‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 2 sur 96 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

éoudaln fa'il place a je ne éais quel ncaneinent élnidlre qui d'edt communiqué aux autrej perjonnaged de la troupe et a trouvé un écho chez Le spectateur. Le plué spirituel et, demhle-t-il, le plus libéré de tous les hommes, Nicolas Chamfort, misanthrope notoire, a écrit :

« Si jamais auteur comique a fait voir comment il aidait conçu le système de la Société, c'est ALolière dans Le Misanthrope. C'est la que, montrant les abus quelle entraîne nécessairement, il enseigne a quel prix le sage doit acheter les avantages quelle procure ; que, dans un système d'union fondé sur l'indulgence naturelle, une vertu parfaite est déplacée parmi les hommes et se tourmente elle-même sans les corriger : c'est un or qui a besoin d'alliage pour prendre de la consistance et servir aux divers usaqes de la Société. Jfiais, en même temps, l'auteur montre, par la supériorité constante d'Alceste sur tous les autres personnages, que la vertu, malgré les ridicules oîi son autorité l' expose, éclipse tout ce qui l'environne, et l'or qui a reçu l'alliage n'en est pas moins le plus précieux des métaux ».

Qu'on ne s'étonne point. Rousseau, dans un langage plus clair, peut-être, avait dit des choses plus déconcertantes encore. Ainsi donc, à l'orée d'un siècle qui promettait d'établir sur des bases plus équitables les conditions de l'individu dans la société, et s'engageait à mettre en valeur notre patrimoine intellectuel, une des plus hautes productions de l'esprit national sombrait dans

['ennui, par l'effet D'une considération inopportune. Elle ne s'en est point relei'ée.

u'Maij, nous objectera-t-on, le texte demeurait, apportant, en dépit de l'insuffisance des commentateurs, la muette protestation du génie méconnu. Hélas! comme si les rodomontades du Romantisme n'eussent pas suffi à troubler l'atmosphère, une sorte de pédagogie officielle s'emparait de l'om>rage et le dénaturait au profit de je ne sais quelle doctrine philosophique, transformant le plus souple, le plus limpide, le plus ironique des dialogue,), en une sorte de discours de circonstance propre à exalter la foi morale et à réhabiliter la ^'crtu, cette i'ertu que y}folière ai'ait, au dire de quelques uns, si impudemment bafouée.

Les imposteurs et lej hypocrites ont sou<>ent raison des grands écris^ains !

Le présent livre ne reftete en rien ces préoccupations. Fidèle a la i'ersion fournie par les originaux, il s'efforce simplement de reconquérir un public que le caractère trop scolastique des éditions qui le précédèrent avait éloigné. En réimprimant cette œuvre, notre but n'est pas uniquement de reproduire une leçon que personne n'a oubliée, mais d'offrir aux lettrés, aux bibliophiles, un texte purgé de toute glose inutile et de le placer dans un cadre nouveau. Quoi qu'on ait dit du Alisanthrope et de la mission de son principal héros, qui ne sent aujourd'hui l'immense ridicule qu'il y a de se proclamer aux yeux de tous, et sans cesse, « l' honnête homme » persécuté ! C'est de

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