‹ Le misanthrope, comédie en cinq actes et en versChapitre 11 sur 120 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Et je suis, quelque ardeur qu'elle m'ait pu donner, Le premier à les voir, comme à les condamner. Mais avec tout cela, quoi que je puisse faire, Je confesse mon faible, elle a l'art de me plaire: J'ai beau voir ses défauts, et j'ai beau l'en blâmer, En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer; Sa grâce est la plus forte; et sans doute ma flamme De ces vices du temps pourra purger son âme.

Philînte.

Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu. Vous croyez être donc aimé d'elle?

treuve pour trouve par une licence poétique et le besoin de la rime, sans faire attention qu'ils prêtaient à Molière une excuse très-peu digne d'un grand poëte. Mais déjà Voltaire reconnaît que treuve n'est autre chose qu'un archaïsme (aïte gtoïtti) qui se disait encore beaucoup du temps de Molière, et il rappelle que la même forme se trouve dans La Fontaine:

,,Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et Palier parcourant, Dans les citrouilles je la treuve."

(Livre IX, fable 4.) La fable Le Gland et la Citrouille dont ces vers sont l'introduction et la morale, parut en 1678, c'est à dire douze ans après le Misanthrope. On la trouve aussi dans Ronsard (poëte du seizième siècle:)

Comme on voit l'orgueil d'un torrent Bouillonnant d'une trace neuve,

Ravager tout cela qu'il treuve.

Ronsard (Livre I, ode 5.) On lit dans Le feint Alcibiade pièce de Quinault, imprimée en 1658 à Paris:

„Je treuve, en vous voyant, tout ce que je souhaite. "

(Acte Vil, scène 4.) On ne pourra pas parler ici de la ne'cessite' de la rime, heureusement pour Quinault, dans les vers duquel on aurait trouvé cette explication plus convenable que dans ceux de Molière. — „II était de règle, dans l'origine de la langue, que tout verbe ayant à l'infinitif la diphthongue ou, la changeait en eu à l'indicatif. Mouvoir, mourir, pouvoir font encore je meus* je meurs, je peux. Couvrir, secourir, se douloir faisaient autrefois je cueuvre, je sequeurs , je me dénis." Génin, lexique, p. 404. Comparez encore Les Variations du langage français du même auteur, p. 178 sqq.

Alceste.

Oui, parbleu!

Je ne l'aimerais pas, si je ne croyais l'être.

P kilt nie.

Mais si son amitié pour vous se fait paraître, 56) D'où vient que vos rivaux vous causent de l'ennui? 57)

C'est qu'un cœur bien atteint veut qu'on soit tout à lui, Et je ne viens ici qu'à dessein de lui dire Tout ce que là-dessus ma passion m'inspire.

Philinte.

Pour moi, si je n'avais qu'à former des désirs, Sa cousine Eliante aurait tous mes soupirs ;

56) „Une amitié paraît, et ne se fait point paraître."

Voltaire, On lit dans le Tartufe:

,, Quels sentiments aurai-je à lui faire paraître."

(Acte V, scène 4.)

Voltaire blâme encore ce vers, en disant qu'on fait paraître ses sentiments, et que les sentiments se font connaître. — M. Génin (Lexique p. 279) demande avec raison, si cetle critique de Voltaire a une autre valeur que de constater l'usage du XVIIIe siècle et si celui du siècle précédent est mauvais par cela seul. Il prouve que cette expression, se faire paraître, n'était point du tout créée par Molière pour le besoin de la rime, en citant le passage suivant, pris dans un des plus grands écrivains du XVIIe siècle:

„Il y a si peu de personnes à qui Dieu se fasse paraître par ces coups extraordinaires, qu'on doit profiter de ces occasions.''

Pascal. (Pensées p. 338.)

57) Ennui (on prononce an-nui avec le son nasal) se dit souvent, surtout dans le style soutenu, dans le sens de chagrin, déplaisir, souci ($ummer, 23ef0rcjmfT)* Cet emploi du mot ennui est surtout fréquent dans la tragédie. Dans Britannicus, tragédie de Racine, Burrhus fait à Agrippine le récit de l'assassinat de Britannicus, empoisonné par Néron au milieu d'une fête. En parlant du complice du tyran, il dit:

,, Narcisse veut en vain affecter quelque ennui, Et sa perfide joie éclate malgré lui.4*

(Acte V, scène 6.) Dans la même pièce Albine, annonçant à la mère de Néron que Junie s'est réfugiée chez les Vestales, s'exprime ainsi: ,,Pour accabler César d'un éternel ennui, Madame, sans mourir elle est morte pour lui."

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