‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 52 sur 85 · LE PÉCHÉ MORTEL NOUS PRIVE DES FÉLICITÉS DU CIEL · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ MORTEL NOUS PRIVE DES FÉLICITÉS DU CIEL

Domine quis habitabit in tabernaculo tuo , aut quis requiescet in monte sancto tuo? qui ingreditur sine macula, et operatur justitiam.

Seigneur, qui demeurera dans votre tabernacle? ou qui reposera sur votre sainte montagne? ce sera celui qui vit sans tache et qui pratique la justice. (Psalm. 14.)

Dans la sentence épouvantable , que le Fils de Dieu prononcera au jour du jugement contre les âmes réprouvées, on peut remarquer deux peines : la peine du dam et la peine du sens. La peine du dam, par laquelle il les sépare de sa présence et les bannit du royaume des cieux, Discedite à me. La peine du sens, par laquelle il les condamne pour jamais à être tourmentés dans les flammes d'enfer, In ignem œternum. La première peine est la plus grande, quoique la moins appréhendée. Pour vous la faire redouter, je diviserai ce discours en deux points : au premier, nous tâcherons de connaître par quelque conjecture la grandeur des biens qui sont dans le ciel, en considérant le lieu où nous serons, la compagnie que nous y aurons, les actions que nous y ferons ; au second point, je vous ferai voir par ces mêmes considérations, qu'en commettant le péché, vivant comme on fait dans le monde, il n'y a point d'apparence de prétendre à ces grands biens.

Il est vrai qu'on peut s'acheminer au ciel de tous les endroits de la terre , mais on n'y saurait entrer que par la porte ; c'est-à-dire par votre entremise, ô sainte et bienheureuse Vierge ! J'apprends ceci de l'Eglise qui vous surnomme tous les jours en ses dévotions publiques la Porte du ciel : Janua cœli. Comme Jésus sortant du ciel, s'est servi de vous pour entrer dans ce monde, nous avons besoin de vous pour être reçus dans le ciel ; et ce nous est un sujet d'espérance, puisque vous êtes une porte toujours ouverte à toutes sortes de personnes : Pervia cœli porta mânes. Les pauvres et les riches, les grands et les petits , les innocents et les pénitents ont entrée en la cour céleste, quand ils recourent à vous comme nous faisons dévotement , en vous disant : Ave , Maria.

IDEA SERMONIS

Exokdium . — Deus destinavit homini très habitationes , pro exercitio triplieis vitae : nempè sinum raatris, pro vegetativâ : hune mundum pro sensitivâ : paraùisum pro intellectuali : et quantô secunda antecellit primam, tantô tertia seeundam.

I. Punctum. — Considérât locum , societatem , et actiones beatorum. — I. Locus 1. est spatiosus. — II. 2. Purus. — III. 3. Ornatus. — IV. Societas beatorum gratissima. 1. Ob pulchritudinem corporum. —V. 2. Ob excellentiam animi. — VI. 3. Ob dominium animae

in corpus. — VII. Actiones beatorum, jucundissimse. 1. In intellectu , visio Dei.

VIII. 2. In voluntate , fruitio et adimpletio omnium desideriorum. — IX. 3. In memoriâ recordatio , et laus à Deo bonorum operum.

II. Punctum. — X. Ex iisdem considerationibus probetur peccatorem obstinatum immérité sperare beatitudinem. Ex 1. an qui toties peccavit, obtinebit locum, quem angélus unico peccato perdidit ? — XI. Ex 2. an coinquinatus audebit sociari beatis tàm puris, et

tàm sanctis? — XII. Ex 3. 1» An Deus voletne uniri in œternum animée tàm impurse ?

XIII. 2» An voluntatem contemnentium se faciet ? — XIV. 3" Quid laudabitur in peccatore cùm laus erit unicuique à Deo ?

Conclusio. — Quàm fœlix sors praedestinati !

383 Sermon XXXVIII.

Exorde. — Quelques disciples d'Aristote, considérant la grande diversité des actions que nous pratiquons en ce monde, ont osé maintenir qu'il y a trois âmes en l'homme : la végétative, la sensitive et la raisonnable. On n'a pas encore bien décidé ce point en philosophie; mais on tient pour tout assuré, que si l'homme n'a pas ces trois âmes en leur essence et forme spécifique, il les a en éminence; il en a toutes les vertus, les apanages et les propriétés; il en exerce tous les actes distinctement et en divers temps. A cet effet , le Créateur lui a destiné trois demeures pour l'exercice particulier de ces trois sortes de vies : le sein de sa Mère, le monde et le ciel empyrée. Dans le sein de sa Mère, il n'exerce quasi que la vie végétative, il se nourrit et croît comme les plantes : mais la nature le prépare à la vie sensitive ; elle lui forme des membres et des sens pour cela. En ce monde, il n'exerce bien parfaitement quasi que la vie sensitive ; il boit, il mange, il marche comme les animaux; mais la grâce le prépare à la vie intellectuelle : elle lui forme des facultés et des vertus pour cela; et, dans le ciel empyrée, il exerce la vie intellectuelle; il connaît, il contemple, il aime et il possède Dieu comme les anges; et comme la seconde demeure est incomparablement plus noble, plus commode et plus souhaitable que la première; le séjour de ce monde que le sein de sa Mère; ainsi la troisième demeure est incomparablement plus noble, plus commode et plus souhaitable que la seconde; le ciel empyrée que le monde.

Supposons donc qu'il y ait un enfant qui ait l'usage de raison dans le sein de sa mère, et qu'il y ait communication de pensée, et commerce de parole intérieure entre l'âme de cet enfant et celle de sa mère; la mère dirait à son enfant : Mon fils, le lieu où vous êtes maintenant n'est qu'une prison ; mais vous n'y serez pas longtemps , vous en sortirez quelque jour et vous entrerez en un lieu qui sera beaucoup plus grand, spacieux, plus beau, plus commode et plus agréable sans comparaison que le lieu où vous êtes ; maintenant, vous êtes logé à l'étroit et en ténèbres, dans un cachot; après votre naissance, vous serez au large et en la lumière, vous aurez vingt fois, cent fois, mille fois plus de place que vous n'avez ici ; vous vous promènerez dans des salles, des jardins, dans des prairies larges et spacieuses. Maintenant vous êtes tout seul, vous ne communiquez avec personne qu'avec moi; après votre naissance, vous deviendrez grand, vous serez en compagnie, vous converserez avec vos frères, qui sont nés devant vous, et avec quantité d'autres hommes. Maintenant vous ne faites rien, sinon que vous croissez et vous vous nourrissez bien imparfaitement, sans plaisir, sans sentiment , sans mouvement ; après votre naissance , vous aurez l'usage de vos sens , vous verrez un soleil qui est au ciel , de belles fleurs qui sont en des parterres , vous entendrez des musiques harmonieuses , vous sentirez des parfums , vous mangerez des viandes délicieuses, des fruits savoureux, doux, aigres et musqués de toutes façons. Si la mère disait toutes ces choses à son fils, il n'en croirait rien, il ne voudrait pas sortir de son cachot; il dirait qu'il n'est rien tel que de vivre au séjour où il est, que la demeure dont on lui parle est incertaine et douteuse;

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il appellerait mort ce que nous appelons vie, il appréhenderait les évanouissements et les autres accidents qui y arrivent, il aurait en sa naissance beaucoup de peine à quitter cette peau qui l'enveloppe , comme en la mort nous avons répugnance à quitter nos corps et nos biens ; il ne pourrait comprendre , et on ne pourrait lui bien expliquer ce que c'est que la lumière, le soleil, les fleurs, les prairies, et comme tout cela est fait; parce qu'il n'a rien vu de semblable, il penserait que tout ce que sa mère lui en a dit n'est que fable et amusement. Néanmoins, nous voyons que c'est pure vérité , et quand l'expérience ne le ferait pas voir, on le lui pourrait montrer par raison évidente, s'il avait tant soit peu de jugement, on lui pourrait dire : Si vous deviez toujours demeurer dans les entrailles de votre mère, à quel propos est-ce que la nature, qui ne fait rien en vain, vous formerait ces membres? s'il n'y avait point de lumière, de soleil, de fleurs ni de viande, de quoi vous serviraient les sens que la nature vous donne pour jouir de ces objets? de quoi vous serviraient vos pieds, votre langue, vos yeux et vos oreilles , si vous ne deviez jamais cheminer, parler, voir ni écouter?

L'Eglise, qui est votre mère, vous dit pareillement : Ce monde n'est qu'une prison bien étroite à comparaison du ciel , au sortir de laquelle vous serez reçu au ciel empyrée , qui est infiniment plus grand, plus beau et plus délicieux que la terre; vous aurez la conversation des anges et des esprits bienheureux , vous aurez la lumière de gloire, vous contemplerez Dieu en son essence, vous le verrez face à face , vous jouirez de lui , vous l'aimerez et le posséderez parfaitement. Cependant vous n'en croyez rien, et vous dites : Qu'est-ce que le ciel empyrée, les anges, la lumière de gloire et l'essence de Dieu? Vous vous imaginez que ce sont des contes de vieille, et néanmoins c'est la vérité môme ; et encore qu'on ne vous puisse pas bien expliquer ce que c'est, parce qu'il n'y a rien en ce monde qui en approche tant soit peu, cela ne laisse pas d'être vrai; et si vous aviez un grain de bon jugement, on vous pourrait montrer, par de puissantes raisons, que cela est: car vous avez un entendement qui a pour objet les choses purement spirituelles, dégagées de la matière; une volonté qui ne se remplit d'aucune chose bornée, qui est capable de l'infini; une inclination qui tend à une vie éternelle et permanente. Cependant il n'y a point d'objet purement spirituel en ce monde, point de créature infinie, point de vie éternelle; puis donc que la nature et la grâce ne font rien d'inutile, et qu'elles vous ont donné cet entendement^ cette volonté et cette inclination , il faut qu'il y ait pour vous une autre demeure que ce monde, un séjour auquel vos puissances puissent trouver leur propre objet et exercer des actions convenables à leur nature.

Je reviens donc à mon principe, et je dis que l'homme , au sein de sa mère , vit comme une plante, avec cela de plus, qu'il a quelque commencement de sentiment et de mouvement. En ce monde, il possède en perfection les sentiments et les mouvements qui sont propres à l'animal, avec cela de plus, qu'il a quelque commencement d'intelligence spirituelle et de contemplation. Dans le ciel, il vit , comme les anges , d'une vie intellectuelle et parfaite : Erunt

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sicut angcli Dei. Il sort du premier séjour, comme par faute de nourriture, mais plus fort de sentiment et de mouvement qu'il n'a été jusqu'alors; il sort du second séjour, comme par défaut de mouvement et de sentiment, mais plus vigoureux d'esprit et de raisonnement qu'il n'a jamais été. Son départ du premier séjour, nous l'appelons nativité; son départ du second séjour, l'Eglise l'appelle naissance : Natalitia Sanctorum, parce qu'il en sort pour entrer en un troisième lieu beaucoup plus spacieux, plus excellent et plus heureux que les deux autres.

Premier point. — Trois circonstances contribuent à la beauté et à l'agrément d'une demeure , si elle est spacieuse , bien nette , ornée et diversifiée. Un jardin, par exemple, est estimé quand il y a des allées bien larges et longues à perte de vue; quand il n'y a point d'ordures, de pierres, d'épines; quand il y a un bel émail de verdure et de fleurs, grande diversité de compartiments, de berceaux , de bassins et de palissades.

I. Il y a grande différence, ou pour mieux dire, grande opposition entre le vice et la vertu : le vice est un chemin large , battu et penchant, qui conduit dans un abîme, dans une basse fosse, étroite, obscure et incommode. Sainte Thérèse vit un jour la place qui lui était préparée en enfer, si Dieu, par sa miséricorde, ne l'eût préservée des péchés, où son naturel trop complaisant l'eût conduite. Elle nous donne sujet de nous représenter ce lieu comme un cachot, ou une armoire où l'on est enfermé, resserré, pressé et quasi écrasé, sans pouvoir se remuer tant soit peu , pour prendre quelque allégement, dans les ardeurs d'un feu très-cuisant et insupportable. La vertu, au contraire, est une montée et un sentier étroit et difficile à grimper; mais qui conduit à une demeure large, relevée, lumineuse, très-agréable, à un grand palais, à une maison de plaisance, à un jardin de délices et à un paradis céleste. Il semble que le prophète Baruch ne trouve point de paroles assez significatives, pour en exprimer l'étendue. 0 Israël, dit-il, que la maison de votre Dieu est grande ! que le lieu de son domaine est large et spacieux! qu'il est grand, sublime, immense, infini, sans bornes et sans limites : 0 Israël , quàm magna est domus Dei, et ingens locus possessionis ejus ! magnus est , non habet finem , excelsus et immensus (Baruch. 3, 24).

Les astrologues connaissent clairement et certainement la grandeur des étoiles que vous voyez au huitième ciel, en une nuit d'hiver bien sereine , et ils font voir, par des démonstrations évidentes , qu'il n'y en a pas une qui ne soit plus grande que toute la terre, et ils les distinguent en six différentes espèces. Celles qui sont de la première et plus remarquable grandeur, sont chacune cent et sept fois plus grande que toute la terre, et on en compte dix-sept; celles de la seconde grandeur, sont chacune quatre-vingtdix fois plus grandes que la terre , et il y en a quarante-cinq; celles de la troisième sont eoixante-douze fois plus grandes, et il y en a deux cent huit; celles de la quatrième sont cinquante-quatre fois plus grandes que la terre et on en compte deux cent soixantequatre; celles de la cinquième sont chacune trente-cinq fois plus

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grandes que la terre et il y en a deux cent dix-sept, les autres, qui sont de la sixième et dernière grandeur, sont dix-huit fois plus grandes que la terre; et le firmament où ces étoiles sont enchâssées a de circuit et de superûcie d'en haut, qu'ils appellent convexe , cinq cent millions de lieues françaises. Quelle admirable étendue, quelle large campagne, quelle longue carrière pour se promener! et toutefois le ciel empyrée est incomparablement plus grand : car d'autant qu'un globe céleste est plus haut, il est plus vaste et plus spacieux ; et, entre le firmament et le ciel empyrée, il y a deux sphères célestes, à savoir le ciel cristallin et le premier mobile.

II. En ce paradis céleste rien ne sera jamais reçu qui le puisse tant soit peu souiller ; les allées y sont nettes et brillantes comme le? perles orientales, comme l'or le plus affiné ; les murailles de ce grand palais sont de pierres précieuses : c'est l'Apocalypse qui le confirme : Non intrabit in eam aliquid coinquinatum ; ipsa civitas aurum mundum ; fundamenta mûri civitatis , omni lapide pretioso ornata (Apoc. 21, 18).

III. Tout ce bâtiment est émaillé d'une si agréable diversité qu'on ne se lasse jamais de la voir ; le soleil qui est si beau , qu'Anaxagoras ne se disait être en ce monde que pour le contempler; le firmament qui est marqueté d'une si belle variété d'étoiles, n'est que le marchepied des bienheureux, ce n'est que le pavé de leur séjour immortel. Si le pavé est si beau, si brillant, si éclatant et si diversifié, quel peut être le plafond , le lambris , quelles sont les murailles, les colonnes et autres embellissements?

IV. 1° Ob decorem corporum. Si le lieu est si délicieux, la compagnie l'est encore davantage ; car trois choses font qu'une compagnie est extrêmement agréable : la beauté des corps , la vivacité des esprits, la bonne grâce du corps et de l'esprit aux personnes qui y sont. En une assemblée , la seule vue de belles créatures vous charme, quoique vous ne leur parliez point; ce qui assaisonne un festin, c'est quand il y a quelque bel esprit qui fait des réparties ingénieuses sur-le-champ, des rencontres admirables, de petits contes innocents , qui réjouissent la compagnie ; au bal ou à la comédie, ce qui nous divertit, est de voir que l'esprit du danseur, ou de l'acteur, agite et manie adroitement son corps , qu'il en fait ce qu'il veut, qu'il le plie et le meut avec bonne grâce. Dans le ciel nous serons en la compagnie des saints, dont le corps , après la résurrection, sera doué d'une beauté ravissante. Vous êtes si curieuse de la beauté de votre corps , soyez-le comme il faut ; procurez-lui une beauté non passagère et périssable, qui se flétrit avec le temps, qui doit être la curée de la mort et des vers, mais une beauté permanente et parfaite.

Le prophète Isaïe dit qu'après le jugement la lune sera aussi lumineuse que le soleil Testa présent, et que le soleil sera sept fois plus lumineux et plus éclatant qu'il n'est pas : Erit lux lunœ sicut lux solis et lux solis erit septempliciter sicut lux septem dierum (Isai. 30, 26). Et le Fils de Dieu dit en saint Matthieu, que les justes brilleront comme le soleil : Justi fulgebunt sicut sol, in regno patris eorum (Matth., 13, 43) ; et en saint Marc, il dit qu'ils se-

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ront semblables aux anges : Erunt sicut angeli Dei (Marc. 12, 25). Le petit saint Celse voyant un ange en forme d'homme auprès de saint Julien, saint Valérien en voyant un autre auprès de sainte Cécile, et saint Romain un autre auprès de saint Laurent, en furent tellement ravis, qu'ils se convertirent à la foi sur-le-champ 'et voulurent endurer le martyre, par espérance de jouir pour toujours de la vue d'une si parfaite beauté. Que sera-ce d'en voir des millions en leur propre nature, d'une beauté si différente, que, selon la doctrine de saint Thomas, l'un n'est pas de même espèce qu'aucun autre.

V. 2° Ob eœcellentiam animi. Nous aurons la conversation des saints et des anges qui ont tant d'e=prit, de science et d'éloquence que les plus grands docteurs et les plus célèbres orateurs de ce monde , leur étant comparés , ne sont que comme des enfants et des villageois grossiers et ignorants.

VI. 3° Ob dominium in corpus. Nous serons en la compagnie des saints, qui seront si absolument maîtres de leur corps qu'ils en feront tout ce qu'ils voudront ; ils le pourront porter en un moment de l'orient à l'occident, du septentrion au midi , de la terre au ciel, du ciel sur la terre, comme bon leur semblera, aussi aisément que la pensée : Ubi volet Spiritus , protinùs erit et corpus , dit saint Augustin.

VII. Et que ferons-nous en un lieu si agréable , en si bonne compagnie? Des actions extrêmement délicieuses. En l'entendement, nous verrons Dieu, nous jouirons de lui. Quel contentement! quelle volupté 1 quelle souveraine béatitude!

Aristote dit, et il est vrai, que, pour avoir un grand plaisir, trois choses sont nécessaires : un excellent objet, une puissance vive et épurée et une liaison très-étroite entre l'objet et la puissance. Or, en cette délectation, l'objet est l'essence de Dieu, qui est l'assemblage de toute sorte de biens : Ostendam Ubi omne bonum. Imaginez-vous toutes les créatures possibles et concevables, dépouillezles de toutes leurs imperfections ; faites un précis et une quintessence de toutes leurs belles qualités, propriétés et perfections imaginables : Dieu est infiniment plus que tout cela, et ainsi quel contentement de jouir de cet objet! l'entendement qui en jouira est une puissance très-vive , très-active et très-épurée ; l'union qui sera entre Dieu et lui est la plus étroite liaison qui ait jamais été après l'union hypostatique , comme nous verrons bientôt.

VIII. Dieu ne sera pas seulement uni à l'esprit bienheureux , mais encore à la volonté , à toutes les puissances de Vàme raisonnable , à toutes les facultés de l'esprit : Cùm adhsesero tibi ex toto nie, jàm non erit labor neque dolor, dit saint Augustin. Et saint Grégoire de Nazianze (Orat. 15), décrivant la béatitude, dit que

C'est : ôstopia ty)ç ayiaç xal pacTiXixrjç TpiàSoç IXXafrrcoû<TY)ç, xal oVr^ oXwcûçvo'i

lAtyvuiJiévYK. La contemplation de la sainte et royale Trinité, qui éclaire l'âme et qui se mêle toute à tout l'esprit bienheureux; ainsi, tous les souhaits de la volonté seront accomplis, toutes les inclinations du cœur seront satisfaites et contentes.

IX. La mémoire sera satisfaite par la souvenance de nos belles actions passées , que Dieu racontera devant tous avec éloge : Laus

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erit unicuisque à Deo. Le neclar des âmes généreuses, c'est la gloire : vous prenez tant de plaisir à être loué des hommes, quoique vous ne sachiez pas si c'est par flatterie ou par sentiment de vérité qu'ils le font; vous n'y pouvez pas prendre un plaisir tout entier, parce que si vous consentiez à vos louanges ou si vous témoigniez les agréer, au lieu de vous estimer on se moquerait de vous. Dans le ciel , vous saurez que Dieu vous loue avec connaissance et sentiment de vérité, vous y pourrez contribuer, vous vous pourrez louer en Dieu sans danger de vaine gloire : In Domino laudabitur anima mea. En l'hébreu il y a : tithallel : laudabit se (Psal. 33, 3) ; car le verbe est en la dernière conjugaison, qu'ils appellent ithpël, et la règle dit : Ithpël, in sese factura reflexit agentis. Vous pourrez raconter vos louanges, et par conséquent votre plaisir ne sera pas à demi , mais entier et parfait : Gaudium vestrum erit plénum , et cela éternellement!

Voilà le grand mot qui ajoute un surcroît infini à tout ce qui est au ciel. Quand ce ne serait que le moindre festin , s'il durait éternellement , sans ennuyer ni dégoûter, il serait infiniment souhaitable. Que sera-ce donc que d'être en un jardin de délices, en une maison de plaisance, en comparaison de laquelle les Tuileries et les Fontainebleau de France, les Escurial d'Espagne, les Pratolin de Florence et les Belvédère de Rome, ne sont que de petites chaumines ! Etre en la plus honorable, délicieuse et agréable compagnie qui se puisse imaginer, être rempli et inondé d'un torrent de volupté en l'âme , au corps, en l'esprit, en la volonté et en tous nos sens et facultés! être assuré que ce torrent ne tarira jamais, que cette compagnie nous retiendra et fera passer le temps en tous les siècles, et que nous ne serons jamais chassés de ce séjour de délices : 0 sancta Sion! ubi totum stat , et nihil finit ! ô sacrum et felicem statut», ubi nec familiaritas contemptum, nec assiduitas fastidium, nec veritas odium parti ! ô beatam vitam in quà est perpétua flos juventutis qui non marcescit , décor pulchritudinis qui non tabescit , vigor sanitalis qui non hebescit! torrens voluptatis qui non arescit , ardor charitatis , qui non tepescit! Que la félicité des saints est agréable et assurée ! ils sont plus grands et plus proches de Dieu les uns que les autres , et cette dignité ne les rend point arrogants. Il y a différents degrés de béatitude et de gloire , et cette inégalité ne les fait point jaloux ; ils conversent toujours ensemble, et cette familiarité n'y engendre point de mépris ; ils nagent continuellement dans les délices , et.cette assiduité ne leur apporte point de dégoût ; ils connaissent clairement et se racontent à cœur ouvert ce qu'ils ont pensé, dit ou fait les uns contre les autres quand ils étaient au monde, et cette vérité ne cause point de division ni d'aversion parmi eux. Oh! que cette vie est heureuse, où il y a continuellement et à perpétuité une fleur de jeunesse dont la vivacité ne se flétrit point! une admirable beauté dont la splendeur ne se ternit point; une parfaite santé, dont la vigueur ne s'alentit point ; un torrent de volupté , dont la source ne se tarit point; une ardeur de charité, dont la flamme ne s'assoupit point ni ne diminue point. Quel malheur! quel tourment! quelle mort d'être privé d'une telle vie!

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Deuxième point. — X. Vous en serez privé, mon cher Auditeur, si vous ne vous privez des voluptés sensuelles; assurément vous serez exclus de cette béatitude, si vous ne changez de façon de faire. Les mêmes raisons qui vous montrent la grandeur dé cette gloire, vous font voir que, vivant comme vous faites, vous n'y oseriez aspirer. Considérez où vous serez au ciel , avec qui vous vivrez et ce que vous y ferez; et si vous avez le sens commun, vous direz : Etant vicieux comme je suis , je n'y dois pas aller, ce ne serait pas la raison. Premièrement donc, en quel lieu serez-vous dans le paradis? à la place d'un ange? Non , aucune àme ne sera reçue dans le ciel, que pour occuper la place qu'un ange a perdue par" sa faute. Saint Anselme et saint Bernard * le montrent évidemment et bien au long. Voici un précis de leur raisonnement. Le Créateur avait produit au commencement des siècles un très-grand nombre d'esprits angéliques, pour peupler la cité royale où il fait sa principale résidence, voulant qu'ils méritassent la vie éternelle et bienheureuse par des actes d'humilité , d'amour de Dieu et de soumission à sa grandeur souveraine. La troisième partie de ses anges ayant commis un péché mortel, Dieu les bannit du ciel et les condamna aux flammes éternelles, et voyant que, par ce moyen, il y avait plusieurs places vides parmi ces esprits angéliques, il appelle les hommes à la béatitude, pour réparer ces brèches et repeupler les hiérarchies célestes : Ut xdificentur mûri Jérusalem, implevit ruinas. Sur quoi saint Bernard dit : An indifferenter admittet homines, in illud beatiludinis templum , qui ne ipsos quidem Angelos indifferenter admisit ? Qualem putas honiinem esse oportet, qui repudiati locum angeli sortiatur? plané immunem ab omni iniquitate. Dieu recevra-t-il indifféremment en sa béatitude, toute sorte d'hommes, lui qui n'a pas reçu toute sorte d'anges? Celui qui n'a pas reçu en son cabinet toute* sorte de diamants, mais qui a choisi les* plus précieux, y recevra-t-il toutes les pierres d'Alençon et des mottes de terre? Celui qui n'a pu souffrir auprès de soi les anges qui avaient commis un seul péché , y souffrira-t-il des hommes qui en auront commis plus de cent? Y a-t-il quelque apparence de chasser du paradis un ange , parce qu'il a commis un péché , et vous y loger en sa place, vous qui en commettez sans nombre? C'est comme si un gouverneur de province ou de ville , ayant fait une seule lâcheté ou trahison, on lui ôtait son gouvernement, et qu'on mît en sa place un homme qui en aurait commis cinquante.

XI. Et avec qui serez-vous dans le ciel si Dieu vous faisait cette faveur? avec la Vierge, avec saint Joseph, avec saint Jean-Baptiste, parmi les saints Apôtres, les martyrs, les anachorètes ou les vierges. Vous serez reçu en leur compagnie , associé à leur gloire et participant à leurs joies. Qui vous ? un blasphémateur, un renieur de Dieu, un arrogant, un vindicatif? vous un disciple d'Epicure, un pilier de cabaret, un impudique parmi des saints qui ont été si dévots, si humbles, si patients, si chastes, si sobres, si charitables? Auriez- vous bien l'effronterie, seriez-vous bien si impudent, que d'entrer en leur demeure et vous mêler parmi eux? vous

1 Ansel., lib 1 , cur Deus homo, cap. 15; Bern., Serm. in Kal. Nov.

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une coquette, une affétée, une danseuse, une cajoleuse et une libertine, avec sainte Agnès, sainte Agathe, sainte Cécile ou sainte Catherine, qui ont été si chastes, si modestes, si retenues et si retirées? Vous savez bien que si vous ne devez aller qu'à des noces de village, vous voulez être bien couverte et bien ajustée, vous voulez porter votre belle robe ; et si votre mère ne veut pas que vous la preniez, vous lui dites : Je n'irai donc pas, j'aime mieux n'y pas aller que d'y paraître en cet état! Que se fait-il dans le ciel? Ce sont des noces que le Père éternel fait à son Fils et à ses favoris; c'est le Sauveur qui le dit en son Evangile (Matth. 22, 2) et saint Jean dans l'Apocalypse (19, 9) : Bienheureux est celui qui est convié aux noces de l'Agneau.

Vous ne voulez pas aller à des noces de village si vous n'êtes bien ajustée; vous pensez que votre âme qui est toute en désordre par vos passions déréglées, plus noire qu'un charbon , plus sale qu'un égout , sera reçue aux noces du Roi des rois? Y a-t-il femme de bien et d'honneur dans la ville qui voulût avoir toujours à sa suite une fille débauchée? Y a-t-il honnête homme au monde qui voulût toujours être en la compagnie d'un voleur, d'un traître ou de quelque autre méchant homme? et vous pensez que le Fils de Dieu fera cet affront à sa Mère , à sainte Reine, à sainte Marguerite et aux saintes vierges, de vous mettre à leur suite? Vous qui êtes une fille volage ou une femme débauchée , vous pensez qu'il fera ce déshonneur à saint Jean , à saint Etienne et à saint Martial de vous mettre en leur compagnie pour une éternité? Vous qui êtes un concussionnaire, un fourbe, un voleur du bien public et un Sardanapale ?

XII. Mais encore, que ferez-vous dans le ciel si vous y êtes comme vous l'espérez ; quel sera votre entretien et votre occupation? En l'entendement, vous verrez Dieu, vous jouirez de lui, vous le contemplerez face à face ; savez-vous bien ce que c'est que de jouir de Dieu ; c'est-à-dire que Dieu sera uni et conjoint à vous immédiatement. Les docteurs le savent , on n'en doute point en théologie ; en la vision béatifique il n'y a point d'espèce intellectuelle ni d'autres qualités qui servent d'entre-deux , et qui moyennent l'union entre Dieu et l'âme; il y a bien la lumière de gloire qui dispose, qui élève et conforte l'entendement bienheureux, pour le rendre capable d'une opération si divine; mais cette lumière de gloire, ni aucune créature ne sert de ciment ou d'agrafe à l'union qui est entre Dieu et l'âme; mais l'essence divine s'insinue et se glisse par elle-même en tous les plis et replis de l'esprit, elle s'applique et s'approprie, elle se lie et s'unit très-intimement, immédiatement et très-profondément sans l'entre-deux d'aucune créature ; Dieu accole et embrasse l'âme trè?-étroitement ; il s'enchâsse en elle, se colle à elle cœur à cœur, esprit à esprit et essence à essence. Oserez-vous bien loger ce grand Dieu si chétivement , si indignement et si salement durant une éternité tout entière? Si vous voyiez votre âme en l'état où vos péchés la mettent, vous verriez qu'il n'y a étable d'Augias, cloaque d'hôpital, ni sentine de galère si remplie d'immondices; et que l'essence de Dieu s'y joigne et enchâsse, non pas pour une heure, pour un jour ni pour un mois,

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mais pour des millions d'années, quelle apparence? Ecoulez un païen, il a plus de raison et de sentiment de piété que vous : Quis sit summi boni locus, quœris? animas, qui nisi sanctus ac purus est; Deum non capit (Senec, ep. 87); Voulez-vous savoir quel est le vrai lieu et le propre domicile du souverain bien ? c'est l'esprit ; si cette demeure n'est bien nettoyée, purifiée et sanctifiée, Dieu ne pourra pas s'y habituer; ce qui fait que saint Augustin lui dit : Virtus animœ meœ intra in eam, et coapta eam tibi, ut possideas sine macula et rugâ; grand Dieu, pour qui mon âme est créée, entrez en elle, accommodez-la, formez-la à votre façon, ajustez-la à votre divine essence : car vous ne la sauriez posséder si elle a quelque tache pour petite qu'elle puisse être. Et vous pensez que ce grand Dieu pour se montrer à vous et pour vous rendre bienheureux , se logera pour toujours en votre âme qui est un égout de péchés et d'ordure? quel aveuglement!

XIII. Et en la volonté , comme serez- vous disposé? Elle sera entièrement contente et satisfaite : Voluntatem timentium se faciet ; Dieu accomplira tous vos souhaits, il effectuera tous vos désirs, il fera à jamais tout ce que vous voudrez, il ne fera jamais rien de ce que vous ne voudrez pas : autrement vous ne seriez pas parfaitement heureux; car si quelque chose se faisait contre votre volonté, vous ne seriez pas content absolument ; et si vous étiez mécontent , vous ne seriez pas entièrement heureux , puisque la béatitude est un état parfait par l'assemblage de toute sorte de biens. Or, voyez s'il y a de la raison en vous , vous espérez que Dieu fera votre volonté en toute l'étendue des siècles, et vous ne voulez pas faire la sienne le peu de temps que vous avez à vivre? Quelle est sa volonté? Son Apôtre le dit (1. Thess. 4) : Hœc est voluntas Dei sanctificatio vestra ;la volonté de Dieu, c'est que vous soyez saints, que vous viviez chrétiennement, vertueusement et saintement. Vous voulez que Dieu accomplisse tous vos désirs une éternité tout entière et qu'il ne fasse jamais rien que ce que vous voudrez ; et vous osez faire toute votre vie ce qu'il ne veut pas, ce qui lui déplaît infiniment et ce qu'il abhorre au dernier point? est-ce avoir du jugement et de la raison.

XIV. Bref, en la mémoire , les saints auront la souvenance de leurs belles actions passées. La béatitude s'appelle gloire, parce qu'elle se donne comme une louange, une récompense et une couronne de gloire des actions vertueuses et héroïques : Laus erit unicuique à Deo. Dieu fera le panégyrique des saints , non en général seulement , mais en détail et de chaque saint en particulier, unicuique; il louera les apôtres de leurs travaux et les martyrs de leur patience; les religieux de leurs austérités et les vierges de leur pureté. Et qu'est-ce qu'il louera en vous? dira-t-il : Un tel était bien dévot, humble, sobre, patient, libéral envers les pauvres ou zélé pour les intérêts de Dieu? une telle fille était bien chaste et modeste devant les hommes, charitable, respectueuse envers son père et obéissante à sa mère? s'il le disait, ne serait-ce pas vous faire rougir, votre conscience vous dictant, et tout le monde sachant effectivement le contraire? C'est comme si en un bal ou quelque assemblée de la cour, le roi prenait par la main un gentilhomme

Le péché mortel nous prive des félicités du ciel. 397

qu'on saurait avoir commis mille lâchetés honteuses, et disait : Voici l'hercule de notre siècle , le plus vaillant homme de France , le cœur le plus brave qui soit au monde ; ce pauvre cavalier mourrait de honte s'il n'était stupide; on lui dirait que le roi s'est moqué de lui , qu'il en a fait un faquin, qu'il l'a exposé à la risée de tous les assistants. Mais si des raisons si puissantes et si évidentes ne vous persuadent pas , au moins que l'Ecriture sainte vous convainque.

Conclusion — Domine , lui dit-elle, quis habitabit in tabernaculo tuo ; aut quis requiescet in monte sancto tuo (Ps. 14, 1)? Mon Dieu ! dit le Prophète , qui sera reçu en votre sanctuaire , qui aura l'honneur de prendre son repos éternel en votre sainte montagne? Il répond : Qui ingreditur sine macula , et operatur justitiam. 11 déclare que deux choses sont absolument nécessaires; éviter le mal et faire le bien; s'abstenir du péché et pratiquer la vertu, l'un sans l'autre ne suffit pas : Quis habitabit? qui sera-ce de nous? qui aura ce bonheur? y a-t-il ici quelqu'un qui doive être ce bienheureux , ce bien fortuné et ce béni de Dieu. Si je savais qu'il y en eût un seul de cette compagnie, si je le connaissais, je m'estimerais trop glorieux de prêcher en sa présence , je tiendrais à grande faveur de contribuer tant soit peu à son avancement spirituel, je baiserais avec dévotion tout ce qu'il aurait touché, les meubles qui lui auraient servi et jusques aux pas qu'il ferait ; je souhaiterais avec passion d'avoir l'honneur de m'approcher de lui, je me jetterais à ses pieds, je les baignerais avec des larmes de tendresse, je ne pourrais cesser de le considérer, de le contempler, d'admirer son bonheur et de lui congratuler pour sa bonne fortune : c'est à vous de m'instruire , lui dirais-je , non pas à moi de vous enseigner ; parlez , et que je me taise , je ne suis pas digne de délier les cordons de vos souliers. Etes-vous donc ce béni de Dieu , qui devez être quelque jour au milieu des bienheureux? 6 l'heureux sort que vous avez rencontré ! heureux mille fois le sein qui vous a porté et les mamelles que vous avez sucées! Et qui est-elle cette heureuse mère, qui a mis au monde un prédestiné! heureuse la peine qu'on a prise pour vous élever! oh! qu'elle est bien employée! heureuse la terre que vous foulez aux pieds, il faudrait la joncher de fleurs , il faudrait tapisser les chemins que vous honorez de vos pas! heureux l'air que vous respirez! il faudrait l'embaumer de tous les parfums d'Arabie ; heureux le pain que vous mangez! il faudrait vous nourrir d'or potable , d'élixir de vie et de tout ce qui est de plus précieux dans les trésors de la nature ; et , que ne méritez-vous pas, vous qui êtes digne de Dieu : Invenit illos dignos se (Sap. 3). Bénie un million de fois votre vie sainte et vertueuse qui vous dispose à une telle gloire! bénie votre heureuse mort qui vous servira de porte pour entrer en la vie immortelle ! béni votre entendement qui verra quelque jour à découvert et face à face l'essence divine; votre volonté , qui aimera Dieu et jouira de lui dans toute l'étendue des siècles! bénie mille fois votre tête sur laquelle la sainte Trinité posera la couronne de gloire, en présence de tout l'univers! bénies et heureuses vos mains qui porteront à

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jamais des palmes, comme enseignes de vos victoires! bénis vos pieds et vos pas, puisque vous vous promènerez sur ces globes célestes en la compagnie des anges! bénis et heureux mille fois tous les membres de votre corps et les puissances de votre âme , qui seront percés et pénétrés , remplis et rassasiés de toutes sortes de délices, de joies, de gloire, de bonheur et de béatitude éternelle. Ce que je dirais à cette âme choisie si je la connaissais , je le dis à chacun de vous, Messieurs ; à vous , à vous, à vous, à tous ceux qui, par la grâce de Dieu, se feront violence pour sortir de l'état du péché, pour dompter leurs passions , garder les commandements et vivre selon les maximes de l'Evangile : Violenti rapiunt illud, violenti rapiunt illud. Dieu nous en fasse la grâce, auquel soit honneur, gloire, louange et bénédiction à jamais. Amen.

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