‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 35 sur 96 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PHILINTE

Je n'ay jamais oUy de vers si bien tournés.

ALCESTE baé, à part .

Morbleu!...

ORONTE

à Philinte.

Vous me flattez, et vous cro^-^ez peut-estre...

PHILINTE Non, je ne flatte point.

ALCESTE bad, à part .

Et que fais-tu donc, traistre?

ORONTE

à Alceàte.

Mais, pour vous, vous sçavez quel est nostre traité : Parlez-moy, je vous prie, avec sincérité.

ALCESTE Monsieur, cette matière est toujours délicate. Et sur le bel esprit, nous aimons qu'on nous flatte. Mais un jour, à quelqu'un dont je tairay le nom. Je disois, en voyant des vers de sa façon,

3o LE MISANTHROPE

Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ; Qu'il doit tenir la bride aux grands empressemens Qu'on a de faire éclat de tels amusemens ; Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages, On s'expose à jouer de mauvais personnages.

ORONTE

Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j'a^^ tort de vouloir...?

ALCESTE

Je ne dis pas cela.

Mais je luy disois, moy, qu'un froid écrit assomme. Qu'il ne faut que ce foible à décrier un homme. Et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualitez. On regarde les gens par leurs méchans costez.

ORONTE Est-ce qu'à mon Sonnet vous trouvez à redire ?

ALCESÏE

Je ne dis pas cela. Mais, pour ne point écrire. Je luy mettois aux yeux comme, dans nostre tems. Cette soif a gasté de fort honnestes gens.

Page 1