ACTE DEUXIÈME
Et l'on ne donne employ, charge, ni bénéfice, Q^u'à tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.
CLITANDRE
Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd'huy Nos plus honnestes gens, que dites-vous de luy ?
CÉLIMÉNE
Que de son cuisinier il s'est fait un mérite. Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite.
ÉLIANTE Il prend soin d'y servir des mets fort délicats.
CÉLIMÉNE
Ouy ; mais je voudrois bien qu'il ne s'y servît pas;
C'est un fort méchant plat que sa sotte personne.
Et qui gaste, à mon goût, tous les repas qu'il donne.
PHILINTE
On fait assez de cas de son oncle Damis; Qu'en dites-vous. Madame?
CÉLIMÉNE
11 est de mes amis.
Je le trouve honneste homme, et d'un air assez sage.
CÉLIMÈNE
Ouy ; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage. Il est guindé sans cesse ; et, dans tous ses propos. On voit qu'il se travaille à dire de bons mots. Depuis que dans la teste il s'est mis d'estre habile, Rien ne touche son goût, tant il est difficile; Il veut voir des défauts à tout ce qu'on écrit, Et pense que louer n'est pas d'un bel esprit, Que c'est estre savant que trouver à redire, Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire. Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du tems, Il se met au-dessus de tous les autres gens. Aux conversations mesme il trouve à reprendre ; Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre Et, les deux bras croisés, du haut de son esprit, Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.
ACASTE Dieu me damne, voilà son portrait véritable.