PRÉFACE IX
i'eniur Du caractère même de l'oui>rage. Les criti^ueo' se sont fait une singulière idée de ce rôle, l'assimilant à celui de raisonneur, pour ne pas i>oir que ce redresseur de torté dei>ient, dèd qu'il échappe à son action burlesque, le plus parfaitement discourtois, le plus intolérable, le plué ennuyeux de tous les personnages de la pièce. Il n'e^t plus temps, certes, de nous dire que ce bourru dissimule un cœur sensible et qu'il ne souffre des injures qu'on lui fait qu'en proportion des injustices dont s'abreiwe la belle espèce humaine. La preuve at faite de son insociabilité et de son égoïsme. Grand seigneur, également favorisé de la naissance et de la fortune, on ne saisit pa-d bien comment on pourrait le sauver du ridicule sanj le faire choir danj l'odieux. Non que, par contraste, se<) partenaires fussent des personnages sympathiques. Nous savons à quoi nous en tenir sur la brutalité, le manque de délicatesse, la grossièreté de sentiment que dissimule la politesse conventionnelle du xvn' siècle. Qu'est-il besoin de nous le rappeler ? PendanL longtemps, Philinte a pu demeurer impudemment le modèle le plus parfait de la raison et du sentiment, Oronte Acaste et CUtandre tenir l'emploi de ces honnêtes gentilshommes dont l'éloge tarissait à peine, Eliante et Arsinoé représenter, l'une ce que la grâce, et l'autre la fausse pudeur unie à la séduction montrent de plus achevé chez les femmes du meilleur monde, au sein delà société la plus raffinée, nous ne saurions être dupes de tant de belles manières et de si nobles discours. Cela nous amène naturellement a
parler de Céimiene. Qu'en dire, âpre,) m'olr iwé d'un tel étyle pour exprimer le désenchantement que pnn'oque en nous j-ej inoubliables antagonistes? C'est précisément là que nous attendons le lecteur trop bien préi'cnu contre elle. Nous osons le demander tout net, mérite-t-elle, en définitii'e, la niaui>aivfe réputation quelle tf'est faite, et ne serait-il pas juj-te de la réhabiliter quelque peu? Qu'on ne proteste point; nous ne cherchons pas à choquer la bienséance. C'est sous les traits d'une coquette qu'on s'est accoutumé à la voir. Grande figure de la scène française, elle a tout pour plaire et rien, peut-être, pour s'e faire aimer. Non qu'elle soit indique d'affection ni incapable d'éprouver, en retour, quelque tendre et durable sentiment, mais son caractère est sans douceur et son destin sans joie. Aloliere — qu'en sait-on ? — l'a-t-il voulue de la sorte, refiétant certaine héroïne de ses propres amours, ou bien le modèle, débordant de son cadre, n'a-t-il dû toute son ampleur qu'au prix de son naturel, voire de son authenticité, chaque actrice qui créa le râle lui imposant une personnalité nouvelle et le surchargeant du faix de je ne sais quel le cruelle expérience? Honnête femme et grande dame, jolie, spirituelle et par cela médisante jusqu'à l'excès, mais imprudente, son rôle nous touche injiniment et rien ne nous émeut comme de la voir en butte aux méchants procédés de quelques uns qui s'en veulent venger, moins heureuse que les héroïnes romantiques de n'être point défendue par quelque cavalier digne d'elle, à l'heure ou on lui fait affront et de sa