‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 71 sur 96 · ACTE QUATRIÈME 1 o · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME 1 o

Q^ue jamais par la force on n'entra dans un cœur,

Et que toute âme est libre à nommer son vainqueur.

Aussy ne trouverois-je aucun sujet de plainte.

Si pour moy vostre bouche avoit parlé sans feinte ;

Et, rejetant mes vœux dès le premier abord.

Mon cœur n'auroit eu droit de s'en prendre qu'au sort.

Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie.

C'est une trahison, c'est une perfidie

Qui ne sçauroit trouver de trop grands châtimens.

Et je puis tout permettre âmes ressentimens.

Ou3', ouy, redoutez tout après un tel outrage,

Je ne suis plus à moy, je suis tout à la rage.

Percé du coup mortel dont vous m'assassinez.

Mes sens par la raison ne sont plus gouvernés;

Je cède aux mouvemens d'une juste colère.

Et je ne réponds pas de ce que je puis faire.

CÉLIMÈNE

D'où vient donc, je vous prie, un tel emportement? Avez-vous, dites-moi, perdu le jugement?

ALCESTE

Ouy, ouy, je l'ay perdu, lorsque dans vostre vue J'ay pris, pour mon malheur, le poison qui me tuë,

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Et que j'ay cru trouver quelque sincérité Dans les traistres appas dont je fus enchanté.

CÉLIMÈNE De quelle trahison pouvez-vous donc vous plaindre?

ALCESTE

Ah ! que ce cœur est double, et sçait bien l'art de feindre I Mais, pour le mettre à bout, j'a^^ des moyens tout prêts : Jetez icy les yeux, et connoissez vos traits; Ce billet découvert suffit pour v^ous confondre. Et, contre ce témoin, on n'a rien à répondre.

CÉLIMÈNE Voilà donc le sujet qui vous trouble l'esprit?

ALCESTE Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit!

CÉLJMÈNE Et par quelle raison faut-il que j'en rougisse?

ALCESTE

Q,uo3^ ! vous joignez icy l'audace à l'artifice?

Le désavouerez-vous, pour n'avoir point de seing!

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