LES MOTS VIVANTS
Parfois, des livres morts les mots semblent vivants, Et je ne serais pas surpris, Ô bons vieux maîtres,
Si vos mots anciens, familiers ou savants,
Avaient, pareils aux traits expressifs des enfants, Des tressaillements vifs aux rides de leurs lettres !
Les mots souffrent, ayant aussi leurs passions. Ils tremblent de colère, ils pleurent de détresse ; Ils déchaînent la guerre au sein des nations E Et les mots de Ronsard sont pleins d’affliction
Devant le sang qui coule et le bûcher qu’on dresse !
LE MIROIR DES JOURS 179 a nm Souvent, Certains d’entre eux ont des sourires fins ; On voit réellement leur mobile figure F Ils ont des Yeux, ils font des gestes de leurs mains ; Et les mots de Corneille ainsi sont des Romains Que la religion de l'honneur transfigure.
Et d’autres ont un coeur brûlant de volupté ! Pas un qui Par un soir d’aveu ne s’attendrisse | Is sont voués au culte ardent de la Beauté ; Et les mots de Musset ont tous, en vérité,
Un long pleur éternel qui resplendit et glisse...