‹ Le missel romainChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Prédominance du Missel plénier

et son histoire aux XII 1% XI V« et XV« siècles.

Avant l'époque où nous nous plaçons dans ce chapitre, le Sacramentaire avait été allégé des fonctions réservées aux prélats et consignées dans les Pontificaux. L'augmentation qu'il reçoit par l'insertion des lectures et des parties chantées s'explique pour peu que l'on tienne compte de la pratique déjà signalée et en vertu de laquelle le célébrant récita à l'autel ces lectures et ces paroles chantées. Ainsi apparut le Missel plénier.

Toutefois, et il est bon de le répéter, la transformation s'opéra par degrés ; même au XIV® et au XV® siècle, on trouve encore des Sacramentaires avec des additions de seconde main. Rien d'éton-

(i) Ebner, Ibid.,\>^. 259-267.

(2) Ibid.y p. 452. Delisle, otivr. cité, n* xc, p. 233. Dans son édition du Missel de Rober t de Jumièges y manuscrit Y G, Bibliothèque de Rouen^ xi* siècle, M. A. Wilson a donné des reproductions de ce manuscrit : Nativité et Adoration des Bergers, Voyage et Adoration des Mages, Trahison de Judas et Crucifiement, Descente de la Croix et Saintes Femmes au tombeau. Ascension et Pentecôte, saint Pierre et saint André.

nant à cela, car pour renouveler ces recueils il fallait recourir à l'écriture, et la transcription d'un Sacramentaire ou d'un Missel plénier était une œuvre dispendieuse et de longue haleine ; on faisait servir autant que possible, en les modifiant, les anciens manuscrits. Ainsi les Xill®, xiv® et XV® siècles marquent la prédominance , mais non encore le règne absolu des Missels plémers.

Désormais, il n'y a rien de nouveau à enregistrer pour le canon de la messe, à peine se rencontre-t-il des variantes de détail ; des particularités se produisent dans l'ordinaire de la messe, mais ce sont des vestiges des anciennes liturgies ou la prolongation de pratiques introduites durant l'âge précédent ; telles sont, par exemple, les prières du bas de l'autel ou de l'offrande, les séquences, les prières qui suivent la communion. La partie vraiment nouvelle est dans V accroissement diù calendrier, La réalité de cette assertion ressortira du développement des trois articles qui composent ce chapitre : i. Substitution progressive du Missel plénier aux Sacramentaires ; 2. Missel de la curie romaine ; 3. Missel des églises particulières de l'Occident et des ordres religieux.

Article L — Substitution progressive du Missel plénier aux Sacramentaires.

Pour donner une idée de cette substitution, il suffit de signaler les principaux documents du xili® au XV® siècle, conservés dans les bibliothèques de Rome et des autres pays de l'Occident.

I. Le Codex i6ç5 (Alt. C. V. 2) de la Biblioiheca Casaitatensis , à Rome (xii®-xill® siècle) présente la division de notre Missel actuel : propre du temps jusqu'au Samedi saint, ordinaire de la messe, propre du temps depuis Pâques jusqu'au 24* dimanche après la Pentecôte, propre des

saints. Les litanies du Samedi saint renferment des noms appartenant à la Gaule, comme ceux de Magloire, Eloi, Médard, Denys : on en a conclu que le document fut à l'usage d'une église de Paris (i).

2. Le Codex T. 8 . ii de la Bibliotheca Angelî'ca, à Rome, (xilf siècle), est plutôt un Missel plénier improprement dit. Dans les parties chantées se trouvent plusieurs messes cisterciennes ; dans le propre des saints, on remarque les noms deMaur, Benoit, Scolastique, Vast et Amand, Albin, Médard, Germain, Evurcius d'Orléans, Léger, Aignan, Columban, Agricole et Vital. Puis dans un supplément du XIV® siècle ceux de Guillaume de Bourges, Dominique, Julien, Thomas d'Aquin, Guthbert, Robert, Huges de Cluny, la fête de la Sainte Couronne d'épines, saint Louis roi, saint Wenceslas, saint François, Malachie, Elisabeth, Edmond (17 novembre canonisé en 1247), Eloi, Barbe, Jean et Paul, puis la fête du Corptis Christi, — Suivent les communs, les messes diverses (2).

3. Le Codex XI, îjp (N. a. iSSpJde la Bibliothèque Barberini^ à Rome, Xill*^ siècle, est un peu comme le précédent, un Sacrainentaire- Missel , avec division normale, comme n° i. Quelques mots de la consécration du vin, sanguinis mei, et pro nobis ^/manquaient primitivement ; une main du XV® au XVI® siècle les a ajoutés (3).

4. Le Codex XII, 4 (N. a, 326), même Bibliothèque que le précédent, lui ressemble quant à la distribution des parties. L'ordinaire de la messe a

(i) Ebner, ozcvr. cité, pp. 1 59-161.

(2) Ebner, Ibid., pp. 138-144. La fête du Cornus Chrîstt ou Fête-Dieu, se rencontre très fréquemment dans les recueils du XIV* et du xv* siècle. Un Missel plénier ambrosien du xiv% le Codex ^06 de la Bibliothèque Vaticane, fonds Palatin, contient le décret d'Institution de cette fête. Ebner, Ibid.^ p. 25 1. Ehrensberger^ Libri Liturgici, p. 440.

(3) Ebner, ouvr. cité^ p. 141.

quelques formules particulières pour l'oblation, comme : Tibi Domine creatori meo, hostiafn offero.., Orate pro me peccatore ut ineuin ac vestrum sacrïficïum. ( i ) . . .

5. Le Codex 6o3 (B, IV, 25) de la Bibliotheca Casanatensis , à Rome, Xlir siècle, a été écrit à Saint-Denys de Paris. Tout le propre du temps se suit sans interruption depuis le i®'' dimanche de l'Avent jusqu'au 26^ dimanche après la Pentecôte ; viennent les préfaces et le canon, puis le propre des saints et les communs. On y trouve la fête du Saint Sacremeiit avec octave; messe Cibavit ; puis une messe en l'honneur de saint Louis, roi de France : Gaitdeamtcs omnes ; ce qui place le recueil après 1297, ^^^^ ^^ 13. canonisation du Saint par Boniface VIII (2).

6. Le Codex Fol. /^de la Bibliothèque archiépiscopale d'Udine, xm* siècle, est un Sacramentaire relié avec un Graduel et à Tusage de l'ordre Bénédictin. Le canon est au début ; il y a treize préfaces, Noël, Epiphanie, Carême, Jeudi Saint, Pâques, la Croix, Ascension, Pentecôte, Apôtres (deux), Trinité, Sainte Vierge et préface commune. On retrouve là l'ancienne distribution du Sacramentaire. Le Graduel est relié au commencement : il est précédé d'un Calendrier où les noms suivants doivent être comptés parmi les plus récents, saint Adalbert, saint Thomas de Cantorbéry (canonisé en 1173), saint Henri, empereur (canonisé en 1146), saint Bernard (canonisé en II 74), sainte Cunégonde. Un supplément contient la messe de la Conception de Marie (3).

7. Le Codex Fol. ij , même Bibliothèque^ entre le xii« et le XIV« siècle, est un des Missels pléniers d'une église du diocèse d'Aquilée ; il a un peu

(i) Ebner, Ibid., pp. 144-326.

(2) Ebner, Ibid. y p. i55.

(3) Ebner, Ibid., p. 268.

la distribution des Sacramentaires où pour la partie d'hiver le propre des saints est intercalé dans le propre du temps. Il comprend plusieurs additions (i).

Ce coup d'oeil sur les documents conservés dans les bibliothèques de Rome ou de l'Italie vient de faire passer sous nos yeux des manuscrits de l'Ordre Bénédictin usités à Rome ou en Gaule. Les documents qui suivent fourniront une idée de la pratique de la Gaule, d'Angleterre ou d'AUemag-ne.

8. Le Codex lat. iioS à^ \2i Bibliothèque Nationale, Paris, un Missel de l'abbaye du Bec, au XIII® siècle, présente dans son calendrier un assez grand nombre de saints normands, anglais et français dont le culte était particulièrement en honneur à l'abbaye. Février et mars n'ont presque pas de saints, sans doute à cause du Carême. Voici quelques particularités : on trouve la conversion de saint Paul au 25 janvier, une translation de sainte Marie-Madeleine le 19 mars, saint Cuthbert le 20, saint Ambroise le 4 avril, saint Dunstan le 19 mai, saint Augustin de Cantorbéry le 26, saint Eloi le 25 juin, une translation de saint Thomas de Cantorbéry le 7 juillet, saint Taurin, évêque d'Evreux, le 1 1 août (l'abbaye était située dans le diocèse d'Evreux), saint Philibert le 20, saint Antonin^ martyr, le 2 septembre, saint Lambert, évêque, le 17, saint Léger, le 2 octobre, les saintes reliques du Bec, le 5, saints Chrysanthe et Darie, le i*'^ décembre, la Conception de Marie, le 8, saint Thomas de Cantorbéry, le 29 (2).

9. Le Codex 18 , S, îp de V Advocates' Library d Edinburg, désigné sous le nom de Rosslyn Missal, qui fut écrit au xiir-XW*" siècle, en Irlande,

(i) Ebner, Ibid., p. 269.

(2) Chan. Porée, Histoire de l'Abbaye du Bec, t. II, p. 149 et Appendice pp. 579-591.

pour l'église cathédrale de Saint-Patrice fDozuu Patn'kJ. Le texte est de provenance anglaise et peut se rattacher à un document du Xir siècle qui marque les débuts du plénier. Il comprend quatre parties : temporal, sanctoral, canon, messes votives. Le temporal s'arrête au dimanche de la Pentecôte, est suivi de la fête de l'Invention de la Sainte Croix et des préfaces ; le sanctoral n'a qu'un petit nombre de saints, on y remarque les noms de Brigitte au i'^'" février, Patrice au 17 mars, puis les fêtes de l'Exaltation de la Sainte Croix au 14 septembre, saint Michel au 29, la Toussaint au i*^'^ novembre. Les messes votives sont plus abondamment fournies (i).

10. Les usages d'Angleterre, comme ceux des autres régions, varient un peu suivant les églises et il est difficile de les signaler ici en détail ; on les trouvera dans les divers documents édités au cours des dernières années, comme sont le Driunmoiid Missal, le Aiissel de réglise de Westminster, etc. D'autres documents restés manuscrits pourraient nous renseignersur les usages des églises de Hereford, York, Salisbitry (ou Sariùnt)^ etc. L'usage de Sarttm qui devait acquérir dans la suite une certaine importance est bien reproduit dans un document du xv° siècle, X Hainbledon Missal : le calendrier de ce Missel donne une mention spéciale à saint Hugues de Lincoln : fête, translation de ses reliques, dédicace d'une église en son honneur. Une seconde main a inscrit les fêtes de la Visitation, de la Transfiguration, du Saint Nom de Jésus. Le document est divisé comme nos Missels, il renferme avant le propre des saints un recueil de séquences ; comme en beaucoup de manuscrits de la même époque,

(i) Le document a été édité pour la Henry Bradshazv Society par llugh Jackson. London, iScjy.

il y a la notation des parties chantées, plus qu'aucun autre il a des indicationsde rubriques(i).

11. De fait, chaque ég'lise particulière a ses observances ; un Missel de l'église cathédrale de Brescia(xiir-xiV''s.),le Codex 2246 (S. Salvat. 66p) à la Bibliothèque de l'Université de Bologne, contient des messes pour obtenir la préservation d'une mort subite et mentionne les indulgences accordées par Clément V (1342- 1352). Conditions à remplir : apporter un cierge allumé pendant cinq jours consécutifs. La messe : Recordare, dite à cette occasion, ne figure plus aux messes diverses dans le Missel romain (2).

12. Dans le Codex D. y, 3 de la Biblîotheca Angelica, à Rome, un Sacramentaire de la fin du xif siècle à l'usage de l'église de Jérusalem, on trouve beaucoup de détails intéressants, notamment les noms des saints patriarches, Abraham, Isaac, Jacob pour lesquels il y a des messes votives, les noms de personnages évangéliques comme Cléophas et Zachée ; puis, à côté, des saints de Gaule comme Albin et Maurille d'Angers, Léger d'Autun. Au 8 décembre est la fête delà Conception de Marie. Au 15 juillet se trouve une fête pour célébrer la prise de Jérusalem par les chrétiens (1099). Un supplément ajouté au XIV^ siècle contient le Dies irae (3).

13. Le Codex 110 y Urbm, de la Bibliothèque Vaticane, manuscrit du XV^ siècle provenant de la Bibliothèque du roi de Hongrie, Mathias Corvin, ressemble beaucoup à notre Missel.

(1) Woodsworth et Littlehales : The old service books of the Eitglish Chtirch, pp. lyS et seq. L'usag-e de Saruin est encore donné par un manuscrit du xv* siècle le Codex ^oi de la Bibliothèque Vaticane fonds palatin. Voir Ehrensberger, ouvr. cité, p. 483.

(2) Ebner, Ibid., p. 12.

(3) Ebner, Ibid., p. i35.

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Cependant il indique des introïts que nous n'avons plus aux mêmes fêtes : Gaudeaimis omnes pour la fête de la Visitation de Marie et pour celle de saint Louis, roi de France (i).

14. Le Codex N. N. 654(583) du Mont-Cassin, Missel plénier du XV^ siècle, a comme messes votives celles en l'honneur de la Sainte Vierge, de saint Antoine de Padoue, de la Croix, de la Sainte Trinité, du Saint-Esprit, de saint François, etc. (2).

Article II. — Le Missel de la curie romaine.

Les documents de cette époque, qui renseignent sur la pratique de l'église de Rome, portent généralement cette indication : Ordo mïssalïs secuiiduin consitetudinem curiae romanae. La plupart ont aussi les mots \ fratricut minoriuit. On a vu dans V Histoire du Bréviaire l'influence exercée aux xiir et XIV* siècles par les Franciscains ou Frères mineurs pour la transformation de l'office divin : cette influence devait avoir un contrecoup sur le Missel. Néanmoins en ce qui concerne la messe, il faut atténuer les reproches adressés à ces religieux par Raoul de Tongres. Saint Grégoire VII (1073-1085) dans sa réforme de l'office romain, avait en vue, avant tout, la chapelle papale. Les Franciscains adoptèrent cet office abrégé après une révision opérée par Haymon, leur général, avec l'approbation des souverains pontifes (1277-1280). Le Missel se ressentit des accroissements donnés au calendrier, au préjudice des messes de férié, mais le Grégorien d'Adrien ne fut pas autrement atteint : on peut s'en rendre compte par les manuscrits de cette époque (3). Ce qui fut modernisé et adapté aux

(i) Ebner, Ibid., p. 246 ; oiivr. cité, p. 478.

(2J Ebner, Ibid., p. 104.

(3) D. Guéranger, Institutions liturgiques, 1. 1, pp. ozo-lil.

circonstances nouvelles (éloignement de Rome, séjour à Avignon), ce fut l'ancien cérémonial : il y eut un nouvel tts âge de la curie romaine comme on peut le voir en parcourant les Ordines Romani XIII et XIV. Les Franciscains contribuèrent à opérer ce changement ; de plus, ils firent entrer dans le calendrier du Missel comme dans celui du Bréviaire un grand nombre de saints, donnèrent aux saints de leur ordre un degré qui les assimilait presque aux grands mystères de la vie de Notre-Seigneur. Ainsi, non seulement la fête de saint François d'Assise obtint une octave privilégiée, mais aussi la translation de ses reliques ; également les fêtes de sainte Claire, de saint Bernardin et de plusieurs autres (i). Les Missels de la curie romaine comportent une augmentation du nombre des séquences (moins pourtant que les Missels de l'Ordre dominicain) ; on y constate aussi l'augmentation du nombre des rubriques insérées dans l'ordinaire delà messe, elles passent ainsi des Ordines Romani A'diWs le Missel ; la couleur des ornements y est indiquée pour les divers temps de l'année liturgique. Notons à ce sujet qu'au XIII® siècle le noir était employé pour les jours où nous nous servons maintenant d'ornements violets ; un peu plus tard le noir fut affecté exclusivement aux offices et aux messes pour les défunts (2).

11 faut renoncer à donner la nomenclature des Missels manuscrits durant les deux ou trois siècles qui précèdent immédiatement l'invention de l'imprimerie ; ces documents deviennent par trop nombreux et il n'est point de bibliothèque

(i) D. Baumer, Histoire du Bréviaire (trad. Biron), t. II, p. 71.

(2) Voir VOrdo Romanus XIII et XIV ; puis un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Naples, le Codex VI. G. ;^8, Ebner, ouvr., cité,^. 120.

publique qui n'en ait conservé au moins quelques-uns. Nous nous bornerons à signaler, siècle par siècle, ceux où l'on peut relever quelque particularité.

i.xiir SIÈCLE. — Le Codex 3j6 de la Bibliotheca Corsimaua, à Rome, porte, dans les litanies du Samedi saint, les noms de saint François d'Assise et de saint Antoine de Padoue. Ce dernier a une messe spéciale ; quant à saint François, on lit au 4 octobre une messe qui doit servir pour toutes ses fêtes. Après les Messes votives, une main plus récente a écrit le Stabat Mater (i).

Dans le Codex 20-f() de la Bibliothèque Vaticane figure la messe du roi saint Louis, canonisé en 1297 ; après le calendrier, viennent les prières pour l'eau bénite et l'aspersion qui se fait chaque dimanche : Asperges me, ou Vidi aquain. Des additions du XIV® et XV® siècle concernent saint Pierre, martyr, de l'Ordre des Frères prêcheurs (29 avril), sainte Eugénie (5 mai), invention (ou plutôt apparition) de saint Michel (8 mai), saint Paulin (22 juin), dédicace de Sainte-Marie-Majeure et saint Dominique (5 août), saint François d'Assise (4 octobre), Conception de Marie (8 décembre). Et encore, au 19 mai, un saint Pierre, confesseur, canonisé en 1313; au 20 mai, saint Bernardin, canonisé en 1450; au 2 juillet, la Visitation de Marie ; au 26 juillet, sainte Anne, mère de la Sainte Vierge ; au 12 août, sainte Claire; au 19 août, saint Louis, évêque, canonisé en 1317 ; au 16 octobre, sainte Justine ; au 19 novembre, sainte Elisabeth et saint Pontien (2).

Le Codex VI, G. 38, de la Bibliothèque nationale de Naples a, dans son calendrier, pour le 7 mars, saint Thomas d'Aquin ; pour le 9 mai,

(i) Ebner, Ibid., p. 167.

(2) Ebner, oiror., cité, p. 244.

une translation de saint Nicolas ; pour le 13 juin, saint Antoine de Padoue. Une seconde main a ajouté, à la fin du recueil, la messe, alors récente, pour la solennité du Corpus Christi, telle que l'a prescrite le pape Urbain IV. L'ordinaire de la messe y renferme bon nombre de rubriques ; elles sont en substance celles de notre Missel, mais un peu plus détaillées et avec quelques particularités. Ainsi après : Orainus te, etc., le prêtre monte à l'autel, le baise, puis donne la paix au diacre et au sous-diacre avant de faire l'encensement ; il dit V Bitroït avec ses ministres, donne la bénédiction au diacre avant que celui-ci ait récité : Mtnida cor meum, se lave les mains avant de faire l'offrande des dons, dit l'oraison : Placeat après avoir donné la bénédiction et répète encore cette même oraison après l'antienne : Trium ptterorum (i).

2. Entre le xiii^ et le xiv'' siècle. — Il faut noter encore des indications nouvelles dans les calendriers placés en tête des recueils. Celui du Codex E. î , de la bibliothèque de Saint-Pierre^ à Rome, porte^ en seconde main, les fêtes de saint François d'Assise, sainte Claire, sainte Elisabeth (en rouge), saint Dominique ; puis, en supplément, sainte Eulalie, martyre de Barcelone (12 février), saint Pierre, martyr de l'Ordre des Frères Prêcheurs (29 avril) ; un saint Pierre, confesseur, de l'ordre des Frères mineurs (17 mai : peut-être est-ce Pierre de Sienne, mort le 4 décembre 1289) 5 ^3. fête de Notre-Dame des Neiges (5 août) ; la dédicace des basiliques de Saint- Pierre et de Saint-Paul (18 sept.); il faut noter l'absence de saint Thomas d'Aquin. Dans l'ordinaire de la messe, il n'y a pas de Lavabo après l'offertoire (2).

(i) Ebner, Ibid., pp. 120 et 3 1 3-3 17. (2) Ebner, Ibid., p. 176.

LE MISSEL ROMAIN çS

vSaint Thomas d'Aquin manque encore dans le Codex E (), de la même bibliothèque ; mais un supplément y fait mention de saint Médard et de la Conception de Marie (i).

Dans le Codex 5o8 de la Bibliothèque Vaticane, fonds palatin, on trouve des messes de férié pour l'Avent et le Carême ; celles de la Semaine sainte sont mises à part (2).

Sont à signaler dans le calendrier du Codex 2048 de la Bibliothèque Vaticane, fonds de la Reine, les saints dont les noms suivent : 27 janvier, saint Chrysostome et saint Julien du Mans ; au 9 février, saint Savin évêque ; au 16 février, sainte Julienne ; au 23 février, sainte Romaine, vierge et martyre (de Todi) ; au 15 mai, saint Valentin (n'est pas autrement spécifié) ; au 16 mai, saint Ubald ; au 19 mai, saint Pierre Célestin (pape de 1292 à 1294); au 3 juin, saints Laurentin et Pergentin ; au 15 juin, saints Vite, Modeste et Crescence ; au 30 juin, saint Fortunat; au 3 juillet, saint Mustiole; au 15 juillet, la division des douze Apôtres ; au 2 août, l'indulgence de laPortioncule ; au 5 août, saint Dominique (au Xlll^ siècle puis au XIV^ Notre- Dame des Neiges) ; au 9 août, vigile de saint Laurent et saint Romain (de Lucques) ; au 19 août, saint Louis, évêque et confesseur (de Toulouse, de l'Ordre des Frères Mineurs, canonisé en 1317) ; au i^'" septembre, les Douze frères et saint Gilles, abbé; au 7 septembre, vigile de sainte Marie, au 16 octobre, saint Gall ; au 21 octobre, les onze mille vierges ; au 30 octobre, saint Germain, évêque de Capoue ; au 7 novembre, décollation de saint Erculaniis ; au 9 et au 18 novembre, deux fêtes de Dédicace. De plus, dans ce docu-

(i) Ebner, Ibid., p. 181.

(2) Ebner, Ibid., p. 252,

ment, l'ordinaire de la messe renferme d'abondantes rubriques (i).

3. xiV SIÈCLE. — Nous nous contentons d'un simple renvoi aux documents que mentionne Ebner (2) ; il y a, d'ailleurs, peu de particularités nouvelles à signaler, comme la présence de saint Romuald au 19 juin, l'indication de séquences pour les grandes fêtes et le commun des saints : celle de la Visitation de la Sainte Vierge commence par ces mots : Vent, praecelsa Domina (3).

4. XV^ SIÈCLE. — Au Codex E, 6 de la Bibliothèque de Saint-Pierre à Rome, figurent des fêtes romaines, comme celle de saint Léon IX (f ^054) au 19 avril; puis la dédicace de la basilique de Jérusalem, au 20 mars (4).

Le Codex iço6 B, II, <5'de la Bibliotheca Casanatensis, à Rome, mentionne une translation de saint Augustin au 28 février et au 11 octobre, puis la fête de sainte Monique (5).

Le Codex B. 68 de la Bibliothèque de Saint- Pierre de Rome, dit de saint Bernardin de Sienne, au 20 mai, qu'il fut canonisé sous le pontificat de Nicolas V, en 1450; — le Codex lat, Ç243 de la Bibliothèque Vaticane donne au 10 septembre saint Nicolas de Tolentin (f 1308), canonisé en 1448.

Le Codex Soo de la Bibliothèque Vaticane, fonds palatin, écrit pour les Ermites de Saint- Augustin, vers 13 14, avec des additions du

(i) Ebner, oîtvr. cité, pp. 242 et 349.

(2) Ebner, Ibid., pour Rome, voir pp. 168, 172, 173, 174, 180, 193, 2o3 ; et pour l'Ialie, pp. 6, 117, 276, 278.

(3) Ebner, Ibid., p. 172.

(4) Ebner, Ibid., p. 179.

(5) Ebner, Ibid., p. 175 et 229. Ehrensberger, 07rjr. cité, p. 442.

XV^ siècle, renferme comme nouveaux détails : un bon nombre de séquences dont celle de Noël : Grates niuic n'a pas encore été mentionnée ; le fréquent emploi de V Introït : Gatcdeainus ; une messe votive du Saint-Esprit avec V Introït : Dum Sanctijîcatîcs fnero ; une autre en l'honneur de la croix : Nos auteut gloriari ; une messe des cinq plaies avec séquence : Laus sit tïbi [i).

Le Codex 221 de la Bibliothèque Vaticane, aussi à l'usage des Ermites de Saint- Atigicstm (2) , renferme : <2^ à la suite du calendrier, une table des messes et un exposé des rubriques à observer suivant le degré des fêtes, puis la formule pour la bénédiction des maisons le Jeudi saint et les prières avant et après la messe ; — ^^ le propre du temps qui commence au i""^ dimanche de l'Avent et se termine au 24^ dimanche après la Pentecôte ; il contient un certain nombre de séquences ; — c) les rubriques g-énérales et l'ordinaire de la messe ; après le Sanctus sont marqués les divers tons, pour Gloria in excelsis, Ite inissa esi^ Benedicamus Domino, Credo, Requiescant in pace, Hnmiliate capita, Flect amies genua. Suit le canon de la messe. Ces divers points sont intercalés dans le propre du temps, après le samedi saint ; — djX"^ suite du propre du temps : à leur place actuelle sont les deux fêtes de la Très Sainte Trinité et du Corptcs Christi ; — e) le propre des saints depuis la vigile de saint André jusqu'à sainte Catherine : là aussi beaucoup de séquences ; une messe en l'honneur de la sainte Couronne ; — f) les divers communs, les messes votives pour intentions spéciales, enfin les messes des défunts.

(i) Ebner, Ibid., p. 25i ; Ehrensberger, Ibid., p. 442.

(2) Le titre de ce document l'indique comme Missel conforme à la pratiqtie de la curie romaine. Voir Ebner, Ibid., p. 23o ; Ehrensberger, Ibid., p. 444.

Un supplément de la même époque donne les messes pour la Présentation de Marie, les saints Festus et Didier, le saint Nom de Jésus, la sainte Face du Sauveur, une messe de la Passion, une autre en l'honneur des Joies de Marie, une autre de saint Raphaël.

Article III. — Le Missel de quelques

églises particulières

et des Ordres religieux.

On a remarqué que des particularités subsistent dans les documents du xir et du xiil'^ siècle pour l'ordinaire de la messe et spécialement pour les prières du début, quelques formules de l'offertoire et les prières qui suivent le Pater, Cependant le canon reste définitivement fixé pour toutes les liturgies de l'Occident. Les particularités vont se maintenir dans la pratique de quelques églises et des ordres religieux fondés à cette époque (à l'exception des Franciscains) ; elles survivront à l'œuvre d'unité liturgique demandée par le saint concile de Trente et accomplie sous le Pontificat de saint Pie V. Au fond, elles ne forment qu'une variété de la liturgie romaine et ne constituent pas des liturgies à part, comme furent la liturgie ambrosienne et la liturgie mozarabe : on a pu les appelei des liturgies roinano- françaises , nées de la fusion de l'élément gallican dans l'élément romain ; la liturgie romaine actuelle en est là, mais dans une moindre proportion, on sait qu'elle aussi a reçu des additions venues de Gaule (i).

Par un certain côté, les particularités en question appartiennent à l'histoire générale du Missel et il convient d'en dire ici quelques mots. On les trouve dans les églises de Milan, de Paris et de

( I ) Du Lac, La liturgie romaine et les liturgies françaises ^ \

LE MISSEL ROMALN^ 97

Lyon, puis dans les ordres relig-ieux des Carmes, des Chartreux, des Prémontrés et des Dominicains. Quant aux Franciscains, on a vu comment ils se rallièrent à la pratique romaine et contribuèrent à la formation du Missel de la curie.

I. Egijshs particulières. — I. J///<^;/ ; plus d'une fois déjà il a été question de la liturgie ambrosienne ; on a vu que sur plus d'un point elle est en conformité avec la romaine, notamment pour le canon et pour un grand nombre d'introïts, d'oraisons, d'épîtres et d'évangiles. Les Milanais ont toujours montré un grand zèle pour la conservation de leur rite, et sauf l'addition de fêtes nouvelles, ils l'ont fidèlement gardé dans son intégrité ; on les a vus lutter au Vlir siècle contre Adrien P"* soutenu par Charlemagne, au XI® siècle contre Nicolas II soutenu par saint Pierre Damien, enfin au xv^ siècle contre Eugène IV. Les papes ayant ensuite expressément approuvé la liturgie ambrosienne, saint Charles Borromée pouvait dire au XVI® siècle : « Cette liturgie est moins milanaise que romaine 5> (i). Si nous revenons dans cet article sur la liturgie de Milan, c'est à cause des points de contact qu'ont avec elles les liturgies de Paris, Lyon, etc. — A. Début de la messe, A Milan, comme ailleurs, l'antienne Introibo a amené la récitation de tout le psaumey//(^/<f^ ///^auquel elle est empruntée : suit le verset Confitentiiii Domino quoniam bonus, puis le Confiteor, Après la Confession du servant, le Prêtre dit : Adjutorium nostruin.., Sït nomen Domini benedicfum... puis en montant à l'autel, il récite une première oraison : Rogo te Aliissiine ... et O ranius te {2) . Toutes

(i) Du Lac, ouvr. cilé^ p. 107 et li.)na : Reruni liùurgicarum libyi duo (cdition Sala), t. 1, p. iS.L

^2) O.i reiuir(|uera ici une viriante de certains manuscrits : ainsi le Codex //. 2^^ de la liiljliotlièque Ambrosienne, déjà mentionnée, donne : Aufer a nobis au lieu de : Rogo le altis-

M: MISSE!- U'OM.MN-, — Toino II. 7

les fois qu'il baise l'autel, le célébrant commence par faire sur l'autel même un signe de croix avec le pouce droit. — B. Après le Pater, au moment où se dit l'Oraison dominicale, l'ordre des cérémonies est modifié de la façon suivante : a) fraction; — b) Coimnixtion des saintes espèces ; — cj Pater nos ter ; — dj baiser de paix (i).

2. Paris. D'après Bona (2), les rites spéciaux de la messe, dans cette église, ne paraissent pas avoir été bien nombreux. Les prières pour revêtir les ornements ne sont pas celles qui sont entrées dans l'usage commun ; au bas de l'autel, après avoir récité ; Introibo Q.tjudica 7ne, le prêtre dit : Kyrie. . . Pater noster. . . Cofifitemiiii Domino . . . puis le Confiteor dont la formule diffère un peu de la nôtre, comme d'ailleurs au Milanais. — Avant de donner la paix, le célébrant baise l'hostie même et non l'autel, la première des oraisons qui précèdent la communion est spéciale à cette église, on n'y dit pas la formule Perceptio. La bénédiction finale se donne en la forme dont usent maintenant les prélats; enfin le prêtre récite le commencement de l'Evangile selon saint Jean en quittant les ornements sacerdotaux. Aux trois messes de Noël, on a deux Epîtres, l'une de l'Ancien, l'autre du Nouveau Testament ; il y a des proses pour toutes les i fêtes, pour chaque jour des octaves de Pâques et de la Pentecôte ; même aux dimanches après ' Pâques, on dit une partie du Victiinae pasckali^n | commençant à ces mots : Agnus redemit oves.

3. Lyon. Plus nombreux sont les usages spéciaux de cette église ; tandis que ceux de Paris,

sime. Ebner, otivr. cité, p. 3o6. On trouve dans ce même document les particularités de l'ofFertoire.

(i) Bona, ouvr. cité, t. I, p. i85. Cuthbert Atchley : Tke Ambrosian liturgy, pp. i-85.

(2) Bona, Jbid.y t. I, p. 259.

ont disparu, ceux de Lyon se sont maintenus jusqu'à nos jours, grràce au privilèg"e d'exception concédé par la Bulle de promulgation du Missel romain sous saint Pie V. Pourtant Lyon ne peut produire de livres liturgiques antérieurs au XI^ siècle (i). Un des plus anciens paraît être le manuscrit ^Sj de la Bibliothèque de cette ville, un Missel plénier d'origine lyonnaise, comme en fait foi le texte de ses litanies au Samedi saint (2). Dans le Codex XII 2 (N, a. i863) de la Biblioihèque Barbermi, à Rome, Ebner (3) a cru reconnaître un Missel plénier de l'église de Saint-Michel de Lyon. Le calendrier porte le nom de plusieurs évêques de cette ville (notamment saint Irénée), de divers saints dont l'église en question possède des reliques ; les noms des saints Bernard, Claude, Anne, Dominique, Andéol, ont été ajoutés au XIV^ siècle. La Conception de Marie figure au 8 décembre.

Ce qui intéresse ici davantage, c'est l'ordinaire de la messe : le voici d'après D. Martène. — A. Début de la messe : Introïbo, sans le psaume Jîidîca me ; puis les deux versets : Pone, Domaine, custodïafn... Confitemïnï Domino, le Coitfiteor avec cette introduction : Ego reus et indignus. Après Misereatur et htdulgentiam,, le prêtre dit les versets : Adjutorium nostrum.,, Sit nomen Dom^ini benedictMin.., un autre verset : Pœnitentiam, pro peccatis mets auquel on répond par le

(i) D. Guéranger, Institutions liturgiques, t. III, p. 3io. Il est vrai qu'au ix* siècle Agobard contribua à conserver dans l'église de Lyon le rite romain, tel qu'il avait été adopté à la fin du vin* siècle ; mais son influence se fit particulièrement sentir pour empêcher l'introduction des textes, autres que ceux tirés de l'Ecriture, dans les formules de la liturgie. Voir D. Baumer, Histoire du Bréviaire (trad. Biron), t. II, p. 36.

(2) Delisle, Anciens Sacramentaires, n* cxiii, p. 278.

(3) Ebner, ouvr. cité, pp. 141 et 324.

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Paternoster ^X. Deo gratias. Le prêtre ajoute : Et vobis, récite Ave Maria. Rf Deo gratias. Puis il monte à l'autel, le baise, ouvre le missel à l'endroit où se trouve le Crucifix, dit Adoramuste^.., baise les pieds du Crucifix, dit : Adjîitorium nostrum, et récite V Intro'ït. Pour le Doimnus vobiscuiUy l'usage de Lyon veut que le célébrant reste tourné vers l'autel pour dire : Doimnus et se tourne seulement vers les fidèles quand il dit : vobiscuut. La bénédiction, avant la lecture ou le chant de l'évangile, a une formule différente de la nôtre : ainsi, à la messe basse, le prêtre dit : Corroboret Doininits sensîiui inemit et labîa i7tea ut proiiîintiein verba Ev ange lit. — B. Offertoire. Le prêtre récite d'abord l'antienne, puis prononce la formule Quid retribiiain Domino, etc. Prenant alors le calice, dans lequel on a mis préalablement le vin et l'eau (i), et sur lequel se trouvent la patène et l'hostie, il fait l'offrande des dons avec la formule : Hanc oblationent. Il pose le calice et tenant la patène, il ajoute : In spiritu kuinih'tatis . Il place ensuite l'hostie en avant du calice, recouvre celuici avec le corporal et se lave les mains au coin de l'Epître en disant le Psaume : Lavabo. En revenant vers le milieu de l'autel le prêtre dit : Venisancte spirituSy reple iiLoriint... s'incline au milieu pour réciter Suscipe sancta Trinitas (dans cette prière on fait mention de la Sainte Vierge, de tous les

(i) Les documents que nous avons sous les yeux ne pré-l cisent pas le moment où le prêtre met le vin et l'eau dans le calice : nous sommes incliné à croire que la cérémonie s'accomplissait dès le début, comme on le voit encore de nos jours. Ce qui nous rend hésitant, c'est que le Codex XII, 2 de la Bibl. Barberini donne la formule du mélange : De latei'e, D. N. J. C. entre la formule pour la lecture de l'Evangile et Hanc oblationem. Peut-être le vin avait-il été versé dans lé calice au commencement, et attendait-on le moment de l'offer-j toire pour y mêler un peu d'eau en disant : De latere D.N. J, C. exivit, etc. Voir plus bas, le rite des Chartreux, p. io3.

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saints, du saint dont on fait la fête, de ceux dont les reliques sont dans la pierre sacrée). Puis le prêtre se relève, fait un signe de croix sur l'hostie en disant : In nomine Patris, etc., se retourne, dit : Orate pro me fraires, ut vestricm sacrificniift acceptabilejîat a)ite conspecittin Dornùii. PerChristum... Actuellement, aux fériés de Carême, dans l'église primatiale de Lyon, on conserve un souvenir de l'ancienne offrande, les deux premiers prêtres de chaque côté du chœur, offrent à l'autel du pain et du vin. — C. Après le Pater : le prêtre ayant dit : Pax Dojmni, conserve, entre les doigts, la parcelle sacrée pour dire trois fois : AgiiMS Dei ; il la laisse ensuite tomber dans le calice en disant : Haec sacrosancta coutinixtio ; puis il récite trois oraisons avant la communion, mais la troisième diffère de la nôtre et commence ainsi : Domine sancte Pater omnipotens , da mihi corpîis . . . Immédiatement avant la Communion, au lieu de P^;/^;/^ cœlestem et Domine non sum digmcs, le prêtre récite, en se frappant la poitrine, les versets : Averte faciem tuam apeccatis fneis. . . Cor mundttm créa in me Deics... Ne projicias me.,, puis il fait une génuflexion en disant : Redde mihi lœtitiam salutaris tui, prend la patène et l'hostie, et dit : Corpus Domini. . . Quand il a pris le précieux sang, il récite : Perceptio corporis tui... Quod ore su7npsimus... Qui m^anducat meam carnem... Verbum caro factumest... enfin le cantique : Nunc dintittis le tout pendant les dernières ablutions... Après les dernières oraisons, et le congé donné aux fidèles, le prêtre s'incline au milieu de l'autel, dit : Placeat, baise l'autel, quitte la chasuble, récite l'évangile : In principio, l'oraison : Protector in te sperantium^ enfin le cantique Benedicite (i).

(i) D. Martène : De Antlqtiis Ecclesiae ritibus, t. I, p. 238. Pour les autres détails de la grand'messe, voir le Cérémonial. Aujourd'hui, l'usage lyonnais est un peu différent de celui que nous expose D. Martène.

II. Ordres religieux. — L'exposé détaillé de la messe lyonnaise était nécessaire pourTintelligence de ce que l'on va dire des religieux. De fait, c'est la liturgie romano-française et plus spécialement la liturgie de Lyon qui fournit aux Carmes, Chartreux, Prémontrés et Dominicains leurs particularités dans la célébration de la messe. — i . Cannes, Il n'entre pas dans notre plan d'examiner l'antiquité de ces religieux : nous les prenons au moment où ils vont s'établir en Europe. Après la prise de la Ville Sainte par les Croisés, ils adoptèrent la liturgie que suivait l'église latine de Jérusalem, puis apportèrent avec eux cette liturgie en Occident. Comparaison faite avec les livres liturgiques français du XII^ siècle, on trouve que la liturgie des Carmes leur doit bon nombre de pratiques (i).

2. Chartreux. Les Coutumes de Chartreuse, rédigées au Xir siècle par Dom Guigues, permettent de constater une grande conformité du Missel carthusien avec les Missels de Grenoble et de Lyon. — A. Les prières du début de la tnesse sont celles de Lyon ; le prêtre les récite au côté septentrional entre le chœur et l'autel, puis il lit au côté de l'Epître, non seulement V Introït, les oraisons et les lectures, mais aussi le Kyrie et le Gloria in excelsis, il porte lui-même le Missel fermé du coin de l'Epître à celui de l'Evangile. Les Chartreux n'admettent dans leur liturgie aucune prose ni séquence, ils chantent tous ensemble le Credo. Pendant le Credo, après Et incarnatus est, le prêtre se lave les mains en récitant deux ou trois versets du Psaume Lavabo, reçoit la bourse des mains du Diacre et va luimême étendre le corporal sur l'autel (2).

(i) Du Lac, ouvr. cité, p. i36. Sur la question de l'antiquité de l'Ordre des Carmes, voir Zimmerman dans le Dictionnaire de Théologie catholique, t. II, c. 1779 et suiv.

(2) Voir pour plus de détails : Lebrun et De Vert, Explica' iion des cérémonies , passim.

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B. \J offertoire étant dit, le prêtre découvre le calice, vient au coin de Tépître, prend la petite cuiller dans laquelle il dépose deux ou trois gouttes d'eau, les verse dans le calice en disant : De laiere D. N'.J. C. exivit,.., fait l'oblation du calice comme au rite lyonnais, revient au coin de l'épitre pour se laver les doigts en disant deux ou trois versets du psaume : Lavabo, Le canon de la messe ressemble à celui de la messe romaine sauf quelques cérémonies, par exemple l'extension des bras, une seule élévation de l'hostie sans élévation du calice, etc. (i). — C. A la Communion, après avoirprisleprécieuxsang, le prêtre reçoit aussitôt la première ablution ; on ne récite pas de Confiteor pour la communion des religieux, le Confiteor Am début ayant été récité en commun ; on chante ^^/^^^sS" Z^é-^' au choeur seulement au moment où le prêtre se lave les doigts puis le diacre ayant reçu le calice y verse un peu de vin pour le purifier, prend ce vin s'il a lui-même communié, sinon, le vin est jeté dans la piscine. Les Chartreux n'ont pas encore admis à leur messe la Bénédiction et l'Evangile de saint Jean, mais quand les oraisons sont terminées, le prêtre s'incline au milieu de l'autel pour dire : Placeat (ou commence l'heure de sexte). Puis il se retire, et, ayant quitté les ornements sacerdotaux, il récite : Pater noster (2).

3. Les Prémontrés institués par saint Norbert dans les premières années du xir siècle, reçurent eux aussi de leur fondateur la liturgie alors en usage dans l'église de France (3).

(1) D. Martène, loc. citât., t. I, p. 227. Voir aussi les CoîUutnes de Chartreuse dans P. L., t. Cl!.IIl, c. 989 et suiv. — Lebrun, ozivr. cité^ t. I, pp. 403, 438, 485-7, 53 1, 574.

(2) D. Martène, Ibid.y t. I, p. 228. — Lebrun, Ibid., t. I, pp. 65i, 657.

(3) Du Lac, ouvr. cité, p. i36.

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4. Dominicains (i). Ces religieux ont le romain pur dans le texte de leur Missel, sauf pourtant de légères différences : ainsi ils ont adopté plusieurs rites et prières tirés des Missels français du XIII® au XV"" siècle. Il y a dans leur liturgie un accent de triomphe qui contraste avec la naïveté des offices franciscains (2). — Quant à leur ordinaire de la fjtesse^ A. le début a beaucoup d'analogie avec le rite lyonnais. Cependant, au lieu de baiser l'autel, ilsse contentent d'y tracer une croix avec le pouce; ils disent In nomine Patris, etc., avant de réciter \ Introït, et font alors le signe de la croix (3), ils récitent le Kyrie au coin de l'épître. A la grand'messe la lecture de l'Epître par le célébrant est facultative (ordinaire de 1.254) ; on n'admet pas d'accompagnement d'orgue pour le Credo chanté par tout le chœur (chapitre général de 1582). —

B. Pour r(9^^r/<?2>^, voir encore le rite lyonnais. Toutefois le prêtre place le calice sur le corporal, à droite de l'hostie (statuts de 1254) ; on ne répond rien à Orate ficaires ; la secrète est précédée de : Domine exaudi orationem et O remous. —

C. Quant au canon, il ressemble au canon romain sauf les détails suivants : il n'y a pas de baiser d'autel à Te igitur ; primitivement (c'est-à-dire avant 1576), il n'y avait pas d'élévation du calice. Le prêtre a les bras étendus en croix quand il dit : Unde et inemores. Le baiser de paix était donné

(i) Les liturgistes, comme Lebrun, De Vert, etc., désignent ces religieux sous le nom de Jacobins, parce qu'ils furent établis à Paris par saint Louis dans un couvent de la rue Saint- Jacques .

(2) D. Guéranger, Institutions liturgiques, t. I, p. 325 ; — Du Lac, ouvr. cité, p. 137.

(3) Les signes de croix que nous faisons a. Adjutorium, Iitdulgentiam, à V Introït, etc., paraissent venir de ce que primitivement on disait In nomine Patris, etc., avant ces formules. De Vert : Explication des Cérémonies, t. III, p. i3o.

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d'abord comme au rite romain, mais au XV!"" siècle, on régla que le prêtre baiserait la patène et qu'il y aurait un instrument pour porter la paix aux assistants (i). — D. Comimcmon. La récitation du Conjiteor 'àX2in\. la communion des assistants fut autorisée au xiir siècle. Tous reçoivent un peu de vin pour purifier la bouche après avoir communié (statuts de 1254). La communion se chante après que tous ont communié. Entre la communion et la postcommunion, il est d'usage de dire Latides (c'est-à-dire un cantique d'actions de grâces). D'après le Missel de 1254 on donnera la bénédiction finale si c'est la coutume du pays ; la lecture de l'Evangile selon saint Jean est laissée à la dévotion de chacun. — A l'encontre des Chartreux, les Dominicains ont admis les séquences à la messe : on trouve beaucoup de ces compositions dans deux ou trois manuscrits du XVl^ siècle à l'usage de ces religieux {2). On a sans doute remarqué que pour les Chartreux et les Dominicains, il s'agit de la messe chantée plutôt que de la messe basse : chez ces religieux comme dans l'Ordre bénédictin, la messe conventuelle est partie intégrante et non la moindre de l'office liturgique.

(i) Lebrun, ouv^. cilé, t. I, pp. 144, 200, 247, 3 14, SyS, 376, 403, 484- 7, 593.

(2) Lebrun, Ibid.^ t. I, pp. 628, 634, 641, 648, 6bZ. — Les manuscrits sont les numéros 38o5, 5590 et 5591 de la Bibliothèque Vaticane : Ehrensberger, Libri liturgiciy pp. 47 i et 472.

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