ACTE PREMIER
Et je suis, quelque ardeur qu'elle m'ait pu donner, Le premier à les voir, comme à les condamner. Mais, avec tout cela, quo^^ que je puisse faire. Je confesse mon foible; elle a l'art de me plaire : J'aj" beau voir ses défauts, et j'a3" beau l'en blasmer Kn dépit qu'on en ait, elle se fait aimer; Sa grâce est la plus forte ; et sans doute ma flamme De ces vices du temps pourra purger son âme.
PHILINTE Si vous faites cela, vous ne ferez pas peu. Vous croyez estre donc aimé d'elle ?
Ouy, parbleu!
fe ne l'aimerois pas, si je ne cro^'ois l'estre.
PHILINTE Mais, si son amitié pour vous se fait paroistre. D'où vient que vos rivaux vous causent de l'ennuy?
ALCESTE C'est qu'un cœur bien atteint veut qu'on soit tout à luy. Et je ne viens ic^'' qu'à dessein de luy dire Tout ce que là-dessus ma passion m'inspire.
PHILINTE Pour moy, si je n'avois qu'à former des désirs, La cousine Eliante auroit tous mes soupirs ;
Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère, Et ce choix plus conforme étoit mieux votre affaire.
ALCESTE Il est vray : ma raison me le dit chaque jour ; Mais la raison n'est pas ce qui règle l'amour.
PHILINTE Je crains fort pour vos feux; et l'espoir où vous estes Pourroit...