ACTE CINQUIEME 12Ô
Aurez-vous bien le front de me vouloir, en face, Excuser les horreurs de tout ce qui se passe?
PHILINTE Non, je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaist : Tout marche par cabale et par pur intérest; Ce n'est plus que la ruse aujourd'hu3' qui l'emporte, Et les hommes devroient être faits d'autre sorte. Mais est-ce une raison que leur peu d'équité Pour vouloir se tirer de leur société?
Tous ces défauts humains nous donnent, dans la vie. Des moyens d'exercer notre philosophie : C'est le plus bel emploi que trouve la vertu; Et, si de probité tout estoit revestu^ Si tous les cœurs estoient francs, justes et dociles, La pluspart des vertus nous seroient inutiles, Puisqu'on en met l'usage à pouvoir, sans ennuy. Supporter, dans nos droicts, l'injustice d'autruy; Et, de mesme qu'un cœur d'une vertu profonde...
ALCESTE Je sçais que vous parlez. Monsieur, le mieux du monde En beaux raisonnemens vous abondez toujours ; Mais vous perdez le tems et tous vos beaux discours. La raison, pour mon bien, veut que je me retire : Je n'ay point, sur ma langue, un assez grand empire ; De ce que je dirols je ne répondrois pas.
Et je me jetterois cent choses sur les bras. Laissez-moy, sans dispute, attendre Célimène. Il faut qu'elle consente au dessein qui m'amène; Je vais voir si son cœur a de l'amour pour moy. Et c'est ce moment-c^^ qui doit m'en faire fo3'.
PHILINTE Montons chez Ehante, attendant sa venue.
Non: de trop de souc^" je me sens l'âme émue. Allez-vous en la voir, et me laissez enfin Dans ce petit coin sombre avec mon noir chagrin.
PHILINTE
C'est une compagnie étrange pour attendre, Et je vais obliger Eliante à descendre.