‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 8 sur 96 · XVIII LE MISANTHROPE · texte numérisé non relu

XVIII LE MISANTHROPE

dire en deux mots, si je voulois m'exempter de faire un grand discours, qu'il a plu, et que, son intention estant de plaire, les critiques ne peuvent pas dire qu'il ait mal fait, puisque, en faisant mieux (si toutefois il est possible) son dessein n'auroit peut-être pas si bien réussi.

Examinons donc les endroits par où il a plu, et voyons quelle a esté la fin de son Ouvrage. Il n'a point voulu faire une Comédie pleine d'incidens, mais une pièce seulement où il put parler contre les Mœurs du Siècle. C est ce qui lui a fait prendre pour son héros un Misanthrope ; et comme Misanthrope veut dire ennemi des Hommes, on doit demeurer d'accord qu'il ne pouvoit choisir un personnage qui, vraisemblablement pût mieux parler contre les Hommes que leur ennemi. Ce choix est encore admirable pour le Théâtre ; et les chagrins, les dépits, les bizarreries, et les emportemens d'un Misanthrope étant des choses qui font un grand jeu, ce caractère est un des plus brillans qu'on puisse produire sur la Scène.

On n'a pas seulement remarqué l'adresse de l'Auteur dans le choix de ce personnage, mais encore dans tous les autres ; et comme rien ne fait paroistre davantage une chose que celle qui lui est opposée, on peut non-seulement dire que l'amy du Misanthrope, qui est un homme sage et pirudent, fait voir dans son Jour le caractère de ce ridicule, mais encore que l'humeur du Misanthrope fait connoître la sagesse de son ami.

Molière n estant pas de ceux qui ne font pas tout également bien, n a pas été moins heureux dans le choix de ses autres caractères, puisque la maistresse du Misanthrope est une jeune Veuve, coquette, et tout à fait médisante. Il faut s'écrier icy, et admirer l'adresse de l'Auteur : ce n'est pas que le caractère ne soit assez ordinaire, et que plusieurs n'eussent pu s'en

Page 1