ACTE DEUXIÈME
Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaires, Loueurs impertinens, ou Censeurs téméraires.
CÉLIMÈNE
Mais...
ALCESTE
Non, Madame, non, quand j'en devrois mourir. Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; Et l'on a tort ic3' de nourrir dans vostre âme Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâme.
CLITANDRE
Pour moy, je ne sçais pas; mais j'avoueray tout haut Q ue j'ay cru jusqu'icy Madame sans défaut.
ACASTE
De grâces et d'attraits je vois qu'elle est pourveue; Mais les défauts qu'elle a ne frappent point ma veue.
ALCESTE
Ils frappent tous la mienne, et, loin de m'en cacher.
Elle sçait que j'ay soin de les luy reprocher.
Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte;
A ne rien pardonner le pur amour éclate ;
Et je bannirois, moy, tous ces lâches amans
Q,ue je verrois soumis à tous mes sentimens.
6o LE MISANTHROPE
Et dont, à tous propos, les molles complaisances Donneroient de l'encens à mes extravagances.
CÉLIMÈNE
Enfin, s'il faut qu'à v^ous s'en rapportent les cœurs. On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceurs ; Et du parfait amour mettre l'honneur suprême A bien injurier les personnes qu'on aime.
ÉLIANTE
L'Amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et l'on voit les amans vanter toujours leur chois;
Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable.
Et dans l'objet aimé, tout leur devient aimable ;
Ils comptent les défauts pour des perfections.
Et sçavent y donner de favorables noms :
La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;
La noire à faire peur, une brune adorable ;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est, dans son port, pleine de majesté ;
La malpropre sur soy, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paroît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;
L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;
La fourbe a de l'esprit; la sotte est toute bonne;