ACTE DEUXIEME
Et vostre complaisance, un peu moins étendue, De tant de soûpirans chasseroit la cohue. Mais, au moins, dites-moy. Madame, par quel sort, Vostre Clitandre a l'heur de vous plaire si fort? Sur quel fonds de mérite et de vertu sublime Appuyez-vous en luy l'honneur de vostre estime? Est-ce par l'ongle long qu'il porte au petit doigt Qu'il s'est acquis chez vous l'estime où l'on le voit? Vous estes-vous rendue, avec tout le beau monde. Au mérite éclatant de sa perruque blonde? Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer? L'amas de ses rubans a-t-il sçeu vous charmer? Est-ce par les appas de sa vaste rheingrave Q,u'il a gagné vostre âme en faisant vostre esclave? Ou sa façon de rire, et son ton de fausset. Ont-ils de vous toucher sçeu trouver le secret?
CÉLIMÈNE Qu'injustement, de luy, vous prenez de l'ombrage! Ne sçavez-vous pas bien pourquoy je le ménage. Et que, dans mon procès, ainsy qu'il m'a promis. Il peut intéresser tout ce qu'il a d'amis?
Perdez vostre procès. Madame, avec constance. Et ne ménagez point un rival qui m'offense.
CÉLIMÈNE Mais de tout l'Univers vous devenez jalous.
ALCESTE C'est que tout l'Univers est bien reçu de vous.
CÉLIMÈNE
C'est ce qui doit rasseoir vostre âme effarouchée, Puisque ma complaisance est sur tous épanchée ; Et vous auriez plus lieu de vous en offenser, Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.
ALCESTE
Mais moy, que vous blâmez de trop de jalousie, Qu'ay-je de plus qu'eux tous. Madame, je vous prie?
CÉLIMÈNE Le bonheur de sçavoir que vous estes aimé.
ALCESTE Et quel lieu de le croire a mon cœur enflamé?
CÉLIMÈNE
Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire. Un aveu de la sorte a de quoy vous suffire.