‹ Le miroir des jours [microforme]Chapitre 120 sur 125 · ASPIRATION · texte numérisé non relu

ASPIRATION

Ah ! ce besoin d’aimer, cette ardeur infinie, Ce grand rêve fervent de bonheur immortel, C’est lui qui dans nos coeurs suscite une harmonie Et nous donne l’espoir consolateur du ciel !

C’est lui qui chante en nous d’une voix souveraine, Qui soutient notre vie au long des jours mauvais ; C’est ce mystérieux désir qui nous entraîne

Et répète: Viens-t’en, pauvre âme, où je m’en vais...

Je l'ai trouvé caché tout au fond de moi-même ; Sans doute, il m'attendait dans mon petit berceau, Et mon faible soupir fut, après le baptême,

Une aspiration divine vers là-haut.

Dès que notre regard ouvert à la lumière Reçoit l'impression de la réalité,

Dieu dirige un rayon de la splendeur première Vers l’homme, qui toujours en demeure hanté.

Son âme vainement agite ses deux ailes ;

Il sent peser sur lui la peine de l'exil, Et sa soif et sa faim d'amour sont éternelles ! Ce bonheur convoité si fort, l’atteindra-t-il ?

Sa faiblesse l’attriste et son effort le blesse,

Mais vers le but son vol anxieux est constant ;

Il sent que ce qui fait sa sublime noblesse,

C'est de monter, malgré sa misère, :n chantant !

LE MIROIR DES JOURS a —

Ah ! s'évader enfin des ombres de la terre, Libre comme un oiseau dans l’azur enchanté !

Pour l’âme, quelle ivresse exquise et salutaire De sentir le frisson sacré de la Beauté !

Si Dieu n’avait pas mis en nous l'élan suprême, L’initial essor du coeur tendant au ciel ;

Si nous devions croupir, peuple morne au front blême, Dans la matière épaisse et le hideux réel,

O désolation de vivre, nuit affreuse !

Fauves rugissements des brutaux appétits |!

Et, dans le sang versé dont la mare se creuse, Râles, sous les talons vainqueurs, des tout petits !

Précieuse croyance en la bonne justice, Bel hymne intérieur d'espérance et d'amour, Relève mon courage au bord du précipice

Et ne me quitte pas jusqu’à mon dernier jour |!

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