‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 14 sur 96 · LETTRE SUR LE MISANTHROPE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LE MISANTHROPE XXV

puisqu on y parle de vingt caractères de Gens, qui sont admi" rablement bien dépeints en peu de vers chacun ; et 1 on peut dire que ce sont autant de sujets de Comédies que Molière donne libéralement à ceux qui s'en voudront servir. Le Misanthrope soutient bien son caractère pendant cette conversation, et leur parle avec la liberté qui lui est ordinaire. Elle est à peine finie, qu'il fait une action digne de lui, en disant aux deux Marquis qu il ne sortira point qu ils ne soient sortis ; et il le feroit sans doute, puisque les gens de son caractère ne se démentent jamais, s il n étoit obligé de suivre un garde, pour le différend qu il a eu avec Oronte en condamnant son Sonnet. C'est par où cet Acte finit.

L'ouverture du Troisième se fait par une Scène entre les deux Marquis, qui disent des choses fort convenables à leurs caractères, et qui font voir, par les applaudissemens qu'ils reçoivent, que l'on peut toujours mettre des Marquis sur la Scène, tant qu on leur fera dire quelque chose que les autres n'aient point encore dit. L'accord qu'ils font entre eux de se dire les marques d estime qu'ils recevront de leur Maistresse, est une adresse de l'Auteur, qui prépare la fin de sa pièce, comme vous remarquerez dans la suite.

Il y a, dans le même Acte, une Scène entre deux femmes, que l'on trouve d'autant plus belle, que leurs caractères sont tout à fait opposés et se font ainsi paroistre l'un l'autre. L'une est la jeune Veuve, aussi coquette que médisante; et l'autre, une femme qui veut passer pour prude, et qui, dans l'âme, n est pas moins du monde que la Coquette. Elle donne à cette dernière des avis charitables sur sa conduite ; la Coquette les reçoit fort bien en apparence, et lui dit, à son tour, pour la

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