SCÈNE IV
Arsinoé, Célimène, E liante, Alceste, Philinte, Acaste^ Clitandre, Oronte.
Acaste, à Célimène.
Madame, nous venons tous deux, sans vous déplaire, Éclaircir avec vous une petite affaire.
Clitandre, à Oronte et à Alceste.
Fort à propos, messieurs, vous vous trouvez ici; Et vous êtes mêlés dans cette affaire aussi.
29) Il faut tacher la balance (bte SBctgfcfyale ÏOSÏûffcn) est une expression originale et que quelques commentateurs ont trouve'e mauvaise. Sa signification est pourtant très-claire et la figure que le poëte emploie est naturelle. Lâchez la balance, c'est-à-dire, montrez-nous qui de nous deux a auprès de vous le plus de poids, le plus de cre'dit.
30) „I1 est aisé de voir qu'on ne doit pas dire poursuivie, mais, continuer à garder le silence. L'idée d'activité' attachée au verbe poursuivre ne compatit point avec garder le silence, qui exprime une suspension, une privation d'action. u
ÀUGER.
j LE MISANTHROPE.
Arsinoê à Célimène.
Madame, vous serez surprise de ma vue; Mais ce sont ces messieurs qui causent ma venue: Tous deux ils m'ont trouvée, et se sont plaints à moi D'un trait à qui mon cœur ne saurait prêter foi. J'ai du fond de votre âme une trop haute estime Pour vous croire jamais capable d'un tel crime; Mes yeux ont démenti leurs témoins les plus forts, Et, l'amitié passant sur de petits discords, 31) J'ai bien voulu chez vous leur faire compagnie,32) Pour vous voir vous laver de cette calomnie.
Acaste.
Oui, madame, voyons d'un esprit adouci Comment vous vous prendrez à soutenir ceci. Cette lettre, par vous, est écrite à Clitandre.
Clîtandre.
Vous avez, pour Acaste, écrit ce billet tendre.
Acaste, à Oronte et à Àlceste.
Messieurs, ces traits pour vous n'ont point d'obscurité, Et je ne doute pas que sa civilité A connaître sa main n'ait trop su vous instruire. Mais ceci vaut assez la peine de le lire:
„Vous êtes un étrange homme, de condamner mon en- „jouement, et de me reprocher que je n'ai jamais tant de „joie que lorsque je ne suis pas avec vous. Il n'y a rien de „plus injuste; et si vous ne venez bien vite me demander „ pardon de cette offense, je ne vous la pardonnerai de ma „vie.33) Notre grand fîandrin34) de vicomte...
31) Le substantif le discord vieillit, tandis que l'adjectif dîseord se dit encore dans la locution, un piano discord (tteïftttttmt). Au lieu de de petits discords on dirait aujourd'hui de petits différends (BfttfHgfeitett). Le substantif la discorde qui est usité, ne serait pas à sa place dans notre passage; car il désigne une dissension habituelle et F amitié qui passe sur de petits discords ne saurait exister avec la discorde (3jtnetrctcfyt).
32) Faire compagnie. On dit vulgairement tenir compagnie à quelqu'un (^emanbem Oefdlfdjaft leijîen), comparez Acte IV, note 18.
33) Variante. ,,Je ne vous le pardonnerai de ma vie. " De ma vie voyez Acte V, note 7.
34) Fîandrin, au sens propre, nom d'un habitant de la