‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 12 sur 85 · SERMON VI · texte numérisé non relu

SERMON VI

QUE LA VERTU DE PENITENCE EST ABSOLUMENT NÉCESSAIRE A CEUX QUI ONT PERDU L'INNOCENCE.

Pœnitentiam agite. (Matth., 3, 2.)

Encore que toute sorte de personnes puissent aller au ciel de tous les endroits de la terre, il faut néanmoins avouer que, comme nous avons vu , l'on n'y peut arriver que par deux voies, par l'innocence ou par la pénitence. Hier, nous considérions

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que l'innocence est la voie la plus assurée; aujourd'hui, j'ai à vous faire voir que la seconde voie est absolument nécessaire à ceux qui se sont écartés de la première. 11 e*t vrai qu'il n'y a que les âmes qui sont en la voie d'innocence qui vous puissent avoir pour modèle, ô sainte Vierge! mais celles qui sont en la pénitence vous doivent avoir pour asile; vous n'êtes pas la patronne et l'exemplaire des pécheurs pénitents , mais vous êtes leur refuge , leur avocate , leur médiatrice : ils ne peuvent pas imiter votre innocence , mais ils doivent réclamer votre assistance , comme nous faisons dévotement en vous saluant. Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

Punctum umccm. — Pœnitentiae nécessitas probatur. 1, Scripturâ. — II. 2. Patribus. — III. 3. Conciliis. — IV 4. Rationibus ex parte Dei. — V. Ex parte nostrî. — VI. 5. Exemplis. — VII. 6. Responsione ad objectiones.

Conclusio. — Per paraphrasim verborum Pauli (Act. 17). Nunc annuntiat Deus ut omnes pœnitentiam agant. i

Point unique. — Comme la sensualité et l'amour-propre , qui est en nous depuis le péché du premier homme, nous donne une répugnance et aversion de tout ce qui contrecarre nos sens , il est malaisé de persuader aux hommes la nécessité de la pénitence, si on ne les en convainc par des preuves si puissantes et irréprochables, qu'il n'y ait rien à redire. Je la montre donc par toutes les voies qu'on peut prouver une vérité catholique : à savoir, par l'Ecriture sainte, par les saints Pères, par les Conciles, par les raisons de théologie , parles exemples des saints , et par la réponse aux objections de l'amour-propre.

I. Le Fils de Dieu nous l'a déclaré en paroles si claires, formelles, et si expresses , que si nous avions tant soit peu de foi, il n'y faudrait rien ajouter. En saint Luc, il dit par deux fois, pour mieux inculquer et imprimer cette vérité en notre esprit : Si vous n'avez la pénitence, vous périrez tous; si vous ne faites pénitence vous périrez tous (Luc. 13). Il ne dit pas : Vous ne serez pas si haut ni si heureux en paradis, vous irez en purgatoire, mais : Vous-périrez tous, c'est-à-dire vous serez damnés. Comme saint Jean parlant de Judas : Nemo ex, ils periit nisi filius perditionis (J oan. 17, 12). Au texte grec comme au latin , il y a le même mot es deux passages à-rcoAEïfk, àTToXExe. N'est-ce pas faire tort à l'autorité et à l'ascendant que ces paroles doivent avoir sur notre esprit, de vouloir apporter d'autres preuves.

Que feriez-vous si je vous disais qu'un Chartreux ou qu'un Camaldule, qui a vécu jusques à présent l'espace de trente ans en solitude et en grande sainteté, sortira demain de sa retraite, viendra en celte ville, entrera en cette chaire, vous fera une prédication de la part de Dieu, étant envoyé de lui tout exprès? N'y accoureriez-vous pas à la foule , ne l'entendriez-vous pas attentivement , ne mettriez-vous pas en pratique ce qu'il prêcherait; n'estimeriezvous pas réprouvé celui qui le mépriserait! Quel Chartreux ou quel camaldule fut jamais plus saint que Jean-Baptiste, prédit par les prophètes, conçu par miracle, sanctifié au sein sa mère, ayant vécu trente ans dans le désert en très-grande pureté et austérité de vie?

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Il reçoit de Dieu un commandement exprès de sortir de sa solitude, et pour venir prêcher ; et il ne vient prêcher que pour nous enseigner la science de salut : Factum est verbum Domini super Joannem in deserto (Luc. 3). Ad dandam scientiam salutis plebi ejus (Luc. 1, 77). Sans doute la prédication qu'il fait est de très-grande importance s'il en fut jamais : et que dit-il en cette prédication? Faites pénitence.

Le Sauveur n'a pas eu de honte de faire le même sermon la première fois qu'il prêcha; il ne craignit point qu'on dît : Ce prêcheur ne dit autre chose que ce qu'a dit saint Jean-Baptiste ; et afin qu'on ne pense pas qu'il ne prêchait la pénitence que pour préparer le peuple au grand mystère qu'il devait accomplir, après l'accomplissement de tous ses mystères, après son Ascension, il commande à ses Apôtres de prêcherla pénitence. Saint Pierre, le jour de la Pentecôte : Faites pénitence (Act. 2, 38). Saint Paul en l'Aréopage d'Athènes : Dieu annonce maintenant aux hommes que tous fassent pénitence : JSunc annuntiat Deus hominibus ut omnes pœnitentiam agant (Act. 17) Nota omnes. Et afin qu'on ne dise pas qu'il parlait à des gens qui n'étaient pas encore baptisés, et que c'était pour les disposer au baptême , le même Fils de Dieu , assis au trône de gloire , mande à l'évêque d'Ephèse , et à ceux de Sardes et de Laodicée, qu'ils fassent pénitence : et que s'ils ne la font , ils craignent d'être réprouvés (Apoc. 2). Au contraire, il dit par ses prophètes, que si le pécheur fait pénitence, il changera la résolution qu'il avait prise d'exercer sur lui sa vengeance (Jer. 18 ; Ezech. 18.)

II. Ce qui donne sujet à saint Thomas d'établir cette maxime de théologie : Il est impossible que le péché actuel mortel , se remette sans la pénitence, parlant de la pénitence en tant que vertu : hnpossibïle est peccalum actuelle mortale sine pœnitentiâ remitti, loquendo de pœnitentiâ ut est virtus (D. Th. 3. p., q. 68, 1, 2, in Cor.) Un péché mortel se peut bien remettre sans l'Eucharistie, sans l'absolution , sans autre sacrement, quand on est pressé ; mais il n'est jamais arrivé et il n'arrivera jamais qu'il se remette sans la pénitence , ou actuelle ou virtuelle : pénitence non telle quelle , mais sincère, légitime , vraie, cordiale.

Car Tertullien a dit excellemment : Dieu a résolu de ne nous pas donner le pardon de nos péchés, purement, simplement, et pour rien : il veut que nous l'achetions avec la monnaie de la pénitence; et comme un marchand a coutume d'examiner la monnaie qu'on lui présente, avant que de livrer sa denrée , ainsi Dieu pèse et considère votre pénitence, avant que de vous donner sa grâce, qui est la semence de la vie éternelle*. Et penser que Dieu vous pardonnera vos péchés sans faire pénitence, c'est une aussi grande folie, que si vous prétendiez acheter d'un marchand une précieuse denrée sans rien donner.

III. Toute VEglise assemblée en corps au Concile de Trente , dit que celte nécessité est si universelle, si absolue et indispensable

* Hoc pretio Deus nobis veniam ad dicere instituit ; si ergo qui venditant, nummura, prius quo paciscuntur examinant, sic Deum credimuspœnitenliœ probationem prius inire, tantam nobis mercem vita3 scilicet perennius concessurura (Tert. dePœnit.)

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que tous ceux qui ont jamais commis un péché mortel en quelque temps que ce soit, en la loi de nature de Moïse, et de grâce, avant ou après le baptême , ont eu besoin de pénitence pour recevoir la grâce de Dieu, et être justifiés en sa présence4.

IV. Les raisons que le saint Concile et que l'Ecriture en apportaient, se peuvent prendre ou de la part de Dieu , ou de la part de l'homme : si vous ne faites pénitence, vous offensez la grandeur de Dieu. Quand quelqu'un vous a fait un affront, ou autre injure sensible , s'il n'en a point de regret , s'il passe et repasse devant vous sans vous en témoigner du déplaisir, il vous désoblige au dernier point , il renouvelle et envenime la plaie qu'il vous a faite , montrant qu'il ne se soucie guère de vous. Vous êtes criminel de lèse-majesté divine, et vous ne vous en mettez pas en peine ; vous avez offensé le Roi des rois , il est toujours auprès de vous , vous êtes continuellement en sa présence , et vous dormez à votre aise ; vous jouez , riez , mangez et buvez aussi gaiement que si vous n'aviez rien fait. Quelle insensibilité ! quel mépris de la grandeur de Dieu ! L'empereur Néron fit mourir le philosophe Sénèque, parce que l'ayant disgracié , il apprit qu'il ne s'en souciait point, et qu'il ne laissait pas de vivre joyeusement en sa maison de plaisance. Autant en fit l'empereur Adrien à Tatien pour la même raison. L'Ecriture taxe avec raison d'insensibilité les enfants de Jacob , qui, ayant grièvement offensé Dieu , en dépouillant et affligeant leur frère Joseph , se mirent à boire et à manger, comme s'ils n'eussent rien fait (Gen. 38 , 25). Ce mépris de la grandeur de Dieu , cet endurcissement à ne pas faire pénitence quand vous l'avez offensé , enflamme plus sa colère que le péché même par lequel vous l'ayez offensé, dit saint Chrysostome en l'Eglise grecque, et saint Cyprien en l'Eglise latine2, et Dieu même s'en plaint , disant par Jérémie : Personne ne fait pénitence, personne ne rentre en soi-même , personne ne dit : 0 le grand mal que j'ai faitl ne suis-je pas bien malheureux d'avoir offensé mon Dieu : Attendiet auscultavi : Nullus est qui agat pœnitentiam super peccato suo dicens : Quid feci (Jer. 8, 6).

Vous offensez encore la justice de Dieu, vous n'en craignez point les menaces, vous n'en redoutez point les châtiments. Il n'y a point de châtiment en eux, dit le Prophète royal , ils tiennent bon et s'obstinent dans leur péché ; ils n'ont point de crainte de Dieu , il les va punir selon leurs démérites : Non est Mis commutatio, et non timuerunt Deum. Extendit rnanum suam in retribuendo (Psal. 54). Si un homme bien armé nous disait : Otez-vous de là, autrement, je vous passerai mon épée à travers le corps, ou je vous donnerai un coup de pistolet en la tête, et que vous demeuriez toujours en même place sans vous remuer tant soit peu ; ne

4 Fuit autem pœnitentia universis hominibus qui se mortali aliquo peccato inquinassent quovis tempore ad gratiam et justitiam assequendam necessaria, illis etiam qui baptismi sacramento ablui petivissent (Conc. Tria., sess. 14, can. <.)

2 Peccatum non dolore magis Deum indignari facit et irascit quàm peccare (Chrys., homil. 40). Ecce pejora peccandi vulnera, ecce majora delicla peccasse, nec satis facere, deliquisse nec delicta deflere (Cyp. de Lapsis).

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Ferait-ce pas vous moquer de lui, montrer que vous ne le craignez guère, que vous prenez ses menaces pour des paroles vaines et !rivoles?La justice de Dieu vous dit : Sortez du mauvais état où vous êtes, quittez votre péché , faites pénitence , autrement je viendrai à vous, je lancerai les carreaux de ma vengeance sur votre tête criminelle ; et vous demeurez immobile comme un rocher, vous persévérez en votre mauvais état, vous rejettez loin de votre esprit toutes les pensées qui vous viennent de faire pénitence , pour apaiser la colère de Dieu! N'est-ce pas se moquer de de lui ? n'est-ce pas mépriser ses menaces et offenser sa justice?

Vous offensez son immensité , vous retenez en vous un objet qui le choque et lui déplaît infiniment. Si votre valet vous avait mis en votre chambre une quantité de fumier, suffirait-il, lorsqu'il vous en verrait fâché , qu'il vous promît de n'en mettre pas davantage. Ce n'est pas assez, lui diriez-vous : il faut ôter ce que vous y avez mis, en demander pardon : il n'y a boue dans Paris , fumier de Tétable d'Augias , cloaque d'hôpital si puant et si insupportable aux hommes , que le péché est horrible en la présence de Dieu. Peutêtre que vous ne le commettez plus : mais vous l'avez commis , et vous n'en faites point pénitence, vous laissez le fumier en votre âme qui est la demeure de Dieu : s'il y a du fumier dans votre chambre , ou autre chose qui vous déplaise , vous ne l'avez pas toujours devant les yeux; vous vous en absentez souvent: mais Dieu ne peut s'éloigner de la vue de votre péché , il a toujours devant soi ce monstre horrible et abominable ; il est obligé, par sa nature et par l'immensité de son essence , de demeurer toujours en votre âme , qui est en état de péché , quand même vous ne le commettriez plus : mais il est plus que probable que vous en commettrez de nouveaux, et de plus énormes que les précédents, si vous ne faites pénitence.

V. Comme un abîme appelle un autre abîme , dit le Prophète : Dies diei éructât crimen, et noœ nocti indicat malitiam, dit saint Bernard , et saint Grégoire : Le péché qui n'est pas promptement effacé par la pénitence nous porte , par son poids, à commettre de nouveaux crimes : Peccatum quod pœnitentia cita non diluit mox suo pondère ad aliud trahit (Grég.). Le péché nous éloigne de Dieu , il fait que Dieu s'éloigne de nous , et nous prive de ses grâces particulières ; il obscurcit l'entendement , il dérègle la volonté , il affaiblit le franc-arbitre, il enflamme la concupiscence, nous donne une pente , facilité et inclination à la rechute. Qui ne voit que s'il n'est promptement anéanti , il vous jettera bientôt en de nouveaux précipices : et si ce premier péché , étant tout seul et sans assistance, produit des effets si funestes, combien plus quand il sera accompagné d'un second, troisième , quatrième et d'un cinquième : je n'en veux point d'autre témoin que vous. N'est-il pas vrai que depuis que vous avez consenti au premier péché, étant amorcé et affriandé à la volupté , vous avez eu je ne sais quelle démangeaison et inclination quasi inévitable de recommencer une seconde fois , et puis une troisième et une quatrième.

Et quand vous ne tomberiez pas , étant tombé une seule fois , si

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vous ne faites pénitence , vous êtes toujours en état et en habitude de péché , c'est-à-dire , à deux doigts de l'enfer, sur le bord de la damnation : entre vous et l'enfer, il n'y a que le filet de votre vie, qui peut être coupé par mille accidents. Quelle témérité. On blâmait un jour de lâcheté, en présence d'un grand roi, un gentilhomme qu'on disait être vicieux. Le roi repartit sagement : Je ne sais comme vous dites cela; pour moi, j'estime qu'il est bien hardi, qu'il est hardi au dernier point, et autant qu'il se peut; que sa hardiesse est si grande, qu'elle va jusques à la témérité, et que c'est la plus haute hardiessse , et la plus effroyable témérité qui se puisse imaginer, qu'étant vicieux comme il est, il ose se mettre au lit, et qu'il puisse dormir à son aise. Ce prince avait raison. On n'entend parler partout que de morts soudaines, les uns meurent d'apoplexie, les autres se noient en se baignant ou passant l'eau , les autres sont tués je ne sais comment, et vous ne craignez potnt? Quand il n'y aurait point d'autre danger, si vous ne faites pénitence, ce seul manquement vous met en danger et danger très-grand , certain, inévitable. Car le Sauveur dit à l'évêque de Sardes, que s'il ne fait pénitence, il viendra à lui comme un larron , c'est-à-dire, qu'il le surprendra, et l'appellera à son jugement, lorsqu'il y pensera le moins. Et il vous dit en l'Evangile : Quâ horà non putatis Filius hominis veniet (Luc. 12).

Mais supposons que cela n'arrive pas , que vous ne soyez pas surpris de mort soudaine, que vous ayez à vivre cinquante, soixante, quatre-vingts ans : ne voyez-vous pas que, refusant de faire pénitence , vous vous dérobez les fruits et les mérites de toutes vos lionnes œuvres? que vous vous engagez à dire, à l'heure de votre mort : Nous avons travaillé toute notre vie, et nous n'avons rien pris. Aristote dit qu'entre les larrons domestiques, il n'en est point de plus pernicieux que ceux qui dérobent le bien que le père de famille destinait à ensemencer ses terres ; parce qu'il ne faut pas estimer le dommage qu'ils font selon la valeur de ce qu'ils dérobent , mais selon le prix de la moisson qu'on aurait recueillie de cette semence. Vous faites quelquefois de bonnes œuvres, des jeûnes, des aumônes, et des prières; combien vaut la moisson qu'on en peut recueillir, je ne le saurais dire , il n'est point d'homme sur la terre, point d'ange dans le ciel qui le puisse dire : ce sont des missions infinies, ce sont des rentes annuelles, mais continuelles; non perpétuelles, mais éternelles ; chacune de ces bonnes œuvres vous produirait des joies, délices, contentements, honneurs, richesses, félicités, d'ici à cent ans, d'ici à deux cents, trois cents, dix mille, cent mille ans. Les anges donc, les archanges, les séraphins, la Vierge, ne sauraient estimer la valeur de ces moissons, le prix des récompenses que mérite chaque bonne action ; Dieu même ne les saurait nombrer, car elles sont infinies. Et vous perdez toutes ces moissons, ce grand nombre de récompenses, vivant en mauvais état, et refusant de faire pénitence : Perdit quod vivit qui Deum non diligit, dit saint Augustin. Et non-seulement vous perdez les fruits et mérites de votre vie ; mais vous vous engagez au malheur et au supplice de la mort éternelle : car enfin il n'y a que deux voies pour éviter la damnation , l'innocence et la pénitence.

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L'innocence , vous ne l'avez pas , vous le savez bien , vous l'avez perdue par tant de péchés que vous avez commis ; si vous ne faites pénitence que pensez-vous devenir ?êtes-vous plus innocent et plus sage que le Sage même, qui a composé un livre de l'Ecriture sainte, dans lequel il dit que si nous ne faisons pénitence, nous tomberons entre les mains de Dieu : Nisi pœnitentiam egerimus ,incidemus in manus Domini (Eccl. 2, 22).

VI. Etes-vous plus assuré de votre salut que saint Paul? Et il dit aux Corinthiens : Je châtie mon corps, et je le traite comme un esclave , de peur qu'ayant prêché aux autres , je ne sois réprouvé moi-même : Castigo : u7ro7uaÇw : contundo corpus meum et inservitutem redigo,ne cum aliis prxdicaverim ipse reprobus efjîciar (l.Gor.9,27;Apoc. 2,1).

Etes-vous plus saint que ce saint évêque d'Ephèse, que le Fils de Dieu loue en l'Apocalypse ? et néanmoins parce qu'il avait un peu ralenti la ferveur de sa charité, on lui dit : Faites pénitence, autrement je vous ôterai le flambeau de la foi.

Etes-vous plus homme de bien que saint Chrysostome, qui disait à ses diocésains : Vous ne me croirez pas, mais il est vrai pourtant que j'ai grand sujet de me défier de mon salut et de craindre la damnation, parce que, étant obligé de pleurer vos péchés , et d'en faire pénitence , il ne me reste pas assez de temps ni de larmes pour pleurer les miens.

Sainte Olympias la pénitente , ou pour mieux dire la fille spirituelle de ce grand saint, avait bien retenu la leçon; après avoir vécu en virginité avec son mari,Nébridius, préfet de Constantinople, pour expier les fautes de sa jeunesse, qui étaient fort petites et légères, elle distribue ses grands biens aux pauvres, aux églises et hôpitaux par tout le monde , s'habille plus pauvrement que les pauvres mêmes, se fait la mère des orphelins, le refuge de tous les affligés : elle pleure continuellement, et mène une vie merveilleusement austère. Vous voyez cela dans Palladius et dans saint Chrysostome, dans les belles épîtres qu'il a écrites à cette sainte lorsqu'elle était bannie pour la justice , où il lui conseille de relâcher un peu de ses grandes pénitences, à cause des maladies dont elle était continuellement affligée.

Etes-vous plus saint que saint Macaire , patriarche de tant de saints anachorètes, lequel , étant un jour avec eux en une conférence spirituelle, pour l'exorde de son discours il se mit à pleurer, pour la narration, confirmation, conclusion de sa harangue, il ne fit que pleurer, mais à chaudes larmes et à bon escient. Et comme ses religieux s'en étonnaient : Pleurons, pleurons, leur dit-il, mes frères , pleurons amèrement pendant le temps, afin de ne pas pleurer éternellement.

Etes-vous plus dévot que saint Bernard , qui disait : Que n'ai-je la grâce de répandre continuellement grande abondance de larmes, afin de prévenir et éviter par mes pleurs, les pleurs et les grincements de dents, qui seront en l'autre vie : Quis dabit capiti meo aquam et oculis meis fontem lacrymarum, ut prœveniam fletibus fletum et stridorem dentium (Bern., Serm. 16 in Cant.)?

Il faut nécessairement de deux choses l'une , ou dire que ces

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grands saints étaient des esprits faibles , de se laisser emporter à des terreurs paniques, qu'ils n'avaient pas de jugement pour connaître la grandeur de la miséricorde de Dieu, ou avouer que nous sommes bien insensibles de ne rien appréhender, où des gens si judicieux , si sages , si saints et si éclairés de Dieu ont eu si grande crainte.

VII. Je vois bien ce qui vous rebute , c'est que vous vous figurez la pénitence avec un visage austère , pâle , décharné , mortifié , le seul nom de pénitence vous effraie, parce qu'il ressent la peine. Mais où avez-vous jamais vu, où avez-vous entendu, que depuis le péché du premier homme on ait obtenu quelque grand bien sans peine? Vous semble-t-il que c'est un petit bien , d'être délivré de la captivité du diable, de la servitude du péché, du danger de la damnation, des remords de la conscience, d'être remis en grâce avec Dieu , obtenir l'abolition et rémission de tous vos crimes , la dignité d'enfant de Dieu , et le droit à la vie éternelle?

Ce mot de •pénitence vient de peine : Oui , mais elle n'est pas si grande que vous vous imaginez ; le secours de la grâce divine , l'onction du Saint-Esprit, la douceur de l'amour de Dieu, l'assistance de la Vierge et des saints, les charmes de l'accoutumance, vous rendront très-doux et très-facile, ce qui vous semble à présent impossible.

Conclusion. — Ecoutez donc le héraut du ciel, et rendez- vous à sa semonce; c'est saint Paul qui vous parle aux Actes des Apôtres : Dieu annonce maintenant aux hommes que tous fassent pénitence, parce qu'il doit quelque jour juger le monde : pesons toutes ces paroles.

Dieu annonce. C'est lui qui est offensé, il est infiniment plus grand que vous , il n'a que faire de vous , vous avez un extrême besoin de lui , vous le devriez rechercher avec toute sorte de soumission, il daigne vous prévenir, il recherche votre amitié, il vous invite à la réconciliation : quelle bonté !

Aux hommes non aux démons. Oh! s'il faisait cette faveur aux anges malheureux ! si on les conviait à la pénitence? si on leur accordait un moment de temps, un petit mouvement de grâce pour se convertir, le bon usage qu'ils en feraient ! On vous donne tant de moments, tant d'heures, tant de jours, tant de semaines, tant d'années, tant de bons mouvements, tant de lumières, tant de grâces, tant d'inspirations, et vous en abusez!

Aux nommes. Propter nos homines et propter nostram salutem descendit de cœlis. S'il est descendu du ciel, s'il a voyagé sur la terre, s'il est mort en une croix, c'est pour nous mériter la grâce de la pénitence, et pour nous y convier : Oportuit Christum pati, resurgere à mortuis et prœdicari in nomine ejus pœnitentiam. Vous méprisez ces trésors inestimables , les richesses de sa bonté , les mystères de son Incarnation, Vie, Mort, Passion, Résurrection, que vous rendez inutiles par votre obstination ; les richesses de sa patience qui dissimule vos péchés , et vous attend depuis si longtemps par l'espérance de votre conversion ; vous méprisez les trésors de sa miséricorde, qui est prête de vous recevoir, qui vous

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promet amnistie générale, qui vous tend les bras pour vous cacueillir et accoler, avec des tendresses et des faveurs inestimables.

Onxnes, tous, sans en excepter un seul , quelque grand pécheur qu'il soit, pour énormes, noirs et en grand nombre que soient vos crimes, il vous oonvie à la pénitence !

Pœnitentiam agant; faites pénitence si vous êtes sage, si vous ne voulez périr. Concevez tout de bon des pensées de haine, d'horreur et d'abomination du péché. Estimez-vous très-malheureux, misérable , et mal avisé de l'avoir commis , ayez-en un regret et déplaisir très-cuisant , très-vif et très-piquant ; pensez que tout autre malheur vous serait plus souhaitable que si vous aviez perdu votre procès , votre héritage et votre réputation, au lieu de l'avoir commis , ce vous serait un grand bonheur ; ayez une vraie volonté de plutôt perdre vos biens, honneur, enfants, santé , vie, tout, que de le jamais plus commettre. Faites résolution de satisfaire à la justice de Dieu , de lui rendre tout l'honneur qui vous sera possible, au lieu du déshonneur que vous lui avez fait; de pratiquer toutes les bonnes œuvres que vous pourrez pour lui complaire, au lieu du déplaisir que vous lui avez fait; de recevoir avec patience et agrément tout ce qui vous arrivera contre votre volonté, puisque vous avez fait tant de choses contre sa très-sainte et trèsadorable volonté, de faire toutes les aumônes, prières et mortifications que vous pourrez, selon votre condition; de vous priver de plusieurs satisfactions , divertissements , récréations même innocentes , pour vous punir des actions illicites et criminelles que vous avez faites.

Nunc; à présent, sans plus attendre, faites pénitence; vous ne l'avez peut-être jamais bien faite; peut-être que jamais vous ne la ferez si bien que vous la pouvez faire à présent. Possible que vous avez fait plus de cinquante confessions nulles et invalides en votre vie , vous n'aviez pas la repentance surnaturelle telle que Dieu la demandait ; une vraie et sincère volonté de vous amender et d'éviter les occasions de péché. Vous ne vous étiez pas réconcilié à vos ennemis, rendu le bien d'autrui, examiné votre conscience. Vous avez omis quelque péché, ou par honte, ou par négligence coupable, ou par ignorance criminelle. Vous avez eu quelque confesseur ignorant, ou flatteur et complaisant , ou qui n'avait pas l'approbation et le pouvoir. A présent, en la mission vous avez des confesseurs savants, experts, zélés et affectionnés à votre salut, qui ont pouvoir d'absoudre de tout péché; qui ne vous connaissent pas, qui ne vous ont jamais vu , qui ne vous verront plus, qui ont entendu plusieurs fois de plus grands péchés que les vôtres. Vous aurez des prédicateurs qui vous instruiront familièrement, qui vous apprendront des vérités que vous n'avez jamais bien pénétrées, entendez-les avec attention. Avant que le prédicateur monte en chaire, ne devisez pas, mais priez Dieu qu'il vous touche , et qu'il touche le cœur de vos gens. Remerciez-le de cette occasion de faire votre salut qu'il vous a envoyée, et qu'il n'a pas donnée à ceux qui sont morts ces années passées : si vous la perdez, vous ne la pourrez peut-être jamais recouvrer. Le même vous arrivera qu'à cet ancien catéchumène , qui, ayant différé de recevoir le baptême pour conti-

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nuer ses débauches, fut surpris de la mort au milieu d'une forêt où il n'y avait point d'eau. Quelqu'un qui y accourut et qui n'y fut pas à temps , l'entendit qui criait : Baptême , baptême : Montes, baptisate me; aves , baptisate me : Montagnes , baptisez-moi; oiseaux , baptisez-moi ; il n'y eut point de baptême pour lui. L'un de ces jours vous serez surpris d'un accident, vous crierez : Monsieur le vicaire! Monsieur le vicaire est aux champs; Monsieur le curé! Monsieur le curé est malade. Confession! il n'y aura point de confession pour vous. On dira après votre mort : Hé ! qui le lui eût dit, il en eût profité. Le Fils de Dieu le lui avait dit, nous déclarant qu'il nous appellera lorsque nous y penserons le moins. Saint Paul le lui avait dit : Quand ils penseront être dans une profonde paix et assurés de leur vie, c'est alors que la mort soudaine les surprendra. Les prédicateurs le lui avaient dit : Vous ne savez ni l'heure ni le jour. L'exemple de tant de gens qui meurent tous les jours de mort soudaine , le lui avait dit. Ne dites donc plus : Nous avons beau loisir, il n'y a rien qui presse. Qu'est-ce qui vous presse de faire pénitence? c'est la volonté de Dieu qui vous le commande par saint Jean-Baptiste, par les apôtres, par les saints docteurs, par les conciles de l'Eglise et par la bouche de son propre Fils. Qu'est-ce qui vous presse? c'est la crainte que vous devez avoir d'otfenser la grandeur de Dieu; sa justice infinie, son immensité et sa présence très-adorable. Qu'est-ce qui vous presse? la crainte de tomber en de nouveaux péchés, de mourir en mauvais état, de perdre le mérite des bonnes œuvres que vous faites. C'est l'exemple de tant de saints qui l'ont faite toute leur vie, c'est la charité de Jésus qui s'est incarné, qui a tant enduré, qui est mort en une croix pour vous y convier, qui vous a attendu si longtemps et si patiemment à cette intention, qui promet de vous recevoir par un excès de miséricorde : Charitas Christi urget nos. L'occasion qui se présente , qui, peut-être, ne reviendra jamais. L'incertitude du temps à venir, la mort qui s'approche, l'importance de votre salut; la semonce si affectueuse de saint Paul, qui vous dit que Dieu annonce que tous les hommes fassent pénitence , parce qu'il doit quelque jour juger le monde. En ce jour si épouvantable, si vous avez fait pénitence, vous serez affranchi de crainte , vous serez reçu en la compagnie des âmes bienheureuses dans le ciel. Amen.

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