‹ Le miroir des jours [microforme]Chapitre 10 sur 125 · LE DIMANCHE · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE

C'est dimanche, et voyez !

Dans la prairie en fleurs Butine activement l'abeille diligente !

L’incrédule ruisseau dont le flot bleu s’argente Abreuve encore l'herbe et les merles siffleurs !

Insatiable, au ciel tiède et pur, l’hirondelle, Dédaigneuse de Dieu, Poursuit les moucherons ! Et les arbres, berçant au vent leurs larges fronts, Continuent d'enrichir leur frondaison nouvelle !

Les oïiseaux—ces païens gentils—tressent leurs nids Et pondent sans repos de petits oeufs fragiles !

Et les brises de mai qui passent sur les villes

Ont des frémissements de fraîcheur impunis !

C’est dimanche. Au pignon la girouette tourne

Comme un jour de semaine ordinaire, et l’on voit

A la fontaine un chien libre-pen$eur qui boit !

Et des hommes méchants font du pain, qu’on enfourne !

L'eau coule, i’herbe pousse, et la sève au tronc vieux Monte, et l’amour, dans l’ombre, ainsi qu’hier, tressaille ! L’horloge va son train et la terre travaille ! C’est dimanche, et la fleur fleurit !

—C’est scandaleux !

LE MIROIR DEg JOURS me ee.

AMCUR SYLVESTRE

Comme si vous aviez pris racine en mon coeur,

Je vous dirai toujours : Beaux arbres, je vaus aime { Erables, vous Surtout, dont la feuille est l’emblême Du pays où je vis ma joie et ma douleur.

Qu'un tendre amour rend l’âme encline à la douceur ! Depuis que J'ai passé sous votre ombre, un poème Chante adorablement au-dedans de moi-même, Comme si vous chérir faisait l’homme meilleur !

Honneur à VOS rameaux, gloire à Vos vertes cîmes Qui composent, le soir, sur de fluides rimes, L’hymne Je plus léger, le plus fin, le plus grand !

Lorsque je vous écoute aux clartés de la lune, Dans le grave silence, un désir fou me prend D’étreindre vos troncs vieux Couverts d’écorce brune !

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