

Qui gardez le passé dans vos prunelles claires ;

Lèvres au parler doux qui disiez vos douleurs

En un baiser encor tout tremblant sous les pleurs ;

Femmes par qui la vie était une promesse ;

Mains de sollicitude et regards de caresse ;

Longs attendrissements du coeur, ivre d'orgueil

Au sourire adoré du triomphal accueil !. . .

Regrets des bras tendus soudainement, asile

D'oii le sort, en un jour funeste, nous exile !

Et me voilà rêvant, plein d'amertume, à vous,

Tendresses d'autrefois, bonheurs, grands espoirs fous ! .

Pourquoi les jours heureux dont plus rien ne subsiste,

Par l'évocation rendent-ils l'âme triste î

Si la mémoire, hélas ! n'en peut ressusciter

L'ancienne jouissance et la félicité

Sans en pleurer toujours la perte irréparable,

Et si leur souvenir fait l'homme misérable,

Mieux vaudrait retrancher, héroïque et sauveur,

La moitié de la vie et la moitié du coeur !

Ah ! le présent brutal dans son étau nous broie : Si le passé pouvait nous rendre un peu de joie En un songe incertain de sommeil commencé, Qui nous prît l'âme avec douceur, sans la blesser I

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