‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 5 sur 96 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

raillerie et de -sa médisance. A-L-on remarqué combien le châtiment dont on use pour la confondre dans son propre logis, est disproportionné avec sed fautes? N'ontils donc rien à se reprocher ceux qui, bénévolement se font, en dépit d'elle, les champions de la morale outragée, et qui ne la jugent sévèrement que pour mieux l'humilier danj son esprit et danà sa beauté. Trislo mœurj, dirat-on, que celle,) de cej annéeà de la seconde moitié du xvir siècle, alors que l'Europe avait les yeux fixés sur noué et semblait envier les moindres acto, lej moindres mots de notre société polie.

De telleé scènes paraîtraient certainement peu récréatives et risqueraient, au surplus, d'être mal entendues, n'était le genre auquel appartient notre Misanthrope.

Soucieux de ne point déroger à sesfonctionj et à sa loi, AloUère a-t-il voulu s'amuser, et telles allusions qui nous échappent prêteraient-elles à ces scènes finales un côté piquant que nous ne leur reconnaissons plus? Nous ne savons. Toutefois, il est bon de ne pas l'oublier, nulle pièce n'eut un sens plus heureux. /Mélange de haut comique oii la fantaisie, l'humour cl la causticité tiennent la plus large place. Le Misanthrope n'est pas seulement cet assemblage de caracLères qui, nés de la plus scrupuleuse observation, rattachent leur auteur aux anciens, a Fiante, a Térence, surtout à Aristophane, c'est également le miroir d'une époque et c'est encore un tableau de mœurs de tous les temps.

Qu'on ait pu philosopher sur cette œuvre, jusqu'à vou-

loir faire méconnaître la j-i^nifîcation que l'auteur lui a prêtée, il ne é'en,)uit paé quelle ait perdu ce qui la rendait précieuse à touj" et à chacun. En l'écrii>ant, jJloUère, quoi qu'on ait dit, n'euL point à modifier da manière. Suii^ant le cours naturel de àon génie, j'il mit du lyrisme au cours de jes productions populaires, i>oire de jej farces, que de traits plaisants lui échappèrent; par contre, dans celles de ses pièces qu'on a classées parmi les comédies de caractères.

Le Misanthrope^ plus que tout autre de ses ouvrages, nous fournit la preuve de celle préoccupation qu'avait incessamment le poêle d'être compris de tous, sans distinction de classes, ni d'individus. Né près du peuple, soit qu'il eût gardé pour celui-là quelque tendre faiblesse, soit que le souvenir lui fùl cher de ses débuts, alors qu'il se f Fat lait de divertir la canaille du Port Saint- Nicolas, peu lui importait la qualité des spectateurs, pourvu qu'il fùl assuré d'être entendu de son auditoire. Jamais, chez lui, le courtisan ne nuisit à l'écrivain, voire au satirique. C'est sur la scène du Palais Royal, rappelons-le, loin des mille bruils de la Cour endeuillée par la mort d'Anne d'Autriche, que la meilleure, peut-être, de ses œuvres, connut ses premiers succès et conquit peu à peu ce public qui, depuis tant de lustres, lui demeura fidèle, assurant à sa mémoire de nouveaux et incessants admirateurs.

S'est-on demandé ce que Afolière intervenant aujourd'hui, penserait de notre conception du Théâtre et de la sin-

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