‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 25 sur 96 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Puisque vous y donnez, dans ces vices du tems,

Morbleu! vous n'estes pas pour estre de mes Gens;

Je refuse d'un cœur la vaste complaisance

Qui ne fait de mérite aucune différence;

Je veux qu'on me distingue; et, pour le trancher net,

L'amy du genre humain n'est point du tout mon fait.

PHILINTE

Mais, quand on est du monde, il faut bien que l'on rende Quelques dehors civils, que l'usage demande.

Non, vous dis-je, on devroit châtier sans pitié Ce commerce honteux de semblans d'amitié. Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre. Le fond de nostre cœur dans nos discours se montre, Que ce soit luy qui parle, et que nos sentimens Ne se masquent jamais sous de vains complimens.

PHILINTE

Il est bien des endroits où la pleine franchise

Deviendroit ridicule et seroit peu permise ;

Et parfois, n'en déplaise à vostre austère honneur.

Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur.

Seroit-il à propos, et de la bienséance.

De dire à mille gens tout ce que d'eux on pense?

Et, quand on a quelqu'un qu'on hait, ou qui déplaist. Lui doit-on déclarer la chose comme elle est?

ALCESTE Ouy.

PHILINTE Q^uoyî vous iriez dire à la vieille Emilie, Q^u'à son âge, il sied mal de faire la jolie? Et que le blanc qu'elle a scandalise chacun?

ALCESTE Sans doute.

PHILINTE A Dorilas, qu'il est trop importun; Et qu'il n'est, à la cour, oreille qu'il ne lasse A conter sa bravoure et l'éclat de sa Race?

Fort bien.

PHILINTE Vous vous moquez.

ALCESTE

Je ne me moque point, Et je vais n'épargner personne sur ce poinct. Mes yeux sont trop blessés, et la Cour et la Ville Ne m'offrent rien qu'objets à m'échauffer la bile;

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