ACTE PREMIER
Avec lumière et choix cette union veut naistre ; Avant que nous lier, il faut nous mieux connaistre ; Et nous pourrions avoir telles complexions, Que tous deux du marché nous nous repentirions.
ORONTE
Parbleu ! c'est là-dessus parler en homme sage.
Et je vous en estime encore davantage ;
Souffrons donc que le tems forme des nœuds si doux ;
Mais, cependant, je m'offre entièrement à vous:
S'il faut faire à la Cour pour vous quelque ouverture.
On sçait qu'auprès du Roy je fais quelque figure ;
Il m'écoute ; et, dans tout, il en use, ma foy,
Le plus honnestement du monde avecque moy.
Enfin, je suis à vous de toutes les manières.
Et, comme vostre esprit a de grandes lumières.
Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud,
Vous montrer un sonnet que j'ay fait depuis peu.
Et sçavoir s'il est bon qu'au public je l'expose.
ALCESTE
Monsieur, je suis mal propre à décider la chose ; Veuillez m'en dispenser.
ORONTE Pourquoy ?
ALCESTE
J'a3' le défaut D'estre un peu plus sincère en cela qu'il ne faut.
ORONTE
C'est ce que je demande, et j'aurois lieu de plainte, Si, m'exposant à vous pour me parler sans feinte. Vous alliez me trahir, et me déguiser rien,
Puisqu'il vous plaist ainsi, Monsieur, je le veux bien.
ORONTE
Sonnet... C'est un Sonnet... L' Eàpoir... C'est une dame Q^ui de quelque espérance avoit flatté ma flamme. L' Eépo'ir... Ce ne sont point de ces grands vers pompeux. Mais de petits vers doux, tendres et langoureux.
A louiez cea inlerruplionô, il regarde Alceôte.
ALCESTE Nous verrons bien.
ORONTE
L'Ëàpoir... Je ne sais si le stile Pourra vous en paroistre assez net et facile. Et si du choix des mots vous vous contenterez.