‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 32 sur 96 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ouy, mon cœur au mérite aime à rendre justice. Et je brûle qu'un nœud d'amitié nous unisse : Je crois qu'un amy chaud, et de ma qualité, N'est pas asseurément pour estre rejette. En cet endroit, Alcede paroid tout rêveur, et demble n'entendre pad quOronte luy parle.

C'est à vous, s'il vous plaist, que ce discours s'adresse.

ALCESTE A moy. Monsieur?

ORONTE

A vous. Trouvez-vous qu'il vous blesse ?

ALCESTE

Non pas. Mais la surprise est fort grande pour moy, Et je n'attendois pas l'honneur que je reçoy.

ORONTE

L estime où je vous tiens ne doit point vous surprendre. Et de tout l'Univers vous la pouvez prétendre.

ALCESTE Monsieur. . .

ORONTE L'Estat n'a rien qui ne soit au-dessous Du mérite éclatant que l'on découvre en vous.

Monsieur...

ORONTE Ouy, de ma part, je vous tiens préférable A tout ce que j'y vois de plus considérable.

ALCESTE Monsieur...

ORONTE

Sois-je du Ciel écrasé, si je mens; Et pour vous confirmer icy mes sentimens. Souffrez qu'à cœur ouvert. Monsieur, je vous embrasse. Et qu'en vostre amitié je vous demande place, ïouchez-là, s'il vous plaist. Vous me la promettez, Vostre amitié?

ALCESTE Monsieur...

ORONTE

Quoy I vous y résistez?

ALCESTE Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me voulez faire ; Mais l'amitié demande un peu plus de mystère. Et c'est asseurément en profaner le nom Q,ue de vouloir le mettre à toute occasion.

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