SCÈNE I ALCESTE, CÉLIMÈNE
ALCESTE
MADAME, voulez-vous que je vous parle net? De vos façons d'agir je suis mal satisfait; Contre elles dans mon cœur trop de bile s'assemble. Et je sens qu il faudra que nous rompions ensemble. Ouy, je vous tromperois de parler autrement; Tôt ou tard nous romprons indubitablement; Et je vous promettrois mille fois le contraire, Q,ue je ne serois pas en pouvoir de le faire.
CÊLIMÉNE
C'est pour me quereller donc, à ce que je voy, Que vous avez voulu me ramener chez moy?
ALCESTE
Je ne querelle point; mais vostre humeur, Madame, Ouvre au premier venu trop d'accès dans vostre âme : Vous avez trop d'amans qu'on voit vous obséder, Et mon cœur de cela ne peut s'accommoder.
Des amans que je fais me rendez-vous coupable? Puis-je empescher les gens de me trouver aimable? Et lorsque pour me voir ils font de doux efforts, Dois-je prendre un baston pour les mettre dehors?
ALCESTE
Non, cen'estpas. Madame, un baston qu'il faut prendre, Mais un cœur, à leurs vœux, moins facile et moins tendre. Je sçais que vos appas vous suivent en tous lieux; Mais vostre accueil retient ceux qu'attirent vos yeux. Et sa douceur offerte à qui vous rend les armes Achève sur les cœurs l'ouvrage de vos charmes. Le trop riant espoir que vous leur présentez Attache autour de vous leurs assiduités.