‹ Le miroir des jours [microforme]Chapitre 118 sur 125 · VANITE · texte numérisé non relu

VANITE

Aux feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre, Je me regarde vivre avec étonnement ;

Une fierté triomphe en ma statvre sombre,

Et je suis comme un roi promis au firmament !

J’ai des chants de victoire au coeur, je me célèbre ! Comme autrefois David devant l'arche a dansé, J’élève un hymne &’or à ma propre ténèbre,

Et d’un éclair divin je me sens traversé !

LE MIROIR DES JOURS pe nm rm :

Je suis mon seul amour, Je suis grand. Je suis digne. S'il est quelqu'un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu ! Et mon être est marqué, comme l'élu, d’un signe

Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !

Vanité ! vanité !—Ta poussière superbe

Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera ! Et, comme après l’été splendide le brin d'herbe, Ton corps, ton Pauvre corps lentement pourrira !

Vanité des beaux Jeux et vanité des lèvres, Et vanité des mains où l’on s’est caressé !

Que restera-t-il done des frissons et des fièvres

Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?

La terre confondra dans une même fange L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux, Et rien n'apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ; Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux.

Vanité ! vanité !—Courbe ton froui que dresse Plus haut que ton destin l’amb'tieux désir !

La mort, de toutes parts, aviderient te presse,

Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !

Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre Dans la sourde rumeur que fait l'humanité, Vous montez d’hne bouche où reste un goût de cendre,

Vous n'êtes qu'un vain bruit par lui-même écouté !

Vanité !—Tout s'éteint, tout expire et tout passe, L'astre dans sa clarté, le monde en son orgueil ! Et l’homme, qui remplit de tum:lte l’espace,

Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !

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