CHAPITRE PREMIER
Acheminement vers une réforme pour l'unification du Missel.
I. Les premiers missels imprimés. — Avec le XV siècle, l'ère des manuscrits liturgiques est moralement close ; dès 1477 l'imprimerie donne ses premiers missels, et jusqu'en l'année 1500, des éditions se succèdent à Naples, Milan, Venise pour l'Italie; à Nuremberg, Mayence pour l'Allemagne. Paris, Lyon, Rouen sont, pour la France, les principaux centres où s'exécutent les impressions liturgiques des diocèses du royaume et aussi de l'étranger. Ainsi Paris édite les Missels de Chartres (1482), de Chàlons-sur-Marne (1489), de Saintes (1491), de Rennes (1492), d'Autun (1493), de Cambrai (1495); Rouen imprime ceux de Séez (1488), du Mans (1489), d'Évreux (1497), de Salisbury (1492) ; Lyon donne non seulement sa propre liturgie mais encore les Missels de la région méridionale, comme Viviers, Narbonne, Marseille, etc. — Le Missel romain eut, à lui seul, de nombreuses éditions, même avant l'apparition du protestantisme : un fait le prouve, c'est la rapide diffusion de l'Ordre franciscain ; à la fm du XV^ siècle, grâce à ces religieux, laliturgie romaine réformée par saint Grégoire VII était en usage dans presque toutes les églises de l'Europe. La liturgie de Sarum (Salisbury), à peu près uni ver-
sellement suivie en Angleterre, pouvait seule rivaliser avec elle (i).
Le nombre des éditions s'accroît encore au XVI^ siècle jusqu'à l'heure ou saint Pie V publie le Missel romain corrigé par ses soins.
Ces éditions sont dignes des manuscrits qu'elles remplacent. Par la noblesse du format, la beauté de l'exécution, les livres liturgiques l'emportent sur tous les autres imprimés et conservent le premier rang. Le format in-folio est ordinairement assigné au Missel, beaucoup des exemplaires primitifs sont sur vélin, et, quand le vélin commence à disparaître, on le conserve encore pour le canon de la messe, la partie la plus vénérable du livre. Pendant un certain temps, les missels imprimés sont en caractères gothiques; dès 1470, il est vrai, on trouve en Italie des caractères romains, mais une réaction s'opère en faveur des gothiques. Puis, après 1574, la lettre romaine est exclusivement employée dans l'impression des livres liturgiques ; elle s'y développe avec gravité et magnificence, et plus particulièrement au canon de la messe ; ce développement est dû en grande partie au format. — Le vermillon est employé pour les rubriques : la double couleur des lettres sera bientôt l'apanage exclusif des livres de la liturgie, ils en revêtent une physionomie spéciale qui convient à merveille à leur destination mystérieuse (2).
Pour rattacher plus étroitement le Missel
(i)D. Guéranger, Instîhitions littirg., t. III, pp. 3i9-323. — Du Lac, La liturs^ie romaine et les liturgies françaises, p. 199. — J. Weale, Catalogits inissaliuTn ritus latiniab afino i4y$ impressorum^ London, 1886. On trouvera, dans ce dernier ouvrage, une Bibliographie complète des éditions dont nous ne pouvons donner qu'une idée insuffisante. — Zaccaria : Bibliotheca ritualis, t. I, pp. 52-53.
(2) D. Guéranger f Institutions littirgiqzies, t. III, p. 325-329.
imprimé aux vénérables manuscrits dont il procède, il fallait que les miniatures y fussent représentées. La gravure sur bois et sur cuivre ne tarda pas à en fournir les moyens ; en attendant, les imprimeurs laissèrent en blanc la place des larges initiales, des demi-pages et quelquefois des pages entières pour recevoir la peinture des sujets historiques et allégoriques. De la sorte, les premiers livres liturgiques imprimés continuèrent de rappeler les beaux manuscrits de l'âge précédent. On peut citer comme exemples les missels des Chartres (1482) et de Lyon (1487) avec leurs nombreuses initiales peintes en couleur, et surtout le magnifique Missel de Paris (1522), conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal ; il y a dans ce dernier au moins 154 miniatures coloriées, puis des bordures, des initiales peintes avec un soin -extrême. — Au XVII^ siècle la gravure sur bois remplace la peinture, elle est remplacée elle-même au XVII^ siècle par la gravure sur cuivre. Notons en passant que la liturgie fut l'occasion de la découverte de la gravure sur cuivre faite par Thomas Finiguerra, orfèvre florentin (1452) (i). IL — Nouvelles particularités introduites DANS le missel. — Le Missel imprimé à Naples en 1477 poi'te pour titre, à la suite du calendrier : Incipii ordo uiissalis secundîim consuetudinein citriae romanae : c'est aussi la qualification que se donnent beaucoup de Missels imprimés par les diocèses et les monastères. Toutefois cette conformité avec la cour romaine n'excluait pas la présence de certaines particularités et de développements spéciaux. Ainsi, pour n'être pas atteinte substantiellement, la liturgie romaine avait eu au XV® siècle ses variantes, ici, la forme purement grégorienne, ailleurs, la réforme de saint Grégoire VII,
(i) D. Guéranger, Iiistihùt. liturg.y t. III, p. 388-393.
LE MISSEL ROMAIN lOÇ
ailleurs encore, la réforme des Franciscains. Dans chaque nation, des usag^es locaux avaient cours, une dévotion ardente charofeait sans cesse le calendrier de nouveaux saints, avec des offices plus ou moins corrects (i). On a vu dans l'histoire du Bréviaire (2), que le grand schisme contribua pour une part considérable à l'altération de la liturg"ie ; le cérémonial forcément modifié à la cour d'Avignon donna une entrée plus libre aux usages locaux. Le Missel, en raison même de son étroite connexion avec le Bréviaire, devait se ressentir du particularisme introduit dans l'office divin. Pour n'en donner qu'un exemple, on vit pendant le séjour des papes à Avignon, des messes votives, avec circonstances superstitieuses dans le nombre et le rite à garder, prendre la place des messes ordinaires (3).
D'autre part, l'influence des humanistes sur les formules de l'office canonial ne devait-elle pas s'étendre aux formules du Missel, sinon aux anciennes collectes, du moins auxpartieschantées? Pour n'être pas exposée à un remaniement aussi complet que celui du Bréviaire de Quignonez, la structure de la messe pouvait subir quelques atteintes de ce côté. On devait bientôt s'en apercevoir ; car les chefs de la Réforme protestante s'en prirent au Missel plus encore qu'au Bréviaire.
III. Influence du Protestantisme sur l'altération DU Missel. — Luther, il est vrai, y mit quelques ménagements : lorsqu'en 1523, il réforma la messe et en dressa la formule, il ne changea presque rien de ce qui frappait les yeux
( i) Du r,ac, La lUiwgie romaine et les lihirgies françaises^
(2) Le Bréviaire rojnain, ses origines, son histoire, p. 84.-
(3) D. Guéranger, oiivr. cité, t. I, p. 345.
du peuple. Ainsi, il garda V Introït, le Kyrie, la collecte, l'épître, l'évangile (avec les cierges et l'encens, si l'on voulait), le Credo, la prédication, les prières, la préface, le Sanctus, les paroles de la consécration, l'élévation, l'Oraison dominicale, V Agnus Dei, la communion, l'action de grâces...
II conserva le chant, et même le chant en latin, il y mêla seulement des prières en langue allemande pour l'instruction du peuple (i).
Mélanchton ne se montra pas moins conservateur ; mais Calvin fut inexorable à l'égard des cérémonies, et bientôt, sous prétexte de rendre la liturgie plus parfaite, le protestantisme changea ses formules, la débarrassa de tout ce qui rappelait la foi catholique... Pour rompre ainsi avec la Tradition, on allégua de nouveaux principes, par exemple : la parole de Dieu est seule digne d'être prononcée dans l'office divin (2) ; le latin de l'Eglise n'est qu'un latin barbare, étranger au pur classique, il faut lui substituer le latin de la Renaissance ou mieux encore la langue vulgaire que le peuple entend; enfin il faut anéantir le culte de la Sainte Vierge et des Saints, et toute trace de religion envers le Siège Apostolique. — On comprend sans peine ce que devient le Missel sous la main de ces Novateurs; les livres des églises luthériennes, calvinistes, anglicanes, montrent l'application du système dans son étendue. Toutefois, l'audacieuse réforme n'opéra pas partout de la même façon ; tandis que les plus avancés, sans craindre de se mettre en opposition avec leurs propres principes, éliminèrent les formules de style ecclésiastique, réprouvèrent même les lectures et prières empruntées à l'Ecriture Sainte,
(i) Bossuet, Histoire des Variations^ liv, III, c. 5i.
(2 Dom Gasquet et Ed. Bishop, Edward VI and the Book of Common Prayer, pp. 84, 217.
LE xMISSEL ROMAIN I I I
les autres y apportèrent plus de ménag-ements et affectèrent même un certain conservatisme : tels le luthéranisme des premiers temps et l'anglicanisme. On vient de voir ce que pensait Luther avant de formuler ses diatribes contre le canon de la messe ; l'église anglicane, de son côté, voulut avoir son recueil liturgique où serait rég-lé tout le service divin (matin et soir). C'est le Book of Contnton Frayer, dont la première rédaction définitive est de 1549 : la partie substituée à l'ancien Missel a pour titre : The Stipper of the Lord, La Chie du Seigneur, elle concorde avec le Missel de ^'^^r//;/^ jusqu'au Credo inclusivement, on a inséré en cet endroit une formule qui tient de l'homélie. Alors se rencontre une lacune (on a omis l'ancien rituel de l'oblation). La reprise de la concordance se fait à la préface, mais une nouvelle formule a été insérée pour remplacer notre canon de la messe. Cranmer rédigea une suite de prières à peu près de même longueur que la partie supprimée, il en fit disparaître tout ce qui pouvait éveiller l'idée d'oblation et de sacrifice. A la fin de l'action, on n'a laissé subsister que les parties suivantes : Pater noster, Fax Domini et Agmis Dei ; le reste est entièrement nouveau. — Comme dans la messe latine de Luther, on retrouve ici les anciennes formules (oraisons, lectures, etc.,) spécialement pour les dimanches, mais le calendrier des fêtes a été singulièrement allégé : en plus des fêtes deNotre- Seigneur, on y a maintenu celles des Apôtres, de la Purification et de l'Annonciation, de saint Jean- Baptiste, de sainte Marie-Madeleine, de saint Etienne, des saints Innocents, de saint Michel comme commémoraison des Anges, puis la fête générale de tous les Saints (i). Mieux conservée
(i) Dom Gasquet et Ed. Bishop, Edward VI and the Book of Common Prayer, pp. 217, 34.
que ses rivales protestantes, la liturgie anglicane a pourtant connu plus d'un changement pendant ses trois siècles d'existence : ainsi V Ordinal cÛ Edouard F/fut modifié sous Elisabeth, corrigé et augmenté sous Jacques P^, remplacé par une composition de Cromwell, etc.
Ce seul exemple peut suffire à montrer le danger qui menaçait la liturgie romaine au moment où l'autorité suprême intervint pour la protéger et la fixer dans l'unité. Cette intervention était jugée nécessaire par les catholiques. Un concile tenu à Cologne en 1536, émet le vœu d'une réforme liturgique : dans le Missel on constate, pour les réprouver, plusieurs innovations récemment introduites, car elles sont une atteinte au respect dû à nos saints mystères ; on s'en prend d'une façon spéciale aux nouvelles proses (3). — Même après l'ouverture du saint Concile de Trente en 1545, des projets de réforme liturgique se font jour, en Allemagne notamment au Synode de Salz— bourg {1562), en France aux conciles provinciaux de Reims (1564), de Cambrai (1565) (2). A la reprise du concile sous Pie IV, un mémoire donné au Cardinal de Lorraine lui enjoint, au nom du roi et des Etats Généraux de France, d'insister fortement sur la nécessité d'épurer le service divin, de retrancher les superstitions, de revoir les prières et les cérémonies (3).
Ainsi fut introduite, dans les dernières sessions du Concile de Trente, la question de la réforme du Missel.
(i) Mansi, Conciliorziiu Collecta amplissima, t. XXXIT, p. 1227.
(2) Dom Baumer, Histoire du Bréviaire, t. II, p. i52, note.
(3) Dom Guéranger, Institutions litîirgiques, t. I, p. 412.
LE MISSEL ROMAL>J I K)
Articlp: I. — Travaux préparatoires et Bulle de promulgation.
I. Travaux préparatoires. — La réforme du Bréviaire et celle du Missel devaient marcher de pair ; Jean Pierre Carafîfa, théatin, plus tard pape sous le nom de Paul IV (1555- 1559) avait préparé lui-même une réforme du Bréviaire, mais il mourut avant d'avoir pu achever son travail. Pie IV, son successeur (1559- 1565) envoya l'œuvre au Concile de Trente, demandant qu'on l'examinât conjointement avec les soins donnés à l'affaire du Missel. Au Concile, on nomma dans ce but une commission, mais l'entente ne put se faire sur l'objet de la réforme liturgique, et l'on décida de s'en remettre au Pontife Romain : aussi bien, l'œuvre de simple correction, et non pas de reconstitution, ne pouvait s'accomplir qu'à Rome même; il s'agissait non pas de donner à l'Eglise une nouvelle liturgie, mais de réviser et de corriger les livres de l'ancienne liturgie occidentale. Saint Pie V put, après quelques années, donner au monde catholique une nouvelle édition du Bréviaire romain (1568) et un Missel conforme à ce Bréviaire réformé (1570) (i).
IL Bulle de promulgation. — Depuis le 14 juillet 1570, date de sa publication, le Missel Romain porte en tête la Bulle Quo priinmn teinpore. Cette Bulle expose : 1° le BiU poursuivi conformément au vœu du Saint Concile de Trente;
( I ) Pour éviter des redites, nous renvoyons le lecteur à l'opuscule sur le Bréviaire romain notamment aux pages 96-104. Il y a bien des points communs entre le projet de la réforme du Bréviaire et celui de la réforme du Missel.
LE MISSEL ROMAIN. — Tome IL 8
donner un Missel qui réponde au Bréviaire, pour que dans l'Eglise de Dieu on voie régner un seul mode de psalmodie et un seul rite pour la célébration de la messe ; 2*^ les précautions prises et la utéthode employée ; des hommes érudits ont confronté les plus anciens manuscrits de la Bibliothèque Vaticane et d'autres encore, puis ils ont consulté les ouvrages des auteurs anciens et approuvés ; 3° le caractère obligatoire de la nouvelle publication ; les prêtres connaissant par ce document quelles prières, quels rites et quelles cérémonies ils doivent désormais retenir dans la célébration des messes, seront obligés de procéder suivant la forme du présent Missel dans toutes les églises ou chapelles du monde chrétien, à moins qu'on ne puisse, comme en certaines églises, exciper d'un usage particulier assidûment observé en vertu d'une première institution ou d'une coutume antérieure l'une et l'autre à deux cents ans. Encore est-il permis à ces dernières églises de célébrer la messe selon le présent Missel, pourvu que l'évêque et le chapitre tout entier y consentent ; 4° les garanties contre les altérations de l'avenir : « on ne pourra rien ajouter, retrancher ou changer au Missel que nous publions, » dit le pape auteur de la Bulle.
Comme pour le Bréviaire, un délai plus ou moins considérable (un mois, trois ou six mois) est accordé aux localités, suivant qu'elles sont plus ou moins éloignées de Rome, pour se procurer le présent document : passé ce délai, le nouveau Missel devra être mis en usage.
Article IL — Contenu du Missale Pianum.
Dans la pensée de ceux qui en ont suggéré, préparé et ordonné la publication, ce Missel n'est pas un livre liturgique nouveau ; à part quelques additions, comme celle des documents pontificaux
et des rubriques g-énérales, on y retrouve les éléments et même la distribution des matières du Missel plénier. Le tout peut se ramènera quelques préliminaires, à quatre parties principales et à un appendice : les quatre parties sont : i° l'Ordinaire de la messe, que l'on a intercalé pour plus de commodité dans le propre du temps entre le samedi saint et la fête de Pâques ; 2° le Propre du Temps ; 3° le Propre des Saints ; 4° le Commun des Saints avec les messes votives. En appendice se trouvent des formules de bénédictions ayant quelque rapport avec la célébration de la messe. I. Préliminaires du Missel. — i^ Le document pontifical, placé au début, a été analysé dans l'article précédent. Comme on le voit, c'est une garantiedel'authenticité du recueil, une attestation portée par l'autorité suprême du Chef de l'Eglise. Plus tard on y joindra les bulles des Pontifes qui travailleront à améliorer l'œuvre de saint Pie V ; désormais la réglementation liturgique devra être faite ou sanctionnée par le Pontife romain. — 2° Comme dans le Bréviaire, on a inséré dans le Missel, les règles à observer pour déterminer la fête de Pâques, puis le détail du calendrier, ce dernier est entièrement conforme à celui du Bréviaire, là réside l'harmonie demandée entre la célébration de l'office divin et la célébration de la messe. — 3^ Les rubriques générales du missel et les rites à observer dans l'offrande du saint sacrifice font maintenant suite au calendrier. Cet ensemble de lois ou d'observances sacrées avait été rédigé, dans la forme qu'il a conservée depuis par Jean Burchard au début du xvr siècle. Au témoignage deGavantus, une rédaction sommaire des rubriques avait été placée dans les Missels manuscrits de la Bibliothèque Vaticane ; on la trouve un peu amplifiée dans les premiers Missels imprimés, particulièrement dans les éditions de
Il6 LE MISSEL ROMAIN
Venise. A partir de 1534, dit Bona, la rédaction de Burchard fut imprimée en tête des Missels et la commission de saint Pie V n'eut qu'à les y maintenir (i). Comme les rubriques du Bréviaire, celles du Missel, sauf quelques corrections, sont demeurées ce qu'elles étaient en 1570. — 4° Les prières à réciter, pour revêtir les ornements sacerdotaux ont été fixées d'une façon définitive dans le Missel de saint Pie V ; ce Pontife a voulu mettre un terme aux variations qui s'étaient perpétuées jusqu'à lui. On trouve des prières pour les ornements dans une foule de manuscrits à partir du IX® siècle (2). Il faut en dire autant des psaumes de préparation et d'action de grâces : ils paraissent ici dans le document officiel du XVI® siècle comme les vestiges des anciennes Apologies du début ou de l'offertoire et des prièresrécitéesaprès la messe. Désormais l'uniformité régnera dans la pratique pour ces accessoires de la célébration.
II. — Les quatre parties du Missel. — Nous parlons en premier lieu de V Ordinaire de la Messe à cause de son importance et de son antiquité : on sait que la seule raison d'une plus grande commodité l'a fait reporter vers le milieu du recueil, même pendant la période des manuscrits. — Tout y est désormais prévu et réglé depuis le commencement jusqu'à la fin du Saint Sacrifice, pour que l'harmonie parfaite règne dans le mode de célébration et l'emploi des formules. Les particularités qui s'étaient maintenues jusqu'aux Xlir et XIV® siècles, au début et à la fin du Saint Sacrifice, disparaissent ; le nombre des préfaces est considérablement réduit (onze seule-
(i) Zaccaria, Bibliotheca ritualis, t. I, p. 58.
(2) Voir Doni Martène, De Aiitiquis Ëcclesiae ritibus, t. I, p. 343. — Lebrun, Explication des prières et cérémonies de la messe, t. I, p. 40-41.
ment subsistent) comme aussi le nombre des variantes aux formules Communicantes et Hanc igitny ; il n'est plus fait mention de la bénédiction épiscopale du rite gallican ou mozarabe ; la bénédiction finale avant le dernier Evangile se donne (sauf aux messes des morts) d'une façon uniforme par tous les prêtres ; les prélats ont une formule spéciale.
2. Propre du temps. — Le Missel de saint Pie V a les trois grands cycles des anciens documents : Noël [y^'^ dimanche de l'Àvent au dimanche de la Septuagésime) ; Pâques (dimanche de la Septuagésime à la Pentecôte ; Peittecôte (les dimanches qui suivent jusqu'à l'Avent : pratiquement, toute l'octave de la Pentecôte rentre dans le temps pascal bien qu'on y ait placé les Quatre-Temps). Il y a des parties variables pour la messe tous les dimanches, pendant le Carême à toutes les fériés, puis aux mercredis, vendredis et samedis des Quatre-Temps. Nous allons donner un rapide coup d'œil sur ces parties variables pour établir leur relation avec les anciens documents : renvoyant pour les lectures aux Lectionnaires et aux Evangéliaires, nous nous bornerons à parler des parties chantées et des oraisons.
A. parties chantées. — La publication officielle de 1570 est une réponse à Luther et à ses adeptes ; elle montre toute l'injustice de leurs griefs et l'inexactitude de leurs assertions contre l'ancienne liturgie. Il n'était guère besoin, en effet, de remplacer les formules de style ecclésiastique par des lectures d'Ecriture vSainte dans un recueil qui remettait chaque jour sous les yeux le texte sacré grâce aux chants et aux passages des Epîtres et des Evangiles. Pour le rappeler d'une façon sensible aux fidèles et aux prêtres tentés de l'oublier, on a pris soin de marquer les références dans le nouveau Missel ; par là on constate sans peine que
Il8 LE MISSEL ROMAIN
les Introïts, Gradîiels, versets alléluïatïques, traits, offertoires et cojnmunionssontj à quelques exceptions près, tirés de la Sainte Ecriture (i). Le psautier y figure pour une large part, et c'est justice, car le Psalmiste a dans ses hymnes des accents suaves et variés pour apaiser le ciel (2) : ainsi les chants du Missel sont, comme ceux l'office divin, par excellence les chants du psautier, le propre du temps y reproduit l'Antiphonaire grégorien (3). Le texte y diffère plus ou moins de celui de la Vulgate et c'est à dessein que V Itala Vêtus a été conservée. Sur cette version qui remonte au ir siècle et se maintint dans l'Eglise jusqu'au VU" siècle à côté de la traduction de saint Jérôme, ont été adaptées les mélodies primitives; la modification du texte eût amené la modification des mélodies et l'on ne vit pas la nécessité de ce double travail. D'ailleurs, le texte de V Itala Vêtus avait ses avantages, il était suffisamment orthodoxe, aimé du peuple à cause de sa ressemblance avec l'idiome populaire, apprécié en même temps des hommes instruits parce qu'il reproduisait fidèlement la version des Septante. Aussi, quand sur la fin du xvr siècle, des éditeurs tentèrent de substituer, dans les livres d'offices, la Vulgate à l'ancienne Italique, Clément VIII réprima sévèrement ces libertés dans la Bulle : Ctiin Sanctissiinu7ft de 1604; de nos jours, le
(i) C. Marbach, Carmina Scripttirarum, i in- 8* Argenttorati 1907, Introduction, p. 20 note, 2. — L'auteur de cet ouvrage a rendu un réel service aux liturgistes et aux prédicateurs en leur indiquant à quels jours, à quelles fêtes et dans quelles occasions les divers textes des saints Livres sont chantés dans les oflîces de l'Eglise. — Nous renvoyons à l'ouvrage les lecteurs qui veulent avoir de plus amples détails sur cet article.
(2) Bona, De divina Psatmodia, cap. 16, § 11.
(3) Voir cet Antipîtonaire Grégorien dans P. L., t. LXXVIII, c. 641 et seq.
Saint-Siège a paru accentuer encore la pensée de Clément VIII à ce sujet (i). Le tableau des références du Propre du temps au psautier présente une mosaïque, assez bizarre à première vue, comme on peut en juger par ce spécimen des dimanches de l'Avent.
Introït
Graduel
Verset Allèluiatique
Offertoire
Communion
i*'dim.de l'Avent
Ps. 24
Ps.42
Ps. 84
Ps. 24
Ps. 84
a) N. B. — Le trait — indique les emprunts faits aux livres différents du psautier.
Voici les conséquences à tirer de cette constatation : I . En général, entre les divers chants d'une même messe, il n'y a pas de connexion étroite et logique; il y a pourtant un air de famille; de l'introït à la communion on reste sous l'impression des mêmes sentiments ; — 2. Quand le temps de l'année a un caractère bien déterminé comme l'Avent, le temps de la Passion, le temps pascal, les chants de la messe s'inspirent de ce caractère ; le caractère n'est pas aussi bien marqué pour le carême où chaque férié a sa messe spéciale, ni pour le temps qui suit la Pentecôte, aussi un rapprochement s'est-il établi entre ces deux époques de l'année, un assez grand nombre de supplications des messes du carême se trouve dans les dimanches après la Pentecôte (2). Notons pourtant le cachet spécial de certaines fériés de Carême,
(i) C. Marbach, ouvr. cité, pp. 37-38.
(2) Pour tous les jours de fêtes, il y a relation entre les chants de la messe et l'objet de la fête ; de même pour certaines fêtes qui présentent un caractère bien tranché, par exemple les Rogations.
par exemple le mercredi après le 4^ dimanche a une messe composée dans toutes ses parties en vue des Catéchumènes ; en ce jour appelé feria traditiomi'm, avait lieu, après un dernier examen (scriitiniuin)^ la remise du Symbole et de l'Oraison dominicale ; — 3- La connexion entre les chants et les autres parties de la messe est plutôt exceptionnelle ; ainsi le graduel n'a de connexion avec répître que dans des cas isolés : Omîtes de Saba venient de l'Epiphanie ; Ecce Sacerdos inagnus d'un confesseur pontife. Deux fois seulement, dans les cas peu fréquents où le trait suit immédiatement une leçon, il y a adaptation parfaite : la4'' et la 11^ prophétie du Samedi saint annoncent par leurs derniers mots les deux cantiques de Moïse : Cantemus Domino, et Attende cœlum,
B. Oraisons, — Sous ce nom. sont comprises les formules de style ecclésiastique pour lesquelles les protestants ont affecté un profond dédain. Chose étrange, ils n'osèrent pas les supprimer ; non seulement ces formules reposaient sur une tradition solidement établie, mais le peuple y était habitué etn'enauraitpasaccepté volontiers la suppression. Dans le propre du temps toutes les formules du Missale Pianum sont empruntées aux plus anciens Sacramentaires : déjà nous avons signalé, à propos du Sacramentaire Léonien, dans quelle mesure ce document est reproduit au Missel romain ; les autres formules de celui-ci sont tirées du Gélasien et du Grégorien, quelques-unes même, émanent des trois documents à la fois. L'ordre et l'assignation du jour, donnés par le Grégorien, ont naturellement prévalu ; avec l'édition de Muratori, le rapprochement s'établit facilement. Ce travail de comparaison nous entraînerait trop loin. — • L'Église ne craint pas de répéter en diverses circonstances les mêmes formules pourvu que celles-ci s'adaptent aux lectures ou à l'objet du
mystère : ainsi l'oraison : Deits qui Mbus pueris récitée chaque jour après la messe dans les prières d'actions de grâces, revient à chaque samedi des Quatre-Temps après la cinquième lecture et le cantique, Beiiedictits es de Daniel ; la secrète : Oblatîiiit tïbi sacrificiunt vivijîcei nos, reparaît au dimanche dans l'octave de l'Epiphanie, au dimanche de la Septuagésime, au lundi après le quatrième dimanche de Carême. On trouvera aisément d'autres exemples pour peu que l'on fasse rentrer le propre et le commun des saints dans le champ d'exploration. Les messes des dimanches après l'Epiphanie sont d'origine plus récente que les autres ; elles ont cette particularité que quand les derniers de ces dimanches sont reportés immédiatement avant le temps de l'Avent, on leur attribue les parties chantées du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte, mais on leur conserve les oraisons et les lectures comme avant la vSeptuagésime. En Carême, on a maintenu pour chaque férié la prière qui se disait après les postcommunions sur les fidèles inclinés et cette prière sert d'oraison pour les vêpres : d'ordinaire la collecte de la messe se dit comme oraison à toutes les heures de l'office divin. — La liturgie de saint Pie V a maintenu certaines pratiques des premiers siècles, particulièrement les pratiques annexées à la préparation des catéchumènes pour le baptême solennel administré le samedi saint. Ainsi le mercredi qui suit le quatrième dimanche de Carême et le mercredi saint ont deux oraisons et deux lectures ; les offices du vendredi saint, ceux des samedis, vigiles de Pâques et de la Pentecôte ont une structure à part. Les mercredis des Quatre-Temps ont aussi double oraison et double lecture ; quant aux samedis des Quatre- Temps, ils ont six oraisons et six lectures avant l'évangile, la cinquième tirée de Daniel est suivie
du cantique : Bejtedictus es emprunté au même prophète. — Vers le xr siècle, un changement des lectures évangéliques à partir du dixième dimanche après la Pentecôte a brisé l'harmonie entre collectes, leçons et chants ; l'Eglise n'a pas cru devoir rétablir la disposition antérieure à cette époque.
3. Propre des Saints. — On a soigneusement conservé dans le Missel de saint Pie V les messes des saints honorés primitivement, quoique à la même date du calendrier d'autres saints aient été substitués : par exemple : au 19 janvier, les saints Marins, Marthe, Audifax et Abacum, à côté de saint Canut, au 12 juin, les saints Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire à côté de saint Jean de saint Facond, etc., ces messes en effet sont les plus anciennes et ont été dans la suite utilisées parfois pour les communs. Le calendrier du Missel, comme celui du Bréviaire, reçut après saint Pie V des accroissements dont il est parlé dans l'opuscule sur le Bréviaire.
4. CoiPifPiun des Saints, — Cette partie du Missel est amplement fournie : on y recourt pour tous les saints qui n'ont pas de messe propre ou pour lesquels on ne trouve que des oraisons dans la partie précédente, i. Sauf le commun des saintes femmes ajouté sous Clément VIll, la série des communs dans le Missale Piamtin est celle de nos missels actuels. Elle comprend : la vigile des Apôtres (une messe) (i), un martyr pontife (deux messes), un martyr non pontife (deux messes), un ou plusieurs martyrs au temps pascal (trois messes), plusieurs martyrs en dehors du temps pascal (trois messes), un confesseur pontife
(i) Il n'y a pas de Commun pour les Apôtres, parce que chaque apôtre ou groupe d'apôtres figure dans le propre des saints avec une messe spéciale.
(deux messes), un docteur pontife ou non pontife (une messe), un confesseur non pontife (deux messes), un abbé (une messe), les vierges martyres (deux messes), les simples vierg-es (deux messes), les saintes femmes martyres ou non (une messe). Cette série se termine avec la messe pour l'Anniversaire de la Dédicace. — 2. On peut ranger dans cette partie du Missel les anciennes messes votives. Ce sont les messes en l'honneur de la Sainte Trinité (i), des saints Anges, des saints Apôtres Pierre et Paul, du Saint-Esprit, du Saint-Sacrement, de la Croix, de la Passion, de la Sainte Vierge (il y a des messes de Beata Virgine pour les diverses époques de l'année). Viennent des messes votives pour circonstances particulières : élection du vSouverain Pontife, élection et consécration d'un évêque, extinction d'un schisme, une nécessité quelconque, rémission des péchés, grâce d'une bonne mort, contre les païens, pourletemps deguerre, pourlapaix, contre la mortalité et la peste, pour les malades, pour les pèlerins et les voyageurs, pour un mariage ; une série d'oraisons diverses fait suite à ces messes, et la liste se clôt par les messes des défunts (commémoraison du 2 novembre, jour de la mort ou de la sépulture, anniversaire, quotidienne) avec des oraisons diverses pour les défunts.
III. Appendice au Missel — i. Ce sont les bénédictions diverses qui peuvent être données avant, pendant ou après la messe : la liste s'ouvre par la bénédiction et l'aspersion de l'eau, et comprend des bénédictions d'aliments (agneau pascal, œufs, pain, fruits nouveaux), des bénédictions d'objets ou de lieux (cierges, nouvelle
(i) Nous devons à Alcuin cette messe de la Sainte Trinité ; sauf pour les lectures, elle a été utilisée pour la fête de ce mystère.
habitation , etc.), bénédictîonsdes vêtements sacerdotaux et ling-es sacrés (réservées aux Evêques). 2. Enfin le recueil se termine parla série des nouvelles jnesse s votives concédées en 1883 par Léon XIII pour chaque jour de la semaine et mises en harmonie avec les offices votifs du Bréviaire.
Article III. — Accueil fait au Missale Pianum et sa prompte diffusion.
I. — Comme l'apparition du Bréviaire, celle du Missel fut accueillie dans toute l'Eglise avec une véritable joie. Ce Missel, dit Dom Guéranger, était puisé aux sources les plus pures de l'antiquité, restitué conformément à l'antique règle des saints Pères ; il mettait fin aux désordres et à l'anarchie dans le culte divin et unissait toute les églises de la chrétienté dans une même supplication (i). Toutefois il admettait certains tempéraments pour les traditions locales et les coutumes que recommandait une pratique déjà ancienne ; les églises en possession d'un Missel particulier depuis deux cents ans pouvaient ou garder leur Missel ou adopter le Romain.
Partout, en Occident, on se conforma à la bulle de saint Pie V. Parmi les églises admises à bénéficier d'une exception, les unes renoncèrent purement et simplement à leurs privilèges et prirent le Missel Romain ; telles furent, en Italie, l'église d'Aquilée, toutes les églises de Sicile ; en Espagne, les églises de Tolède et de Séville. A quelques exceptions près, cet exemple fut suivi en Portugal, dans les vastes possessions espagnoles et portugaises, puis en Belgique, Autriche Hongrie, Pologne. En France, les huit conciles provinciaux de Rouen, de Reims, de Bordeaux,
(i) Institutions liturgiques, t. I, p. 427.
LE MISSEL ROMAL\ 125
de Tours, de Bourg-es, d'Aix, de Toulouse et de Narbonne procurèrent l'exécution de la bulle de saint Pie V ; des mesures analogues furent prises dans les autres provinces où Ton ne tint pas de Concile. L'Ang"leterre passée tout entière au protestantisme resta en dehors de ce mouvement, mais les missionnaires catholiques y firent entrer insensiblement et à la longue la réforme de saint Pie V.
Plus rares, comme on le voit, furent les églises qui profitèrent de l'exception ; on cite en Italie l'église de Milan. Saint Charles Borromée qui la gouvernait alors maintint avec un grand zèle la vénérable liturgie ambrosienne ; mais en même temps, il procura l'introduction du Missel de saint Pie V dans toutes les églises de sa ville, de son diocèse et de sa métropole, obligées par le droit ou la coutume à suivre le rite romain. L'église de Brague en Portugal conserva sa liturgie propre, conforme d'ailleurs au romain à part quelques particularités. On fit aussi d'abord quelques réserves dans les villes des bords du Rhin, comme Cologne, Trêves, Mayence, Constance, Wurtzbourg, Worms et Spire; ces réserves durèrent peu de temps. Il en fut de même dans la Suisse et la Franche-Comté. En France, la métropole de Vienne ne fit qu'épurer ses anciens livres; Sens et les églises qui en dépendaient comme Paris, Meaux, Chartres suivirent cet exemple.
Rome d'ailleurs se prêta volontiers à la concession de propres diocésains où les usages locaux s'unissaient aux pures traditions romaines. On eut ainsi les Missalia ad Romani formant, ou Juxta mentem Concilii Tridentini {i).
(i) Dora Guéranger Institutions liturgiques, t. I, p. 427. Du Lac, La Liturs^ie romaine et les liturgies françaises ^ p. 2o3. Voir aussi dans le Bréviaire Romain, ses origines, 9on histoire, les pages 116 à 122.
L'acceptation du Missel de saint Pie V revêtit les mêmes caractères chez les Ordres religieux. Les moines bénédictins, dont le Missel n'était autre que le Missel romain, adoptèrent le Missale Piamtin. Les Carmes et les Carmélites de l'ancienne observance g-ardèrent leur liturgie, comme aussi les Chartreux. Parmi les Ordres mendiants, les Dominicains conservèrent certains rites et certaines prières de l'ordinaire de la messe, tout en ayant le Romain pur dans le texte de leur Missel. Les Franciscains avaient déjà le Missel de la curie romaine, ils prirent le Missel de saint Pie V en y fondant leur propre. Les Ordres des Clercs réguliers suivirent sans exception les nouveaux livres ; les Théatins avaient pris une part active à cette réforme ; les Jésuites, par la volonté de leur saint fondateur devaient suivre la forme d'office observée parTEglise romaine ; les autres familles religieuses du même genre marchèrent sur ces nobles traces. Les Prémontrés exceptés, tous les Ordres de chanoines réguliers embrassèrent partout la liturgie réformée. Quant aux religieuses, celles qui se rattachaient aux divers Ordres d'hommes les imitèrent ; celles dont l'institut était isolé adoptèrent sans plus varier jamais les livres de la liturgie romaine.
IL — En conséquence, on vit se multiplier partout les éditions du Missale Piaintm avec la Constitution du Souverain Pontife. Il est impossible de les mentionner toutes : la première en date, imprimée à Rome en 1570, contient une correction au texte évangélique du mardi après le troisième dimanche de Carême. Aux mots du début :
In illo teinpore respiciens Jésus in discipttlos suos, dixit Sifnoni PeU^o : Si peccaverit... on a
substitué : In illo tempore^ dixit Jésus discipulis suis : Si peccaverit... (i).
L'édition de Venise de 1596 fut siornalée bientôt comme inexacte ; on y avait fait au Missale Piaiitwt des additions, des retranchements et des changements. Elle fut prohibée par décret de la Sacrée Congrégation de l'Index (i'^^ février 1601). On le voit, Rome veillait à ce que son œuvre fut intégralement conservée et transmise.
Article L — Corrections et additions émanant de Pautorité légitime.
L Corrections. — i. Sotts Clément VIII. (1592-1605). — Vingt-cinq ans s'étaient à peine écoulés et le Missel publié par ordre de saint Pie V avait déjà subi des altérations plus nombreuses que celles du Bréviaire. On avait indiscrètement corrigé, d'après la version de la Bible de saint Jérôme, des introïts, graduels et offertoires dont le texte, vénérable par son antiquité, était tiré de l'ancienne Vulgate; on avait bouleversé plusieurs épîtres et évangiles qui se lisaient dans les messes solennelles ; on avait donné aux évangiles des préludes tout à fait insolites, modifié plusieurs autres points d'une façon arbitraire. Une commission fut donc établie ; parmi ses membres on comptait Baronius, Bellarmin, Ghis-
(i) Zaccaria, Bibliotheca rihmlis, t. I, p. 54. Pour des renseignements plus complets sur ces éditions du Missel Romain, voir J. Weale : Catalogus Missaliu^n ritus laiini ab anno 1S75 impressorum, Londmiy 1886.
leri, Gavanti, etc. ; elle eut pour tâche de ramener à son intégrité primitive le Missel Romain. Elle s'en acquitta sans retard, rétablit l'ancienne leçon sur la foi des plus graves exemplaires, fit aussi plusieurs améliorations, en particulier pour le développement et l'éclaircissement des rubriques ; puis elle créa un commun des saintes femmes. Certaines fêtes dont le rite avait été abaissé par saint Pie V furent relevées, d'autres furent introduites dans le calendrier. Cette augmentation amena une quatrième catégorie de fêtes, celle des doubles majeures qui prit rang entre les doubles de seconde classe et les doubles (i). Clément VIII, après Sixte-Quint (1589), avait soumis la Vulgate à une nouvelle revision, mais il défendit de remplacer dans le Missel les textes provenant de l'ancienne version italique ; on vient de voir que des éditeurs s'étaient montrés trop entreprenants à ce sujet après l'œuvre de Sixte-Quint.
Enfin Clément VIII prit les précautions pour conserver dans son intégrité l'édition du Missel publiée sur son ordre; des peines furent édictées contre les infracteurs et le tout fut consigné dans le Bref Cuin sanciissimum placé en tête des éditions après la Bulle de saint Pie V.
2. Sous Urbain F/// (162 3- 1644). — Il paraît que les précautions de Clément VIII ne produisirent pas tout l'effet désirable, car, en 1634, Urbain VIII publiait un nouveau Bref : Si quid est in rébus hufnanis, ajouté aux deux autres dans les éditions ultérieures du Missel. C'était la sanction de l'œuvre accomplie par une nouvelle commission instituée pour corriger et expliquer les rubriques du Missel, rétablir dans ce livre litur-
(i) Pour les nouvelles fêtes introduites sous Clément VIII et ses successeurs immédiats, A'oir le Bréviaire Romain, pp. 128-129.
gique le texte de l'Ecriture altéré en quelques endroits.
Ces deux actes officiels prouvent la vigilance et le soin des pontifes de Rome pour conserver l'œuvre de saint Pie V, en même temps le zèle actif, intelligent et discret pour y apporter les améliorations jugées nécessaires.
IL Additions. — Cependant les mêmes Pontifes autorisèrent de nouvelles entrées au Missel Romain en harmonie avec celles du Bréviaire. Il nous suffirait de renvoyer à notre opuscule sur le Bréviaire Romain pour les renseignements à ce sujet si nous ne devions signaler les fêtes auxquelles une messe propre fut concédée : c'est ce que nous ferons le plus brièvement possible.
vSoiis Grégoire XIII (157 2- 15 85), fut instituée une fête particulière du Saint Rosaire : elle ne paraît pas avoir eu primitivement une messe spéciale.
Sous Sixte- Qinnt [i^'è^-i^go) y l'impression des stigmates de saint François, étendue à toute l'Eglise, reçut un introït approprié : Milii autent absit gloriari... mais les autres parties chantées furent tirées du commun (i).
Sous 6^r^^<9?r^ X/^( 162 1- 1623), les saintsjésuites Ignace de Loyola, François Xavier, Louis de Gonzague, inscrits au propre, eurent chacun leur messe ; de même aussi saint Philippe de Néri.
Parmi les fêtes introduites au calendrier sous Urbain VIII (1623- 1644) ^^ ^^^ successeurs juscju'à Clément XI (1670- 1676), seule celle des vSaints Anges Gardiens a une messe propre ; encore les parties en sont-elles empruntées à la fête du 29 septembre.
(i) Pour les nouvelles fêtes introduites sous Clément VIII et ses successeurs immédiats, voir le Bréviaire Romain, pp. 128-129.
LE MISSEL ROMAIN. — Tome \\. o
K^O Lli MISSEL ROMAIN
Pendant le xvur siècle, les messes propres à mentionner sont celles du Sacré Cœur de Jésus, concédée par Clément XIII en 1765 (i) ; celles des saints Jérôme Emilien, Joseph Calasanz et Joseph de Cupertino établies sous Clément XIV (1769- 1774), de saint Jean de Kenty établie sous
Pïe VI{iT^s-^199)'
Signalons, pour n'y plus revenir, les nouvelles
messes instituées pendant la première moitié
du XIX® siècle : la messe propre de saint Alphonse
de Lig-ori canonisé sous Grégoire XVI { 1 83 1 - 1 846) .
Auparavant P/(? VII (1800-1823) avait établi au
24 mai la fête de Notre-Dame Auxiliatrice (la
messe est empruntée au commun des messes de
la Sainte Vierge) et la fête des Sept Douleurs au
troisième dimanche de septembre (même messe
que pour la fête de la Compassion précédemment
fixée au vendredi de la Passion).
Article IL — Atteintes portées au Missel Romain dans les diocèses de France et les autres régions de l'Europe.
I . Le Parlement de Paris ne paraît pas avoir eu confiance dans l'amélioration des livres liturgiques opérée à Rome : offusqué de ne pas trouver le nom du roi dans le Missel Romain, il statua de son autorité laïque, matérielle, de tous points incompétente, que les imprimeurs du royaume devraient ajouter au canon de la messe les mots : Pro rege Nostro N, (1580). L'Espagne catholique, par respect pour l'autorité religieuse en pareille matière, avait au moins consulté Rome
(i) La fête du Saint Cœur de Marie était, dès le xvii' siècle J célébrée avec une messe propre dans la Congrégation du bien-l heureux Jean Eudes, en Normandie ; mais elle ne fut intronj duite dans quelques églises de Rome qu'au début du xix' siècle] sous Pie VII.
LE MISSEL ROMALM 1 .^ I
avant d'agir (i). Les magistrats parisiens sentaient qu'une opposition sourde contre les antiques principes de la liturgie allait bientôt se produire dans les rangs du clergé : leurs prévisions n'étaient que trop fondées.
Dès 1483, le chapitre de Notre-Dame de Paris refusait de recevoir la liturgie romaine ; il fallut toute l'habileté del'évèque Pierre de Gondy et de la commission établie par lui pour introduire à peu près tous les usages romains dans la liturgie parisienne.
Au commencement du xyil*^ siècle, comme on l'a vu dans le chapitre précédent, l'église de France possédait l'unité liturgique ; l'assemblée du clergé de 1605 alla jusqu'à voter un subside pour l'impression des livres de la liturgie romaine. Bientôt cette entente disparaît. L'évêque d'Angers, Charles Miron, ordonne l'introduction de la liturgie romaine dans l'église de la Trinité de sa ville épiscopale ; le chapitre résiste, puis de concert avec l'abbesse et les religieuses de Ronceray interjette appel au parlement de Paris. Celui-ci casse les ordonnances épiscopales par arrêt de 1603. L'assemblée du clergé de 1605 proteste contre cet arrêt, mais, par une singulière anomalie, concède au roi un droit spécial sur le culte divin, ordonne l'insertion des mots : Pro rege Nostro N. dans le canon de la messe, conformément aux prescriptions du parlement. Cinquante ans s'écoulent à peine, et l'on voit la secte janséniste renouveler contre le Missel romain les attaques du protestantisme, au nom des mêmes principes erronés. Le coup d'essai de la secte est donné en 1660 par la traduction complète du Missel du docteur Joseph de Voisin (2). En 1684,
(i)Dom Guéranger, Institutions liturgiques, t. 1 451. (2) Ibid., t. II, p. II -12.
l32 LE MISSEL ROMAIN
l'archevêque François de Harlay fait à l'ég-lise de de Paris le don d'un nouveau Missel ; non seulement il y change les rubriques, mais rappelant la maxime protestante au sujet de l'Ecriture, il supprime dans les parties chantées toutes les formules de style ecclésiastique sans égard pour le dogme qu'elles expriment, pour le cachet merveilleux et poétique qui les recommande. Tels le Salve Sancta parens , le Gaudeamus omîtes.
Par une étrange contradiction, F. de Harlay conserve les séquences, se permet d'en mutiler et modifier quelques-unes, supprime les épîtres empruntéesaux Livres vSapientiaux pour louer Marie. Comme ces mutilations n'atteignent pas la vingtième partie de l'Antiphonaire Grégorien, on croit pouvoir dire encore que la liturgie de Paris demeure la liturgie romaine (i). Bientôt la secte janséniste pousse plus loin ses audacieuses nouveautés et tente d'introduire la récitation du canon de la messe à haute voix. A Meaux, par les soins de l'abbé Ledieu, on voit dans le Misse' de 1709 des rj" Amen introduits à la suite des formules de la consécration et de la communion. Une polémique s'engage à ce sujet, et, malgré la dissertation du P. Lebrun (1725) les nova teurs poursuivent leur œuvre (2). Ainsi le Misse de Troyes de 1736, publié par mandement d( l'évêque, neveu du grand Bossuet, porte entr« autres rubriques que le canon de la messe doi être récité, non secrètement secreto submissavoce comme on lisait dans les Missels antérieurs, mai sitbmissiori voce^ c'est-à-dire à voix plus basse qu les autres parties de la messe : on n'ose pas raainm tenir les Rf Amen^ mais on tend au même but pa^
(i) Dom Guéranger, Institutions liturgiques, t. il pp. 5i-58.
(2) Ibid., t. II, p. i38.
LE MISSEL ROMAIN l33
une voie détournée. Le même Missel supprime aussi, pour la communion des fidèles, l'usag-e ancien de réciter : Conjîteor..., Misereatur... et même les paroles : Ecce Agiius Dei (\). Contre le Missel de Troyes, Lang-uet, archevêque de Sens, se fait le défenseur de la tradition au nom des principes de la sainte liturgie ; malheureusement il avait lui-même battu en brèche sa protestation par la réforme du Bréviaire de son diocèse (2).
Les novateurs ne se laissent pas arrêter pour si peu dans ce qu'ils appellent la régénération du culte entier. A Paris, sous le patronage de l'archevêque, M. de Vintimille, paraît, en 1738, un Missel bien supérieur, dit-on, à celui des de Harlay et de Noailles (il est vrai qu'on en a confié la rédaction à l'acolyte Mésenguy). On y maintient d'ordinaire les épîtres et évangiles du propre du temps, mais on en change presque tous les introïts, sans égard pour les pratiques de la diplomatique ancienne qui se servait des premiers mots pour distinguer les dimanches de l'année ; quelques introïts conservés sont déplacés sans raison, ainsi le Vocein jtLCitnditatis passe du 5^ au 3^ dimanche après Pâques. On veut bien encore conserver les anciennes collectes tirées des Sacramentaires, mais on ajoute de nouvelles préfaces composées par le janséniste Boursier ; des proses nouvelles sont également ajoutées et l'on corrige les anciennes, etc. — La discordance entre les oraisons de l'office et celles de la messe dénote une certaine précipitation de la part des rédacteurs. Le Missel parisien de Vintimille est en soi moins répréhensible que son Bréviaire, il n'en contribue pas moins efficacement à éliminer la liturgie romaine, soit à Paris, soit dans les
(i) Dom Guéranger, /3/û?., t. II, p. 141. (2) Ibid., t. II, pp. 143-181.
divers diocèses qui avoisinent la capitale, comme Blois, Evreux, Séez, etc. (i)
Le Missel d'Amiens de 1746 affiche la prétention d'être plus catholique que le pape ; beaucoup des collectes des dimanches après la Pentecôte, où se trouve préconisée la doctrine de la grâce, sont supprimées, l'évangile de chaque dimanche devient la base de la messe entière. Sous ces rapports, le document se montre plus révolutionnaire que les autres Missels de l'église gallicane (2).
Le Missel de Poitiers (1766), rédigé par le lazariste Jacob, enchérit sur les nouveautés précédentes ; on y supprime tous les anciens introïts, y compris le Quasiinodo qui est remplacé par Beata Gens. Pendant que Jacob avait, au Bréviaire, supprimé toutes les antiennes tirées des psaumes, il entend ici prendre tous les introïts de la messe dans le psautier, mais il écarte systématiquement ceux qu'avait choisis saint Grégoire (3).
Désormais, pendant tout le cours du XYIIl"^ siècle, on ne comptera plus les innovations liturgiques dans les divers diocèses de France. Lyon garde ses cérémonies, mais adopte les livres de Paris sous l'archevêque janséniste Montazet, Vienne reçoit de l'archevêque Lefranc de Pompignan une liturgie également éloignée du romain et de l'antique viennois, etc. Bref, en ce temps de défiances à l'égard de ce qui vient de Rome, chacun fait une liturgie selon ses idées parti ctilièr es , tout le monde oublie, délaisse, rejette la liturgie universelle. On a la liturgie des jansénistes, la liturgie des catholiques ; mais catholiques et jansénistes se piquent d'émulation, fabriquent des
(i) Dom Guéranger, Ibîd., t. II, pp. 314 et seq.
(2) Ihid., t. II, p. 345.
(3) Ibid., t. Il, p. 5o8.
LE MISSEL ROMAIN l35
Bréviaires et des Missels, les uns comme les autres semblent ne pas même supposer possible un retour aux livres traditionnels. Ainsi, prêtres et évêques, profondément dévoués à Tég-lise, subissent l'influence du gallicanisme, du jansénisme et du classicisme (i). — Il devait en être ainsi jusque dans la première partie du XIX^ siècle, malgré les protestations des pontifes romains, comme Clément XII (1730- 1740), Benoît XIV (1740-1758), etc.
Dans les autres pays d'Europe les audacieuses entreprises du Jansénisme contre la liturgie romaine trouvèrent un certain écho. Joseph II, surnommé par Frédéric II mon frère le sacristain, ne pouvait manquer de réglementer la liturgie à sa façon. Dans les provinces ecclésiastiques d'Allemagne, on se laissa pénétrer par les maximes antiliturgiques prônées en France : ainsi en 1748 l'archevêque de Trêves voulut avoir une édition de livres liturgiques, revue et corrigée d'après les types français. A Cologne, à partir de 1780, on connut des innovations analogues ; Munster suivit cet exemple ; l'électeur et archevêque de Mayence (1775-1802) voulut créer un nouveau Bréviaire en se basant sur les réformes faites à Cologne, Munster et Trêves. Les innovations commençaient par le Bréviaire mais s'étendaient bien vite au Missel pour qu'il y eut harmonie entre l'un et l'autre.
L'Italie elle-même fut atteinte : au Concile ou Synode de Pistoie (1786), présidé par l'évêque Scipion Ricci, on s'inspira tout à la fois de l'esprit français plus subtil et de l'esprit allemand plus hardi pour réformer Bréviaire et Missel, en variant, corrigeant et mettant dans un meilleur ordre les offices divins. Les actes de ce Synode furent
(i) Du Lac, La liturgie romaine et les littirgies françaises, pp 242-243.
l36 LE MISSEL ROMAIN
condamnés par la Bulle Aîictoreni fidei Am pape Pie VI (28 août 1794 (i).
I. Retozùr de la France et des pays allemaitds à la liturgie romaine. — Le mouvement de réaction naquit de la lassitude occasionnée par tant de nouveautés suspectes ; le clerg-é français comprit enfin la nécessité d'appuyer la doctrine de la foi sur une liturgie immuable, universelle, émanant d'une autorité infaillible. Je n'ai pas à redire ici la grande part prise par Dom Guéranger, abbé de Solesmes, dans le retour des diocèses de France à la liturgie romaine. L'unité liturgique, résultat de cette détermination, était un fait accompli à l'ouverture du Concile du Vatican (1869) ; trente ans avaient suffi pour réparer un égarement de cent cinquante ans (2).
J'ai résumé en quelques lignes le retour définitif des diocèses d'Allemagne à la liturgie romaine durant le XIX^ siècle dans l'opuscule sur le Bréviaire (3).
II. Modifications opérées sous Pie IX et sous Léon XIII . — L'accroissement du calendrier sous ces deux grands papes est assez considérable. Beaucoup des fêtes nouvellement instituées ont
(i) Dora Guéranger, Instihttions lihtrgiques^ t. II, p. 259.
(2) La plus ancienne des liturgies françaises, celle d'Orléans, est de 1693 ; la plus récente, celle de Meaux est de 1834 j toutes les autres se placent entre ces deux limites extrêmes, Du Lac, ouvr. cité, p. 255.
(3) P. 160. — De plus amples détails sont donnés dan£ D. Baumer, Histoire du Bréviaire (trad. Biron), t. II pp. 338-370.
une messe propre. Telles sont les fêtes du Précieux Sang au i^"" dimanche de juillet, de saint Justin au 14 avril, de saint Paul de la Croix, au 28 avril, de saint Boniface au 5 juin, des saints Cyrille et Méthode au 7 juillet (quelques parties de cette messe sont cependant du commun), de saint Josaphat au 14 novembre, de l'Immaculée Conception au 8 décembre. Ajoutons encore comme étant d'institution plus récente les messes des Sept Fondateurs Servites au 11 février, de saint Jean Damascène au 27 mars, de saint Jean de Capistran au 28 mars, de saint Jean-Baptiste de la Salle au 15 mai, de saint Antoine-Marie Zaccaria au 5 juillet. Les fêtes nouvelles occasionnent parfois un déplacement de date des fêtes plus anciennes ; par exemple celle de saint Zaccaria a fait reporter au 7 juillet la fête des saints Cyrille et Méthode. Sous Léon XIII encore, la fête du Saint Rosaire (i^"" Dimanche d'octobre), élevée au rang- de double de 2*^ classe, a reçu une nouvelle messe spéciale en même temps qu'un nouvel office.
L'accroissement dans le nombre des fêtes a fait craindre un encombrement du calendrier, d'autre part il n'était pas toujours facile de trouver une place aux fêtes transférées : aussi Léon XIII a cru devoir modifier les règles concernant la translation. Cette mesure a entraîné des modifications dans les rubriques générales du Missel comme dans celles du Bréviaire : à partir de 1897, les nouvelles éditions devront tenir compte des additions et corrections prescrites. Enfin la concession (1883) de messes votives pour chaque jour de la semaine a entraîné une nouvelle addition au Missel. Il est vrai que cette addition est peu considérable car la plupart de ces messes se trouvaient déjà dans le corps du recueil ; on se contente d'y renvoyer.
Les règles établies restent toujours subordon-
l38 LE MISSEL ROMAIN
nées aux modifications de détail occasionnées par un changement de circonstances ; les Souverains Pontifes prononcent en dernier ressort, mais pour s'éclairer eux-mêmes sur l'opportunité des modifications à faire, ils ont établi la Sacrée Congrégation des Rites (1587). Vers la fin de son pontificat, Léon XIII a de plus créé une Commission liturgique pour rendre aussi conformes que possible aux données de l'histoire les prochaines éditions du Bréviaire, du Missel, du Pontifical et du Rituel. Ainsi l'Eglise romaine, jalouse de conserver intacts les livres liturgiques qu'elle a reçus des siècles antérieurs, reconnaît néanmoins la possibilité de les améliorer et de les perfectionner.
Conclusion
Jetons un regard en arrière sur le chemin parcouru dans cette étude. Pendant les cinq premiers siècles, malgré le mystère qui planesur la célébration du saint Sacrifice, malgré la réserve avec laquelle en parlent les premiers apologistes et les plus anciens Pères, on peut néanmoins établir les éléments essentiels de ce grand acte, constater leur identité avec ceux qui le constituent présentement dans l'Église romaine. L'Orient et l'Occident s'accordent pour présenter au Seigneur une même oblation, fondée sur l'acte divin accompli par Jésus-Christ à la Cène, renouvelée en conformité avec la prescription donnée par l'Homme-Dieu à la veille même de sa mort. De part et d'autre, on trouve dans la messe deux parties distinctes, savoir : la messe des catéchumènes où domine l'instruction ; les lectures, la prière et les chants en forment l'élément principal ; la messe des fidèles dont les actes essentiels sont l' Oblation, la
LE MISSEL ROMAIN lô()
Consécration et la Communion. Dans la Consécration est le centre même du vSacrifice ; les paroles de l'Institution de l'Eucharistie s'y retrouvent partout et toujours ; partout et toujours aussi l'acte de la fraction en est l'accompagnement obligé, à tel point que l'expression fracUo panis a longtemps été employée pour désigner le Sacrifice lui-même. Quant aux formules et à leur ordre de succession, l'Occident voit s'établir au v^ siècle deux courants dont l'un (le courant gallican) prétend se rattacher plus étroitement aux pratiques orientales.
Du V^ aie IX^ sûcle, les formules et lectures qui accompagnent l'offrande du saint Sacrifice sont distribuées entre plusieurs recueils ayant chacun sa destination spéciale. Le Sacrameiitarre , à l'usage du célébrant, est le principal et le plus important : là sont consignées les prières récitées à l'autel, et surtout les prières du canon, elles tendent à s'y fixer d'une façon invariable pour toutes les églises occidentales. Rome fournit les plus anciens de ces recueils dans les vSacramentaires Léonien, Gélasien et Grégorien. Le Gélasien pénètre le premier en Gaule oii il s'imprègne d'éléments gallicans ; le Grégorien l'y supplante et subit après lui une influence analogue, de sorte qu'au ix*^ siècle, Rome se trouve en possession d'une sorte de liturgie utixte : avec des éléments gallicans, puisés dans les plus anciens recueils de la Gaule, reviennent à Rome certaines pratiques du Gélasien qu'elle avait délaissées pour un temps. Le canon de la messe reçoit enfin sa forme définitive, tandis que les autres parties de l'ordinaire et l'élément variable, en connexion avec le calendrier, sont encore en voie de formation. (IX^ siècle).
C'est l'époque où le Missel plénier fait sa première apparition. Dans un même livre, on réunit
successivement les oraisons, les lectures, et les parties chantées. L'initiative de cette innovation paraît due à Alcuin qui composa une série de messes pour les jours de la semaine, premier noyau de nos messes votives. En attendant que les copistes puissent donner des missels complets d'après le nouveau plan, on utilise les Sacramentaires existants par l'addition d'annotations en marge et même de leçons entières. Lorsque se ferme définitivement la période des Sacramentaires, l'ordinaire de la messe a reçu quelques accroissements, mais la forme en est à peu près universellement fixée, sauf les particularités de certaines églises et de certains ordres religieux. Le Missel dit de la Curie romaine^ voit se grossir soncalendrier, etgrâceauxFranciscains, se répand dans les diverses églises (xv^ siècle).
L'heure paraît venue pour l'Eglise de Rome d'intervenir et de présenter à toute la chrétienté un Missel uniforme ; l'occasion lui en est fournie par le trouble jeté jusque dans la liturgie par le protestantisme. Tout semblait promettre ^iW Missel de saint Pie V un succès durable si le particularisme janséniste et gallican n'était venu pour un temps opérer une déviation dans les églises de France. Heureusement le XIX® sièclea vu le retour à l'unité liturgique, et l'Occident tout entier (à part quelques exceptions légitimement autorisées) se sert du Missel Romain, bien déterminé à recevoir les améliorations que les Pontifes de Rome apportent à ce recueil, mais fermement résolu à n'en pas admettre d'autres.
Il y a toujours témérité à traiter ce qui touche de près ou de loin à nos redoutables mystères. Parlant du recueil qui renferme les prières et les cérémonies de la messe, je n'ai pu me défendre d'aborder parfois le grand acte renouvelé chaque jour sur nos autels. Aussi ai-je pris la liberté de
donner pour conclusion dernière à ce travail quelques-unes des paroles du pape Innocent III à la fin de son Traité sur la messe :
Neino cum expositionem istam audïerii, hoc sacrificùcm sufjicieiiter aestiniet expositum. . . Prae foribus assidens in vestibulo, feci diligenter ui poiui, non sufficienter 2it volui... Quocirca, non soluni benigniiin imploro lectorent, verum etiain desidero liberuiit correctorem, Hanc solain apud homines hujus opitsculi inercedem expectans ut apud 7msericordeiJt judicem pro meis peccatis devotas oratiojies effîindant (i).
{i) De sacyo Altaris inysterio : libelli conclusio. P. Z., t. CCXVII, c. 913-914.
LE MlSbEL ROMAIN I40