ACTE PREMIER ip
ALCESTE
Soit. J'en veux voir le succès.
PHILINTE Mais....
ALCESTE J'auray le plaisir de perdre mon procès.
PHILINTE Mais enfin —
ALCESTE Je verray, dans cette plaiderie, Si les hommes auront assez d'effronterie, Seront assez méchans, scélérats et pervers, Pour me faire injustice aux yeux de l'Univers.
PHILINTE Q^uel homme]
ALCESTE Je voudrois, m'en coûtast-t-il grand'chose, Pour la beauté du fait, avoir perdu ma cause.
PHILINTE On se riroit de vous, Alceste, tout de bon, Si l'on vous entendoit parler de la façon.
ALCESTE Tant pis pour qui riroit.
PHILINTE
Alais cette rectitude Q^Lie vous voulez en tout avec exactitude. Cette pleine droiture, où vous vous renfermez, La trouvez-vous icy dans ce que vous aimez ? Je m'estonne, pour moy, qu'étant, comme il le semble. Vous et le genre humain, si fort brouillés ensemble. Malgré tout ce qui peut vous le rendre odieux. Vous ayez pris chez lu^' ce qui charme vos yeux ; Et ce qui me surprend encore davantage. C'est cet étrange choix où vostre cœur s'engage. La sincère Eliante a du penchant pour vous, La prude Arsinoé vous voit d'un œil fort doux : Cependant à leurs vœux vostre âme se refuse. Tandis qu'en ses liens Célimène l'amuse, De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant Semblent si fort donner dans les mœurs d'à présent. D'où vient que, leur portant une haine mortelle. Vous pouvez bien souffrir ce qu'en tient cette belle ? Ne sont-ce plus défauts dans un objet si doux? Ne les voyez-vous pas, ou les excusez-v' ous ?
ALCESTE
Non. L'amour que je sens pour cette jeune veuve Ne ferme point mes 3'^eux aux défauts qu'on lui treuve.