ACTE CINQUIEME
Madame vous pouvez vous expliquer sans crainte.
Vous n'avez qu'à nous dire où s'attachent vos vœux.
ALCESTE Vous n'avez qu'à trancher, et choisir de nous deux,
ORONTE Q,uoy ! sur un pareil choix vous semblez estre en peine 1
ALCESTE Q,uoy ! vostre âme balance et paroît incertaine !
CÉLIMÈNE
Mon Dieu ! que cette instance est là hors de saison.
Et que vous témoignez tous deux peu de raison!
Je sçais prendre parti sur cette préférence^
Et ce n'est pas mon cœur maintenant qui balance :
Il n'est point suspendu, sans doute, entre vous deux,
Et rien n'est sitôt fait que le choix de nos vœux.
Mais je souffre, à vrai dire, une gêne trop forte
A prononcer en face un aveu de la sorte :
Je trouve que ces mots qui sont désobligeans
Ne se doiv^ent point dire en présence des gens;
Q^u'un cœur de son penchant donne assez de lumière.
Sans qu'on nous fasse aller jusqu'à rompre en visière Et qu'il suffit enfin que de plus doux témoins Instruisent un amant du malheur de ses soins.
Non, non, un franc aveu n'a rien que j'appréhende. J'y consens pour ma part.
ALCESTE
Et mo3', je le demande ; C'est son éclat surtout qu'icy j'ose exiger. Et je ne prétends point vous voir rien ménager. Conserver tout le monde est vostre grande étude ; Mais plus d'amusement, et plus d'incertitude; Il faut vous expKquer nettement là-dessus. Ou bien pour un arrest je prends vostre refus; Je sçauray, de ma part, expliquer ce silence. Et me tiendray pour dit tout le mal que j'en pense.
ORONTE Je vous sçais fort bon gré. Monsieur, de ce courroux. Et je luy dis icy mesme chose que vous.
CÉLIMÈNE
Que vous me fatiguez avec un tel capricel Ce que vous demandez a-t-il de la justice?