LE DIMANCHE
C'est dimanche, et voyez !
Dans la prairie en fleurs Butine activement l'abeille diligente !
L’incrédule ruisseau dont le flot bleu s’argente Abreuve encore l'herbe et les merles siffleurs !
Insatiable, au ciel tiède et pur, l’hirondelle, Dédaigneuse de Dieu, Poursuit les moucherons ! Et les arbres, berçant au vent leurs larges fronts, Continuent d'enrichir leur frondaison nouvelle !
Les oïiseaux—ces païens gentils—tressent leurs nids Et pondent sans repos de petits oeufs fragiles !
Et les brises de mai qui passent sur les villes
Ont des frémissements de fraîcheur impunis !
C’est dimanche. Au pignon la girouette tourne
Comme un jour de semaine ordinaire, et l’on voit
A la fontaine un chien libre-pen$eur qui boit !
Et des hommes méchants font du pain, qu’on enfourne !
L'eau coule, i’herbe pousse, et la sève au tronc vieux Monte, et l’amour, dans l’ombre, ainsi qu’hier, tressaille ! L’horloge va son train et la terre travaille ! C’est dimanche, et la fleur fleurit !
—C’est scandaleux !
LE MIROIR DEg JOURS me ee.
AMCUR SYLVESTRE
Comme si vous aviez pris racine en mon coeur,
Je vous dirai toujours : Beaux arbres, je vaus aime { Erables, vous Surtout, dont la feuille est l’emblême Du pays où je vis ma joie et ma douleur.
Qu'un tendre amour rend l’âme encline à la douceur ! Depuis que J'ai passé sous votre ombre, un poème Chante adorablement au-dedans de moi-même, Comme si vous chérir faisait l’homme meilleur !
Honneur à VOS rameaux, gloire à Vos vertes cîmes Qui composent, le soir, sur de fluides rimes, L’hymne Je plus léger, le plus fin, le plus grand !
Lorsque je vous écoute aux clartés de la lune, Dans le grave silence, un désir fou me prend D’étreindre vos troncs vieux Couverts d’écorce brune !