‹ Le Misanthrope, comédie en 5 actes et en versChapitre 26 sur 32 · FIN DU QUATRIÈME ACTE · texte numérisé non relu

FIN DU QUATRIÈME ACTE

, .Â.CTE: GïftQtJIEME. '. \

•-•V SGÈkE I".' ■■; :;..'

PHILINTE -, ALCESTE. m '

'' . - .. ALOESTE, ., La résolution, en est prisé , vous.dis-je. '..'

PHILINTE. .■•-.•.' Mai^ quel que soit ce coup" -, faut-il qu'il vous

oblige.... . ,: • " '

ALCESTEv Non, yons avez beau.faire et beau/nie raisonner, Rien, de ce que je dis, ne me peut détourner : Trop de perversité .règne au^ siècle pu nous

sommes; .- : , '„ 7 Et je. veux me. tirer du cominerce des hommes.. Quoi] contre ma patrie, on voit tout à.Ia -fois L'ho'npeur, la' probité, la pudeur et les lois ; On publie en tous lieux l'équité de ma cause ; : Sur la foi de m°n droit mon âme, se irepose ;. /1. Cependant je me Vois trompé par le succès.

J'ai pour moi la justice, et je perds mon procès ! Un traître, dont bu sait la scandaleuse histoire, Est sorti .triomphant, d? une ifàrisseté noire!; Toute la bonne foi cède à sa trahison !

H trouve, en mfégorgeant, moyen d'avoir raison! Le poids de Sa grimace, où brille l'artifiée,,. Renverse le bon drpit et tourne la justice ! . Il fait par un arrêt couronner-senfp'rfaib; . >- Et non content encor iiir.to.rt que ton me fait, •■ Il court parmi le monde un livre abominable, Et de-qui la.lectùrè est même condamnable ; Un livre à.rifériter la dernière rigueur, - Dont le fpurbe a le front de'me faire l'auteur! Et là-dessus pn voit Oronte qui murmure, Et tâche méchamment d'appuyer l'imposture !

Lui, qui d'un honnête homme a la coui- tient le

r.anS> ... ' • " «A qui je n'ai rien fait qp'êtresincère et franc, Qui me vient", malgré moi , d'une ardeur em--

pressée, ', ■' Sur des vers qu'il a,faite demander ma pensé ; Et parc» que J'en use avec.honnêteté ,'■■■' Et ne le veux' trahir, lui, ni la vérité,' Il aide à m'accàbler d'an crime imaginaire !

Le voilà devenu mon plus grand adversaire !

Et jamais de son coeur je n'aurai de pardon , . Pour n'avoir-pas trouvé que son sonnet fût bon ! Et les hommes',' morbleu i'sont fàits.dècette sorte!. C'est à ces actions que la gloire les pbrté!

Voilà la,bpnne foi, le iè\e vertueux,

La justice et'l'honriejir que l'on trouve chez eux !

Allons,- c'est trop souffrir les chagrins -qu'on

nousfprge'; ■■■■'■:•■

Tirons-nous dé ce bois et de ce èoupe^gorge. •'■

Puisqu'entre humains ainsi vous vivez en vrais

loups; " ' '''■

Traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.

.y, .;.:''■■' 7 PHILINTE.- '■ "''■

Je trouve un peu bien prompt lé dessein-où VPUS

êtes,: :. ■■'. •'■' ' ■-,- ■ ■-- :' ■ ' ;

Et tout le mal n'est pas si grand que vous lé

faites.: '.. .;■•: '•',■.".''■:

Ce que votre;.partie ose vous imputer

N'a point éù- le- crédit- de vous faire arrêter ;

On voit son faux rapport lui-même se détruire,

Et c'est une action qui pourrait bien lui nuire-

ACTE -Y ;, SCÈNE JU 433-- Lui ! de- semblables tours il ne craint point l'é--

clat?" ••'■'•:' • ■!■■■,:

Il a permission d'être franc scélérat ;' Et, loin qu'à son crédit nuise! cette aventure, On l'en verra demain en meilleure posture:,

. . :'; PHILINTE.-. .7- . :..7 ..,.- - ; Enfin il est constant qu'on n'a pas trop donné Au bruit que centre yeua.sa malice a tourné ; ' De ce côté, déjà,! VPUS n'avez rien à craindre ; Et peur vptre precès, dent' vôiis peuvez ypus

plaindre, Il vpus est en-justice aisé d'-y revenir, Et, contre cet arrêt.....ï !

■■ ' ; ..-. . . -, ALCE$TE,: . ...;•.-: .■'-..; :..-,■

' • , • Non,: je veux m'y tenir.

Quelque sensible, tort -qu'un' tel arrêt: mé fasse , Je me garderai/bien de vouloir qu'on le'casse, On y vojt'trpp S plein le bon.drôitmàltrâité, Et je veux qu'il demeurera là postérité, Comme une marque., insigne, un fameux, té--

moignage ' '. ".■'...'' Delà méchanceté, des hommesde notre âge. " .

Ce sont .vingt mille francs; qji'il m'en pourra

coûter;. ... '-'":'• MaiSj ppurvingt nnU-le..francs,. j'aurai droit de

.pester- :-.!..< ,,..:.....' . ,:'.. -!, -..'.-:• Contre l'iniquité* de la nature humaine.;-. . Et de nourrir pbur elle une immortelle haine. ;

.. -' t . ■'. PHMJNTE* -, ■ ■':•■■ i.'-: -.'...- !'■ Mais enfin...'.,:;.; - .,';...,'.. ; '.■:•;■■■'■

.- ■ -,-. "■■ "■ • ;,.-V.--AÏLGE$TÉ... " • . -;. . ,- .. t ■ A :

Mais,enfin„Vpsso.ins s'ont:5uperflus.

Quepouyeznyqusijimo'nsi'eur, tne djrelàidésus? Aurez-vous bien le frpntdfc me veulnir > en face, Excuser.lesliorrftrtrft.deitouti.ee qui se passo? '7

PHILItJTE.

Non, je tombe d'accord de tout ce qu'il vous

plaît; Tout marche par cabale, et par pur intérêt; Ce n'est plus que là' ruse aujourd'hui qui l'em--

porte ,7 - ■..''."'"■■ Et les hommes devraient être faits d'autre sorte. Mais est-ce une raison que leur peu d'équité'/' Pour vouloir se tirer de leur-société ?'■ Tous-ces défauts'humains nous donnent, dans

la .vie,.' ; . ' •' ■ .-.<•■ ■", Des moyens d'exercer nôtre philosophie :

C'est le plus bel emploi qùé trouvé la vertu ;. Et si de probité tout était revêtu, Si tous lés coeurs étaient francs, justes et dociles, La plupart des vertus nous seraient inutiles ; Puisqu'on en met l'usagé à po'uvqi'r, sans ennui, Supporter dans nos droits l'injustice d'autrui ; Et, de mêlnè qu'un coeur, d'une vertu prcfpnde..-.',

- " .-•"-■• '.ALCESTE.' ' ''.'• " !'■ ■ lésais, que.vous parlez, monsieur, le-mieuxdu

monde:

Eri beaux raisonnements vous abondez toujours ; Mais'yous perdez le temps et tons yôs'iieaux

discours.

La raison/pottrmon bien, veut que je me retire ; Je n'ai point sur ma langue un assez grand em--

pire'; \'-'- ' y '".'"• i-';.-' — "'.- De ce que je dirais je né répondrais pas ; Et je me jetterais cént'chcses sur les bras.

Laisséz-mei, saris djspute , attendre Célimène.' Il faut qu'elle consente au dessein qui m'amène ; je Vais voir si son coeur a de l'amour pour moi, Et c'est ce moment-ci qui doit m'en faire foi. '

■ ■■'-,'■ PHÏLlftTEJ- ■■:>' ' " Montons chez Eliante -, "attendant sa venue. -■*-

AcTB-m;'.: SCÈNE ii. 435

. ,.; i ALCESTE : - '• . .

Nbn;<,de trop de sbucije me sens l'âme émue.

Allez-rveus-en;la veir, et-melaissez-enfin, i-- Dans ce petit eeinSpmbre, avec monneir chagrin.

. (..;■■ ' :,.'.. PBlLlNTEi •'. y": !

C'est une compagnie étrange pour attendre ; Et je VaisiobiigerÉliantè à descendre; :

■■!■■■••■■'■:'-seÈS]stE.;-pi ■ ' ■■■■'■;■" CÉLIMÈNE , OKONtE j ALCESTE as*.

vsis dans un coin. 7 . ;

..-.,.,., ÔB.ON'TEV ■•.'■;,.

Oui , c'est à VPUS deveir sipar desricéuds si.dOHx," Madame, VPUS vpuléz tri'attacher teut à VPUS. y 11 mè faut de vetre âme une pleine assurance;- Un amant là-dessus n'aime point qu'on balance. Si l'ardeur de mésfeuxiapu vous ériiouvpir, Vpus ne. devez point-feindre, à me le faire voir; Et là preuve, après tout;;que je vous en;dèmande; ' C'est de ne plus souffrir qu'Alcesteypus prétende; Déle sacrifier, madame, à mon amour, .

Et de chez vpus, enfin, le bannir dès ce jour.

«ÉLIMÈNE. ; .,--.'' :- " " Mais quel sujet si grandfcontre lui vous irrite , Vous a qui j'ai tant vu parler' de son mérite.

.'..-.' ! 7 ', ' Ô'HÔNT». •'-.

Madame, il ne faut pointces'éclaircissements; Il s'agit de.sayôir quels sont vos sentiments. Choisissez, s'il vous-plaît, de garder-l'un ou

l'autre : '..' - • Ma résolution n'attend rien que ta vôtre.

ALCESTE, sortant du. coin où il/était. !

Oui, monsieur a raison, madame, il faut choisir ;. Et sa demande ici s'accorde;à mon désir.:

Pareille-ardeur nié presse, et même soinm'alnène; Mon amour" veutdu'vôtré une marque certaine ; Les choses ne sont plus pour traîner eçu longueur, Et voici le moment d'expliquer votre coeur.

■-.' OilONTÈ; ■ '.'■'''. V' ':

Je né veux point, monsieur,-d'une-flamme im--

portuné . " '.-■""■ Troubler, aucunement votre bonne fortune.

.' -ALCESTE.' " ' , Je ne yeux'point", mpusieu-ri; .jalouxj O^npnja--

loux ,. ■,,-, Partager de son coeur rien du tout avec vous.

ORONTE-

Si votre amour au mien lui semble préférable...

-■ : ....-••' ■'■/>' ALCESTE,'. 7 .''■...-/;;■.;'.'>.-:.'.;''' Si du mciadre'pençh'ant "elle est pour, vous cafe

pable.,... " -....'

'', . :<■! ' ORONTE. "■■■}'. '",'-. " > Je jure de n'y rien prétendre désormais.'- •.-:- - '

7 , AXCE8TE;; : .',' ; '■''■"'..". "■■•''"■ Je juré hautement de ne là: voir jamais: i '-,--'

;2J: -ORONTE: - ■■''.,' 7 .'.-■• Madj&Bje-, c!est à vous de parler sans contrairitev

ALCESTE: " i;!" 'Madame , vous pouvez vous expliquer sans

crainte. ' . '. - ..--■;■•■'."'' ' '

' -ORONTE. • |

Vous n'avez qu'à nous dire où s'attachent vos

■ ' VoeUX.'' -<'.. - ■ •" ':' ''■ - ' . ,':

.7 ALCESTE.. '.. ' ■ Vous n'avez qu'à trâuchery et choisir de nous

deux, y i

, ' ■ f y ; ORONTE. - Quoi! sur'un pareil chcix'vous .sémblei,être en

peine! . - '-. '--.''

ACTE -VT','«CÈNE .II. 43-7 <}uoi! votre âme balance et paraît incertaine !

CÉLIMÈNE .J Mon Dieu! que cette instance est là hors de sai--

son, - Et que. VPUS témoignez tpus deux peu de raisen. Je saisjprendre parti sur cette préférence, Et ce n'est pas ihonxoeur maintenant qui ba--

lancer- ■ - Il n'est point suspendu,.sans doute, entre veus

deux., .'.-■''' '.-' '-.".

Et rien n'est sitôt fait que le chcix de nos voeux. Mais/je.SqitfFre,-à vrai'djré;, *lê gêne tropforte A pronnncej' en-.fe.Gè un aveu de la sorte.

Je trouve que ces mots, qui sont désobligeants, Ne se doivent point dire eu présence des gens; i Qu'un coeur de son penchant donne assez de

lumière* :'■; , ■ •'. * """.

Sans: qu'on nous ;fasse: aller jusqu'à rompre en

: visière.; ;-.-:.-: "-L!'--'". - - -, " ' Et qu'il suffit enfin que-de pi ris doux témoins Instruisent un arnànt du malheur de ses soins.

- ••;,•.-. •;■'--. • -- .ORONTE.-. : .. ' - Non, npn:, un francaveu n'a rien' que j'apnré--

hende, J'y consens pour ma part. -

ALCESTE

. . ■< Et moi, je le demande; C'est sen éclat surtout qu'ici j'ose exiger", Et je ne prétends.point vous voir rien ménager. Conserver fout le monde est votre grande étude ; Mais /plus d'amusement,, et plus d'incertitude. Il faut vous expliquer nettement là-dessus, Ou bien ppur un arrêt je prends votre refus ; Je saurai de ma part expliquer ce silence, - Et meticndraipourdittout le mal que j'en pense.

ORONTE

Je vous sais fort bon gré, monsieur, de ce cour--

roux.

Et je lui dis ici même chose que vous:

CÉLIMÈNE.. -, Que vous me fatiguez avec un tel caprice !

Ce que vous demandez a-tril de la justice?. . Et ne vous dis-je pas quel motif me retient ?• J'en vais prendre pour juge Eliante qui vient.

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