‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 80 sur 96 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Il me faut de vostre âme une pleine assurance : Un amant là-dessus n'aime point qu'on balance. Si l'ardeur de mes feux a pu vous émouvoir, Vous ne devez point feindre à me le faire voir ; Et la preuve, après tout, que je vous en demande. C'est de ne plus souffrir qu'Alceste vous prétende. De le sacrifier. Madame, à mon amour.

Et de chez vous enfin le bannir dès ce jour.

CÉLIMÈNE

Mais quel sujet si grand contre luy vous irrite. Vous à qui j'ay tant vu parler de son mérite ?

ORONTE

Madame, il ne faut point ces éclaircissemens ; Il s'agit de sçavoir quels sont vos sentimens. Choisissez^ s'il vous plaist, de garder l'un ou l'autre, Ma résolution n'attend rien que la vostre.

ALCESÏE Sortant du coin oîi il j-'ej-toit retire :

Ouy^ Monsieur a raison : Madame, il faut choisir. Et sa demande ic^' s'accorde à mon désir. Pareille ardeur me presse, et mesme soin m'amène ; Mon amour v^eut du vostre une marque certaine.

Les choses ne sont plus pour traisner en longueur. Et voic^'^ le moment d'expliquer votre cœur.

ORONTE

Je ne veux point. Monsieur, d'une flamme importune Troubler aucunement vostre bonne fortune.

ALCESTE

Je ne veux point, Monsieur, jaloux ou non jaloux. Partager de son cœur rien du tout avec vous.

ORONTE Si vostre amour au mien lui semble préférable...

ALCESTE Si du moindre penchant elle est pour vous capable...

ORONTE Je jure de n'y rien prétendre désormais.

ALCESTE Je jure hautement de ne la voir jamais.

ORONTE Madame, c'est à vous de parler sans contrainte.

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