ACTE PREMIER 3l
ORONTE Est-ce que j'écris mal? et leur ressemblerois-je ?
ALCESTE
Je ne dis pas cela. Mais enfin, luy disois-)e,
Quel besoin si pi'cssant avez-vous de rimer?
Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer?
Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre,
Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.
Croyez-moy, résistez à vos tentations.
Dérobez au public ces occupations;
Et n'allez point quitter, de quoy que l'on vous somme,
Le nom que dans la Cour vous avez d'honneste homme.
Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur.
Celui de ridicule et misérable auteur.
C'est ce que je tâchay de luy faire comprendre.
ORONTE
Voilà qui va fort bien, et je crois vous entendre. Mais ne puis-je sçavoir ce que dans mon Sonnet...?
ALCESTE
Franchement> il est bon à mettre au Cabinet. Vous vous estes réglé sur de méchans modèles. Et vos expressions ne sont point naturelles.
Q^u'est-ce que : Nouô berce un lenipd nodtre ennuyl Et que : Rien ne marche apreô luy ?
Que : Ne vouô paà mettre en dépende, Pour ne me donner que t'Eàpoir?
Et que : Ph'd'ui, on dedcépere, A tord qu'on espère toujourd?
Ce stile figuré, dont on fait v^anité.
Sort du bon caractère et de la vérité :
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure,
Et ce n'est point ainsi que parle la Nature.
Le méchant goût du Siècle, en cela, me fait peur.
Nos pères, tous grossiers, l'avoient beaucoup meilleur.
Et je prise bien moins tout ce que l'on admire
Q^u'une vieille Chanson que je m'en vais vous dire :
SI te Roy ni'ai'oU donné
Parur, sa grand' Vitte, Et qult me fallût quitter
L'amour de ma Aile, Je dlrols au roy Henry :
Reprenez contre Paris :
J'aime mieux ma /Ifie, o gué!
J'aime mieux ma Aile.
La rime n'est pas riche, et le stile en est vieux : Mais ne voyez-vous pas que cela vaut bien mieux