‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 1 sur 96 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 116 MCMXXIII · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 116 MCMXXIII

PQ

Q^rf

ly^:

PREFA CE

LOUIS Racine^ th/u .re^r Mémoires, rapporte que le lendemain Je ta première reprL\feiitatlon du Misanthrope qui, ajouLe-l-il, JuL assez malheureuse, un quiàam crut faire plaisir à Jean Racine, son père, en lui annonçant que cette coméJie était tombée. " J'y étais ", Jisait l'homme pour donner plus de poiils il son affirmation. Et le grand poète de lui répondre : " Vous y étiez, et je n'y étais paj; cependant, je n'en croirai rien, parce qu'il est impossible que Aloiière ait J'aii une maiwaise pièce. Retournez-y et examinez-la mieux. " Cette anecdote est typique. Bien que l'on ait contesté l'opinion qui, peu après, se répandit que Le Misanthrope a^iUiit subi un échec, il est certain que l'œiwre fut reçue sans enthousiasme, le public paraissant déconcerté par L'originalité même de celle-ci. Il n'est point, certes, d'époque, ni d'heure déter-

minée, poiii la coiufccraLioii des cbefs-d' œiure , el Le Misanthrope twiuf paraît rentrer Janj' L'ordre Je ces ouiwages que les générations décoiwrent plies encore qu'elles ne se les transmettent ; néanmoins, on /étonnera de constater combien la fortune fut singulière a cette production du génie. C'est, sans doute, vouloir se préparer à une forte déception que de recherche ries commentaires qu'elle inspira. Depuis plus de deux siècles et demi que cette pièce a été créée, qu'a^'ons-nous appris qui nous permette d'en découi^rir le sens intime, et que sait-on de la tradition qu'elle représente? Loin de vouloir mettre en valeur tels puMU^ges obscurs que le temps a rendus plus éniqmatiques encore, telles particularités propres aux personnages et aux mœurs exposés, il semble qu'on ait pris a tâche trop souvent d'en dénaturer et l'esprit el la lettre. C'est à se demander si toute création humaine ne vaut uniquement que par l'interprétation qu'on nous en propose, et si elle n'apparaît durable que grâce à l'obscure collaboration de la Joule et de son créateur. Quelle unanimité de jugement, quelle leçon de bonne foi et d'équilibre exiger, après cela, de nos contemporains, à propos d'œuvres nouvelles, quand un ouvrage aussi classique que l'est Le Misanthrope, réunissant les suffrages de toute la critique, attend encore l'exacte compréhension de ceux qui se jCattent de mieux nous le faire entendre 7 On ne saurait le contester aujourd'hui, non seulement Alceste oljre îi nos yeux un des rôles franchement comiques du répertoire, mais la pièce présente elle-même, un tableau des plus risibles qui soient, digne

PREFACK m

pendant Je ces scènes de inœurd en lejtjuelles excelle la i>en'e burlestjue de jfîolïere. Il n'y a pas, à proprement parler, tant de différence qu'on l'a cru entre cette comédie et celle dite du « Fagotier », (entendez parla : Le Médecin malgré luij qui accompagna dans lej premiers temps, sur l'arche. Le Misanthrope^ et c'est sans doute, se porter garant d'une i>érité banale que d'assurer qu'aucune de ces deux œui>res ne poui'ait subsister sans l'autre.

AfoUère, a-L-on dit, joua ce râle comme tous ceux de son répertoire, ai^ec ses roulements d'yeux, ses contorsions et son hoquet. Personnage ridicule, soit ! mais d'une sympathie si communicatire, et que le jeu sui'amment étudié de son créateur rendait humain avec simplicité. On a parlé de l'énigme d'Alcesle. Le mot n'a jamais eu de valeur que pour ceux qui saisirent mal, ou bien contestèrent le véritable dessein du poète. Enigme du génie, suivant l'expression de Victor Cousin, lequel ne savait pas si bien dire. Une telle œuvre avait de quoi plaire aux ^ens de goût et a ce monde de la Cour qui formait alors toute la société, mai.) son vrai succèu^ lui vint, croyon^-noiid, d'un tout autre public, en lequel ôe recrutaient lo amateurs de la farce italienne et les bnurgeoi.) de la rue Saint-Denis. S'il est peu douteux que le caractère de L'ouvrage s'est perdu, reconnaissons^ que c'est moimi à raison de l'épreuve dej années, que parce qu'on voulut l'adapter au goût du jour. A\m<) avons de nombreuses preuves de ce que nous avançon^i là; il n'est pas nécesàaire de lo exposer ici pour montrer la di,^ lance qui

répare le Français d'aujourd'hui de /' « honnête homme » d'autrefois.

Led ti/pej Immortels créés en nombre re^ft rein t par le génie du poète, ces grands personnages qui , tour a tour, s'appellent Don Juan, Tartuffe, Harpagon, Sganarelle, Alcesle, i'olre même Phlllnte, onté^'olué, certes, mais ni plus ni moins, ijue la société au milieu de laquelle Us prirent naissance et qui les adopta. Est-ce à dire qu'en i'iellllssant lisse soient modifiés au point de n'être plus reconnalssables ? Nous ne le croyons pas. C'est au contraire nous-mêmes qui, en les trai'estissant, Ui'ons tenté de leur /aire perdre ce qullj ont d'Inimitable. On a pu l'obsen'er, si le xvii* siècle a tout d'abord assez mal compris Le Misanthrope^ le xviii^ siècle ne le comprit pas das'antagc, malgré l'Intelligence et le goût de ceux qui s'en firent les Interprètes. L'entendlmcj-nous mieux ? C'est peu certain, car le tragique conflit qui nouj éloigna à jamau des conceptlon.i de l'ancien temps acalt des causes profondes. Soumis aux formules Imposées par les précurseurs de la Révolution, le régime noiweaii se de^'alt h lui-même d'étouffer le rire d' Alcesle. Ce pessimiste dont les opinions ne s'exprimaient pas sans une grosse naiWlé et dont le ridicule semblait irrésuitlble, allait s effacer dci'ant le cgiiLune de Figaro. Il s'en fallut de peu que la littérature française, empruntant la lli'rée du moment, transformât le personnage de JHoiière en un de cej héro,) de carrefour, déclamaleuré chargé.* de dénoncer le.> excè.i du pa.ué et de faire l'apologie dci) i'ertiu cli'lque.i. Le puéril courroux d'ALwite a

Page 1