‹ Le missionaire de l'oratoireChapitre 79 sur 85 · SERMON LXI · texte numérisé non relu

SERMON LXI

CONTRE LES VAINS ORNEMENTS DES FEMMES, QUI SONT DES AMORCES DE LURRICITÉ.

Non mœchaberis .

Luxurieux point ne seras, de corps ni de consentement. (Exod., 20.)

Ce mot de consentement n'exprime pas seulement le crime de ceux qui convoitent volontairement le plaisir sensuel sans en venir a l'exécution; mais encore le péché de ceux qui consentent et qui contribuent à faire naître des mauvais désirs, ou des pensées impures et lascives aux autres; telles sont les femmes et les filles qui, par des ajustements vains et mondains et par des contenances étudiées sont des amorces de convoitise. Pour vous détourner de cet abus, je vous apporterai des raisons tirées, premièrement de la part de Dieu ; en second lieu , de la part du prochain; en troisième lieu, de nos intérêts propres. Quand le Sauveur parlant des vierges sous la métaphore des fleurs de lys, disait que le roi Salomon, en la magnificence de sa gloire, n'était pas si bien couvert que l'une de ces fleurs, il parlait principalement de vous, ô sainte Vierge ! car vous êtes ailleurs comparée à la fleur de lys entre les épines : Sicut lilium inter spinas; il dit que la fleur de lys ne travaille point pour se parer, mais que le Père céleste la revêt, c'est-à-dire que vous négligiez les ornements mondains et superflus; et néanmoins vous étiez douée, même au corps, d'une beauté très-parfaite ; beauté qui ne donnait point de mauvais désir comme celle des autres filles qui, pour cela, sont comparées aux épines : Inter spinas : sic arnica mca inter filias; mais qui inspirait la pureté à ceux qui vous regardaient, et qui leur faisait avouer, que même au corps et à l'extérieur, vous étiez pleine de grâce. C'est la qualité que l'ange vous donna quand il vous salua , par ces paroles, Ave, Maria.

IDEA SERMONIS

Exordium. — Deus diligenter observât vana ornamenta mulierum.

I. Punctum. — Ea improbantur argumentis, ex parte Dei : 1° Quia sic corripiunt Deum; 2» Mendacii arguunt; 3" De throno dejiciunt; 4» Et fiunt ei inimicae.

II. Punctum. — Argumenta ex parte proximi; 1» Scripturâ ; 2° Patribus; 3° Ratione.

III. Punctum. — Argumenta ex parte fœminarum, quia ex hàc superbiâ, oriuntur multa vitia; 1» Nempe indevotio, avaritia, prodigalitas , luxuria, invidia, ira, otiositas, scandai um.

Conclusio. — Ex D. Bern. considérât : 1» Undè venis; 2» Ubi sis; 3» Qu'> vadis. Disce à Tertulliano quœ ornamenta tibi conveniant.

Exorde. — Les vanités des âmes mondaines sont si décriées auprès de Dieu, qu'au dire du Prophète royal, il a en horreur et en abomination , non-seulement ceux qui les portent ou affectent , mais encore ceux qui les considèrent et qui les remarquent inutilement : Odisti observantes vanitates supervacuè (Psal. 30, 7).

Il dit exprès ceux qui les remarquent inutilement : supervacuè,

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parce qu'il n'est pas défendu de les considérer pour en admirer la folie, pour les mépriser, pour les reprendre, ni pour les condamner et corriger. Et de fait, lui-môme prend un grand soin de les remarquer très-particulièrement pour en condamner et châtier l'excès. On dit d'un prince de notre temps, qu'il n'y avait homme si hardi, qui ne tremblât quand il le fallait aborder, parce que quand on lui parlait, il regardait son homme si fixement, il le mesurait si attentivement depuis la tête jusqu'aux pieds, que s'il y avait la moindre chose à redire en ses cheveux, en ses habits, en son port ou en son geste, il ne manquait point de le remarquer. Tel est Dieu envers vous, mesdames, quand vous venez à l'église ou ailleurs, vous désirez passionnément d'être vues et vous vous ajustez à cette intention, vous êtes vues infailliblement, vous êtes regardées par des yeux que vous ne pensez pas; Dieu vous regarde si fixement, si attenlivement et si distinctement depuis la tète jusqu'aux pieds, qu'il n'y a cheveu en votre tête ni épingle à votre collet, qu'il n'y a plis en votre robe, ni petit mouvement en votre contenance qu'il ne voie, qu'il n'examine et qu'il ne remarque pour vous en punir s'il y a de la vanité.

David considérant la grandeur de la justice de Dieu et frémissant d'horreur à la vue de ses jugements effroyables, s'écriait tout hors de soi : Si iniquitates observaveris , Domine, Domine quis sustinebit? si vous remarquez de près nos imperfections, ô mon Dieu! hélas qui pourra subsister? Si vous entendez la propriété de ce mot observâre, c'est-à-dire , regardez de près, guettez ou épiez et vous ne trouverez point en toute la Bible que Dieu fasse cela à d'autre péché qu'à la vanité. Le saint homme Job lui disait : Scribis contra me amaritudines, et consumere me vis peccalis adolescentix mené : posuisti in nervo pcdem meum et observasti onincs semitas rneas, et vestigia pedum meorum considerasti (Job. 13, 26) : les péchés de son adolescence n'étaient pas des impuretés, car il lui dit même : Pepigi fœdus cum oculismeis, ut non cogitarcni de virgine; ni d'avarice, car il ajoute : Si comedi bucellam meam solus; ni d'autre semblable, comme il se voit au narré qu'il fait de sa vie : ce ne pouvait être que de petites vanités.

Ecoutez donc les menaces de Dieu et vous verrez comme il épie et remarque distinctement, jusqu'aux plus petites vanités des femmes, et qu'il ne les châtie pas petitement : Pro eo quod eleuata sunt filiœ Sion , et ambulaverunt extento collo , et nutibus oculorum ibant, et plaudebant, et composito gradu incedebant : decalcabit Dominus verticem fdiarum Sion, et Dominus crmein canon nudabit : in die illâ auferet Dominus ornamentum calceamentorum , et lunulas et torques, et monilia et armillas et mitras et discrimina lia et periscelidas et murxnulas et olfactoriola et annullos et gemmas in fronte pendentes, et mutatoria, et palliola et linteamina et acus , et spécula, et syndones , et vittas et tlicristra et erit pro suavi odore fœtor, et pro zona funiculus, et pro crispanti crine, calvitium; et pro fasciâ pectorali ciliciiim (Isaï. 3, 16). Parce que les filles de Sion s'en font accroire, et qu'elles ont marché la tête droite , qu'elles jetaient des œillades d'amourettes, plaudebant, en hébreu taphah, d'où vient le mot français de

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taffetas , qu'elles se plaisaient à porter des robes de soie traînantes sur la terre, et qui y font du bruit , qu'elles avaient leurs démarches composées, et leurs contenances étudiées, le Seigneur déchèvelera leurs tètes, et crinem, en hébreu pat, c'est-à-dire des cheveux qui sont aux extrémités. JSudabit, le Seigneur leur arrachera leurs moustaches, il leur ôtcra l'ornement de leurs souliers et les agrafes d'argent, les colliers et les bracelets, les voiles de toile de lin et les rubans, periscelidas , les jarretières, les chaînes d'or, les pommes de senteur, les pendants d'oreille, les anneaux et les perles; et rnutatoria , il leur ôtera les robes de parade et les petits manteaux, les mouchoirs de col, poinçons de tête, les miroirs, le beau linge et les coiffes ; au lieu de parfums, elles auront la puanteur; au lieu de ceinture et demi-ceint, elles auront une corde; au lieu de cheveux frisés, elles auront la tête pelée; au lieu de mouchoir de col , elles seront couvertes de cilices.

Premier point. — 1° S'il dit cela à des femmes israëlites, auxquelles il avait coutume de promettre des grandeurs et des félicités temporelles pour récompense de leur vertu , combien plus aux femmes chrétiennes qui sont obligées par leur profession à mépriser la gloire du monde, et honorer les opprobres de Jésus-Christ? aux femmes chrétiennes, auxquelles saint Paul dit de la part de Dieu : Glorificate, et portate Deum incorpore vestro{\. Cor. 6, 20). Voyez comme parle l'Apôtre, in corpore, et non pas seulement in anima; au lieu de porter Dieu en votre corps, vous y portez la pompe du diable , c'est saint Chrysostome (homil.) qui le dit : Circa margaritarum cultum insania est , et pompa satanica. Glorificate Deum, vous le déshonorez; car friser vos cheveux, farder votre visage, monter sur vos patins, c'est vouloir corriger l'ouvrage de Dieu ; c'est le reprendre de manquement, en un mol, c'est lui dire : Vous ne m'avez pas bien faite , il faut que je me réforme ; vous ne m'avez pas faite assez grande, assez vermeille, ni assez agréable aux hommes , et je veux faire mieux que vous. Tous les Pères de l'Eglise conspirent unanimement à exagérer l'attentat que vous commettez, voulant ainsi taxer l'Auteur de la nature; tous s'en plaignent quasi en mêmes termes, ce qui montre que c'est le même esprit qui parle par divers organes : Saint Cyprien {de habitu virginum) , Tertullien {de cultu fœmin. cap. 5), saint Chrysostome homil \,in\. Timoth.) et saint Augustin (Aug. ser. 247 ,'de temporë).

Saint Cyprien dit : Si un excellent peintre avait fait un tableau, s'il avait appliqué la dernière main, et qu'un autre ouvrier moindre que lui vint appliquer de nouvelles couleurs, et y faire d'autres linéaments, n'offenserait-il pas le premier peintre? ne le mettrait-il pas en colère? ne serait-ce pas le censurer d'avoir mal fait ce tableau ? Vous savez qu'Appelles étant mort avant qu'il eût achevé un tableau qui devait être le chef-d'œuvre de son art; vous savez, dis-je , qu'il n'y eut pas un seul peintre en tout le monde si hardi que d'entreprendre ou de continuer cet ouvrage, quelque récompense qu'on lui promît : et vous êtes si téméraire que de vouloir réformer en vous l'ouvrage que Dieu a achevé, comme s'il n'avait

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pas su l'accomplir : Opus Dei est omne quod nascitur, diaboli verô guodcumguc mutatur. Et Tertullien dit au traité qu'il a fait de l'ornement des femmes : Qui est-ce qui a pu enseigner aux hommes à altérer leurs corps, que celui même qui les a portés à défigurer leurs âmes? Satan désire en cela faire violence à Dieu , le braver et gâter tout son ouvrage ; il ne se contente pas de souiller votre âme par l'iniquité , il veut encore changer votre corps par ces déguisements '".

Ce visage de chair est la créature de Dieu , ce visage de fard et de plâtre est l'ouvrage du diable. N'est-ce pas bien offenser Dieu, que d'ajouter à son ouvrage les traits de son ennemi? Vous ne changez pas seulement l'œuvre de Dieu , dit le même Tertullien , mais vous le gâtez et corrompez.

2° Le vif argent et les autres essences qui entrent en la composition du fard, minent petit à petit le cerveau et offensent les organes de l'esprit 2. Notre Sauveur dit en l'Evangile : Vous ne sauriez faire changer de couleur à un seul de vos cheveux : Non potes unum capillum , album facere, aut nigrum (Matth. 5, 36); personne ne se peut faire plus grand qu'il est , de la moindre coudée. Cependant comme si vous vouliez démentir celui qui est la vérité même, vous dites : Je ferai , j'ajouterai à ma grandeur, je me rendrai de plus haute taille avec des patins , je ferai que mia chevelure change de couleur, de noire je la rendrai blonde, par invention de poudre, et tout cela à quelle intention? Ce n'est que par vanité, dites-vous, pour être agréable au monde, c'est-à-dire en bon français, que vous voulez occuper le trône de Dieu, le bannir de son 'siège et vous loger en sa place.

3° Le plus auguste trône, le séjour le plus délicieux que Dieu puisse avoir en terre, c'est le cœur humain, l'unique tribut qu'il reçoive des hommes pour tant de bien qu'il leur fait , est que nous pensions à lui , que nous admirions ses perfections', que nous remplissions notre cœur de son amour; et vous lui voulez ravir cette gloire, le priver de ce contentement, vous prétendez qu'on s'occupe de vous, qu'on pense à vous et qu'on vous admire; vous voulez qu'on vous aime, et qu'on vous loue , au lieu de penser à Dieu , de l'admirer, de l'aimer ou de le louer, et cela lors même qu'on est plus obligé et porté à ce faire. Tous les péchés mortels font la guerre au Tout-Puissant; mais tous les autres lui donnent quelque trêve, font quelque suspension à leur hostilité, en certains lieux, en certains temps et en certaines occasions ; s'ils sont toujours en habitude, ils ne sont pas toujours en acte; aux bonnes fêtes dans les églises, es actions saintes : quel est l'avaricieux si insatiable, qui commette quelque usure, ou exerce un trafic au jour de

1 Quis corpus monstraret mutare , nisi qui et hominis spiritum malitiâ transfiguravit? ille indubilate ejusmodi ingénia concinanvit, ut in nobis quodammodb manus Deo inferret; quod nascitur opus Dei est, ergo quod fingitur, diaboli negotium est : Domini operis Satanae ingénia superducere quàm scelestum est (Tertul., de cultu fœmin., cap. 5 ; vel secundùm aliam édition, c. 3).

2 Detrimentum crinibus medicaminum vis inurit , et cerebro perniciem cujuslibet, etiam sinceri humons assiduitas référât (Tertul., de cultu fœmin., cap. 6; vel secundùm alios , cap. 4).

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Pâques? Quel est le meurtrier si désespéré qui voulût tuer dans l'Eglise? Quel est le voluptueux si effronté qui voulût avoir des pensées déshonnêtes en communiant? La seule vanité déclare la guerre ouverte à Dieu , le combat et le persécute , enseignes déployées, aux lieux, aux jours et aux actions les plus saintes; un jour de Pâques et de Noël, dans l'église, lors même que vous êtes à la sainte Table, votre vanité l'offense actuellement, expressément et plus outrageusement qu'en autre temps. La pompe de vos habits et votre sein découvert, distrait les assistants, ceux qui prient Dieu , ceux qui vont communier, ceux qui vous entendent en confession, ceux qui vous donnent la communion; elle les sépare de Dieu pour les appliquer à une carcasse.

Voilà un pauvre artisan, qui possible n'a pensé à Dieu de huit jours, qui a passé toute la semaine sans le prier, il ne garde que le dimanche pour ce faire : il vient à la messe à cette intention avec bonne volonté de prier Dieu attentivement; il vous rencontre à l'église, l'éclat de vos habits lui donne dans les yeux, lui remplit le cœur, lui dérobe sa dévotion ; et au lieu de s'occuper de Dieu , il s'occupe de la créature. Voilà un pauvre pécheur qui offense Dieu toute l'année , Jésus-Christ le supporte avec une patience incroyable, espérant sa conversion, il l'attend ici au Saint-Sacrement toute Tannée jour et nuit, avec une miséricorde ineffable : s'il le doit jamais gagner à soi, et posséder son cœur, c'est un jour de Pâques, ou à la sainte communion. Ce pécheur s'est disposé à cela, il s'est préparé et confessé à cette intention; il vient à la messe un jour de Pâques pour se communier, il vous rencontre dans la rue, ou à l'église ; il voit votre sein découvert , sa bonne résolution, qui est nouvellement éclose et tendre comme une fleur délicate, se flétrit au premier rayon de ce soleil, ou pour mieux dire de cette lune funeste; je ne parle pas de votre esprit, mais de vos vêtements, dont la mode change quasi aussi souvent que la lune; il vous regarde, il vous convoite, il commet un adultère en son cœur, il va communier indignement et recevoir son Créateur à sa damnation. Voilà un homme dévot et spirituel, qui, un jour de Notre-Dame, a beaucoup travaillé pour se recueillir; il a jeûné la veille , il s'est levé matin , il a fait oraison mentale , il a lu quelque livre spirituel , il vous trouve au confessionnal, à la sainte Table ou au sermon ; votre beauté et vos atours lui donnent dans les yeux, il a l'imagination vive et délicate : il faut que toute la matinée, au lieu de penser à Dieu, il s'emploie à combattre et à rejeter les mauvaises pensées qui lui viennent; car, enfin, les hommes sont des hommes et non pas des anges; pour chastes, spirituels, intérieurs, mortifiés et parfaits qu'ils soient , ils sont composés de chair et de sang, ils ont la sensualité, ils sont exposés aux tentations; et quand ce seraient des anges , je ne sais si en vous voyant, vous parlant et conversant avec vous, ils pourraient s'exempter de quelque passion; car Tertullien (de habitu mulier, cap. 2 ) et d'autres grands docteurs expliquant ces paroles de la Genèse (6) , où il est dit que les enfants de Dieu voyant la beauté des filles du monde , furent transportés d'amour pour elles , disent que ces paroles s'entendent des vrais anges du ciel , qui se sont damnés par une affec-

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tion déréglée vers les femmes. Tant y a qu'au moins c'étaient des hommes angéliques, si chastes, si sages, si modestes et si parfaits, qu'ils méritaient d'être appelés enfants de Dieu par excellence.

4° Mais c'est pour plaire au monde, être estimée, louée ou aimée, dites-vous, et saint Paul dit (Galat. 1. 10) : Si je me rendais agréable aux hommes , je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ; et saint Jacques dit (4, 4) , Celui qui veut être ami du monde, se rend ennemi de Dieu; et Jésus-Christ dit : Malheur quand les hommes vous loueront (Luc. 6, 26). Il faut que je confesse que ces passages me mettent en peine de mon salut, quand je les rumine attentivement ; je trouve que cet office de prédicateur est une des plus dangereuses fonctions qui soient en l'Eglise de Dieu. Car je dois tâcher de vous profiter par mes prédications ; et à peine ces prédications vous profiteront-elles si vous les entendez à regret: or, vous les entendez à regret si je ne gagne votre bienveillance ; je ne suis pas en votre bienveillance , si je ne vous suis agréable , et saint Paul dit que sije suis agréable aux hommes, je ne suis pas serviteur de Dieu. Jésus dit que c'est- un malheur à moi si les hommes me louent. Saint Jacques dit que si je veux être en la bienveillance du monde, je me rends ennemi de Dieu. Quelle pitié, mes Pères , quelle déplorable misère pour nous , si , pour agréer au monde et pour être loués des hommes, nous sommes aussi curieux, si nous avons autant d'attache et si nous perdons autant de temps à polir et orner nos discours, que les femmes à arranger et à ajuster leurs atours. Mon Dieu, vous me défendez de me rendre agréable au monde, c'est-à-dire aux vicieux, aux réprouvés et à vos ennemis , non pas aux gens de bien, non à vos serviteurs, non aux prédestinés , faites-moi la grâce de reprendre les vices avec tant de zèle , que je déplaise aux gens du monde; d'enseigner la vertu si chrétiennement et si apostoliquement, que je plaise à vos serviteurs.

Mais retournant à mon discours, à qui prétendez- vous plaire en vous accommodant avec tant de soin? Aux serviteurs de Dieu, ou bien aux gens du monde? De qui désirez-vous être estimée et louée? Tant s'en faut qu'un serviteur de Dieu vous prise et vous aime pour cela; qu'au contraire, il ne daigne pas vous regarder, il vous méprise, il vous blâme, il vous a en horreur, il prie Dieu tous les matins de lui faire la grâce de ne vous regarder point.

Visum fovendo contegat,

Ne vanitates hauriat. ;

Averte oculos meos, ne videant vanitatem. Et s'il vous regarde, s'il vous estime ou s'il vous aime parce que vous êtes brave, dès qu'il fait cela il n'est plus serviteur de Dieu. Saint Bernard ne voulut pas parler à sa propre sœur qui était venue de fort loin pour le voir, et dédaigna même de la regarder, parce qu'elle était trop mondainement vêtue. Vous ne«pouvez donc prétendre être admirée, louée ou aimée que des gens du monde; vous n'êtes donc pas servante de Jésus-Christ, vous êtes donc frappée de la malédiction qu'il donne en l'Evangile en ces paroles : Malheur à vous quand les hommes vous loueront? Vous vous déclarez donc son ennemie;

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et comment ne seriez-vous pas son ennemie lui causant un si grand dommage et en perdant tant d'âmes qui lui sont si chères et si précieuses? Vous n'avez pas mauvais dessein, dites-vous, pas la moindre tentation , vous aimeriez mieux mourir que de recevoir la moindre pensée impure. Oui, mais cependant par les attraits de votre piaffe (luxe), plusieurs en reçoivent, y consentent, y croupissent et se damnent.

Deuxième point. — Et partant, où est l'obéissance que vous devez à ce commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même? Où est la haine que nous devons porter au péché en tant que c'est l'offense de Dieu; et le péché qu'un autre commet, n'est-il pas offensé de Dieu , aussi bien que celui que nous commettons? Saint Dominique, les autres grands saints ne pleuraient-ils pas les péchés d'autrui aussi amèrement que les leurs? et si vous ne craignez le péché qu'en vous , n'est-il pas vrai que vous ne le craignez que pour l'amour de vous? Voyez, dit saint Augustin, que celui que vous perdez si aisément coûte cher au Fils de Dieu, puisqu'il a donné sa vie précieuse pour le racheter , et que cette vie adorable vaut mieux que cent mille mondes '?

Ce n'est pas votre intention que les âmes se perdent, dites-vous, il est vrai ; mais tant y a qu'elles se perdent à votre occasion et par votre faute. Pensez-vous être déchargée pour dire que ce n'est pas votre intention? Celui qui porterait du feu sans nécessité dans une grange pleine de paille, ou dans un arsenal plein de poudre à canon, et qui serait cause d'un grand incendie par sa négligence, serait-il excusé pour dire que ce n'était pas son intention ? Le juge ne peut-il pas condamner à la peine du fouet ou autre semblable, ceux qui , par leur négligence, s'exposent au danger de mettre le feu au voisinage 2?

2° La paille et le soufre ne sont pas si susceptibles du feu élémentaire , que le cœur humain l'est du feu infernal de la concupiscence; et vous portez en public, sans nécessité ni utilité, mais par pure vanité ce feu infernal, la piaffe mondaine , qui est, dit Tertullien : Naturalis invitator libidinis , un tison naturel. Qui ne voit que vous ne sauriez vous exempter de reproche et de punition pour tous les dommages et les péchés qui en arrivent? Saint Ambroise serait bien éloigné de permettre à une femme de se farder, de se parer et d'aller en quelque lieu que ce soit exprès pour être convoitée; qu'au contraire, il dit ces paroles très-remarquables, parlant d'une femme ou d'une fille chrétienne : Qu'elle ne se mette point en danger d'être vue, qu'elle soit toujours bien couverte, de peur que rencontrant par hasard quelque homme, elle ne soit cause de quelque blessure ou en lui , ou en elle 3. Notez, rencontrant par hasard : Fortuitis occursibus.

1 Quem vis contemnere pretium ejus attende , et cura morte Christi totum raundum appende (Aug. de verbis Domini).

2 Eos qui negligenter ignern habuerint potest fustibus ceedi , yel flagellis jubere (1. Nam salutem , et 1. Imperalores ff. de officio prœfecti vigilum).

3 Non facile vultus ejus adolescentis oculos incurrat, nuptiali velamine

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Vous allez exprès dans la rue, au bal ou à l'église , pour les rencontrer; et il ne se peut pas que les rencontrant même par hasard , vous ne leur donniez sujet de tentation? Une femme bien chaste et chrétienne ne sortira jamais de sa chambre et n'y laissera entrer personne qu'elle ne soit tout à fait habillée; cela n'est ni beau ni honnête de se montrer à un laquais, à un homme de chambre ou aux autres domestiques, ayant le sein, le col ou les bras découverts, non plus que de se baigner en quelque lieu où vous puissiez être aperçue ou entendue de quelque homme; ou même de donner à la vue des hommes la mamelle à un enfant, s'il n'y a un bon mouchoir de col non transparent, qui la couvre tout à fait, car soit que vous soyez blessée de mauvaises pensées, soit qu'un autre en soit blessé à votre rencontre, c'est toujours votre blessure, vous l'avez, faite par votre négligence et vous en êtes responsable , criminelle et partant punissable.

Saint Chrysostome passe bien plus outre : il dit que si vous vous parez mondainement pour attirer les yeux des hommes, encore que personne n'en soit touché, ne vous convoite et n'offense Dieu, vous ne laisserez pas d'être damnée, parce qu'il n'a pas tenu à vous, ce n'a pas été faute de bonne volonté, ou pour mieux dire de mauvaise volonté : Et si nullum pulchritucline sua potnerit vulnerare, dabit tamen extrema supplicia, paravit quippè virus, temperavit venenum (Chrysost., homil. 17, in Mat.).

3° Sa comparaison est une raison qui convainc. Yoilà un méchant homme qui détrempe du poison, il le met en votre bouillon ou en votre verre , il arrive par hasard que vous ne le prenez pas , ou que le prenant vous n'en êtes pas empoisonné , parce que vous avez un naturel fort et vigoureux, ou que vous avez pris du contrepoison le matin; il n'en est pas moins homicide, empoisonneur, ni coupable devant Dieu que si vous étiez morte. Vous détrempez du vermillon ou de la céruse pour vous farder, vous vous frisez ou découvrez pour amorcer le cœur des hommes, vous allez à l'église ou ailleurs à cette intention, personne ne vous y voit, personne ne hume de ce poison ; ceux qui vous voient n'en sont point blessés , parse qu'ils sont d'un naturel froid et attrempé, ou qu'ils ont pris de bonnes résolutions le matin en la prière, vous ne laissez pas d'être aussi criminelle que si vous les aviez vivement blessés. Il en faut dire autant des paroles déshonnêtes et des chansons d'amour, puisque Platon disait que le corps s'empoisonne par la bouche , et l'âme par les oreilles; on ne saurait croire le grand dégât que ces paroles impures font au salut des hommes, et néanmoins fort peu de gens s'en confessent comme il faut, fort peu en font conscience; il semble que ce n'e^ qu'un jeu d'enfant.

Si nous faisions bien notre devoir, nous devrions refuser la communion à ces bouches infâmes. Car quelle apparence de mettre le corps immaculé, le sang précieux de Jésus-Christ en ces sépulcres d'enfer et en ces bouches puantes, qui ne passent pas un seul jour sans se souiller de quelque impureté. Jésus-Christ dit en se plaignant :

tecta sit, ne vel fortuilis occursibus pateat ad vulnus vel alienum, vel suunr, sed utrumque suum vulnus est (Ambros., lib. 1. de pœnit., c. 13).

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Quœ utilitas in sanguine meo dùm descendu in corruptionem ? Il arrive souvent qu'une parole sale , lâchée inconsidérément, reçue en une âme qui est tendre à telles impressions, qui a l'imagination vive , qui a été immaculée jusqu'à présent, lui demeure au cœur, et opère de mauvais effets durant toute sa vie, et ils vous seront imputés; et s'il y a dix personnes en la compagnie, vous pouvez être cause de la perte de dix âmes. Et encore que cela n'arrive pas, vous ne laisserez pas d'en être coupable, parce que, comme dit saint Chrysostome, vous avez détrempé le poison, lancé la flèche et tendu le piège où plusieurs personnes se pouvaient perdre. Il en est de même des tableaux où il y a des nudités, des romans, des comédies et des autres allumettes de lubricité. Vx qui trahi tis iniquitatem, in vinculis vanitatis : malheur à vous qui traînez après vous un attirail de péchés par des liens de vanité, dit le prophète Isaïe (5, 18).

Troisième point. — I. Belle comparaison, quoique un peu familière ! que dites-vous, mesdames, d'un certain qui s'allait confesser à Pâques et qui disait : Mon Père, je m'accuse d'avoir dérobé un licol; le confesseur ne jugeant que ce qu'on lui disait, car il n'a droit de juger d'autre chose, n'en Gt pas autrement grande invective. Eh bien ! mon ami, il le faut rendre et ne plus faire ainsi ; ce n'est pas bien fait de dérober, poursuivez votre confession. Oui, mais il ne disait pas qu'au bout du licol il y avait un cheval attaché et qu'il l'avait dérobé. Sa confession était-elle bonne? ne se moquait-il pas de Dieu, de son confesseur et de soi-même? Vous riez de son impertinence; mais ne faites-vous pas de même? Vous dites à votre confesseur : Mon Père, je m'accuse d'avoir été trop brave; le confesseur qui interprète tout le mieux qu'il peut, pense qu'au plus, c'est un peu de vanité. Il ne vous dit rien, il vous fait passer outre. Vous dites ensuite de cela : Ce n'est pas mal fait d'être si brave, si c'était mal fait, mon confesseur m'en aurait réprimandée; vous confessiez le licol, mais non ce qui suit. Cette chaîne d'or, ce collet à tant de dentelles, c'est le licol; oui , le licol qui vous garotte et qui possible vous étranglera quelque jour; mais vous ne dites pas la suite? Vous ne dites pas que vous perdez les deux et trois heures entières à vous habiller et accommoder.

1° Indevotio. Que cela vous empêche de prier Dieu et de vous préparer à la communion, [vous remplit de distractions et de pensées volages en vos oraisons, que votre cœur est tout en vous et en votre beauté prétendue, et fort peu en votre Dieu et en sa bonté infinie?

2° Avaritia. Vous ne dites pas que si vous êtes fille, pour entretenir cette vanité, il faut dérober au père et à la mère , être cause qu'on en accuse les servantes; ou si vous êtes mariée, il faut que votre mari suce le sang des pauvres gens pour vous faire porter la soie, qu'il paie de refus et de menaces les tailleurs et autres créanciers?

3° Prodlgalitas. Que si vous êtes pauvre , vous vendez le vrai honneur pour le faux, vous vous abandonnez à ce fripon pour avoir de quoi entretenir cette piaffe? Si vous êtes riche, vous faites tant

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de dépenses par ces vanités, que vous n'avez pas le moyen de faire une bonne aumône, que vous laissez mourir le Fils de Dieu pour orner et pour nourrir une carcasse?

4° Luxuria. Que vous accompagnez cette vanité d'œillades attrayantes, de souris mignards, de contenances étudiées et de paroles libres? que par ces afféteries vous donnez espérance à de jeunes folâtres , de pouvoir obtenir de vous ce que vous n'accordez à pas un; et que vous êtes cause des mauvais desseins qui couvent longtemps en leur cœur?

5° Invidia. Que de jalousie quand vous regardez à l'église un tel ou telle qui vous semblent porter trop d'état, et que ne pouvant déchirer leurs habits, vous déchirez d'une dent canine leur réputation par envie? *

6° Ira. Que si on gâte tant soit peu ce collet, si une petite épingle y manque, que de malédictions, que d'injures au prochain?

7° Otiositas. N'est-il pas vrai de plus que cet ajustement vous est une tentation de vous présenter cinquante fois au miroir; de courir çà et là, aller aux églises en apparence pour prier Dieu, mais en effet, pour faire parade de votre beauté prétendue; que vous allez à votre confesseur en apparence pour recevoir de bons avis de lui , mais en effet pour vous faire voir?

8° Scandalum. Vous ne dites pas qu'encore que vous ayez moyen d'entretenir ce luxe, une autre qui est autant que vous et qui vous veut imiter n'a pas le moyen de le faire et d'aller de pair avec vous, que d'autres n'en veulent pas moins faire, et qu'ainsi par l'exemple de deux ou trois éventées, toute la ville ou le voisinage est en désordre ?

Conclusion. — Pour renoncer à toutes ces folies , servez-vous de trois considérations que saint Bernard vous donne : Considéra undè venis, et erubesces; ubi sis , et ingemisces ; quô vadis et contremisces. Considérez d'où vous venez, où vous êtes et où vous allez; si vous considérez où vous êtes, vous gémirez, et si vous considérez où vous allez , vous tremblerez.

1° Undè venis? Encore une fois, vous descendez de cette première Eve , vous avez hérité d'elle son sexe, sa faute et ses peines; la femme a été la porte par où le diable est entré au monde ; elle a donné le fruit défendu , elle a été la première prévaricatrice de la loi de Dieu '. La femme a porté au péché celui que Satan n'osait seulement aborder; elle a ruiné l'homme qui était H mage de Dieu ; elle a obligé le Fils de Dieu à mourir honteusement en croix ; et après ces fautes elle voudra piaffer! Pensez-vous n'avoir point de part aux attentats de celte femme? Hélas ! vous n'en sentez que trop les funestes effets , les incommodités de la grossesse, les douleurs de l'enfantement, l'assujettissement à un mari; sans doute que vous en avez encouru la coulpe , puisque vous en portez la peine.

1 Vivit sententia Dei , super sexum istum, in hoc sœculo, vivat et reatus necesse est (Tertul., de habitu millier um , cap. \).

06 'i Sermon LU.

Mais si le poché d'autrui qui vous incommode tant, ne vous humilie pas, souffrez au moins que vos propres péchés vous tiennent bas. Si vous dites que vous n'avez point de péché, vous ne dites pas la vérité, dit saint Jean : Si dixerimus quoniam peccatum non habemus, veritas in nobis non est (1 . Joan. 1, 8) ; et si ayant commis des péchés, vous n'en faites point pénitence, infailliblement vous périrez: Nisi pœnitentiam egeritis, peribitis (Luc. 13), dit Jésus. Et la pénitence pour n'être rejetée de Dieu, doit être accompagnée d'humilité, comme dit David : Cor contritum et humiliation Dcus non despicics (Psal. 50).

Et comment est-ce que le cœur contrit et humilié se peut former ou conserver dans ses habits fastueux : An Ma ingemiscit et plangit, oui vacat cultum pretiosae vestis assumere, nec indumentum Christi quod perdidit cogitare? tu licet vestes sericas et indumenta peregrina induas, nuda es auro, te licet et margaritis condecores, sine Christi décore, deformis es, dit saint Cyprien (de lapsis).

Si votre mari ou autre parent était mort, vous quitteriez les habits de couleur, vous prendriez le deuil. Vous avez perdu votre âme , elle est morte par le péché, vous en faites les funérailles par la pénitence, et vous êtes aussi brave que jamais? Cette mondanité de vêtements somptueux, est si contraire à la disposition que doit avoir une âme vraiment pénitente, que saint Charles Borromée défendait aux confesseurs de son diocèse, de donner l'absolution à telles gens; voici ses propres paroles : Qn'on n'entende point les confessions des femmes qui se servent de céruse ou de fard , qui ont des pendants d'oreilles , qui ont des ornements vains et mondains; et pour dire tout en un mot, quand elles n'ont pas des vêtements modestes ; vu qu'elles doivent se souvenir qu'elles se vont présenter au tribunal et jugement du Fils de Dieu comme des criminelles qui demandent humblement miséricorde et pardon de leurs péchés '.

2° Ubis sis. Est-ce là la contenance et l'habillement d'un criminel? Si vous pensez pleurer vos péchés, ne se moquera-t-on pas de vous, voyant sortir d'un même cœur les larmes et l'ambition des babits, dit saint Chrysostome (Chrysost., homil. 8, in 1. ad Timoth.).

El quand bien vous n'auriez jamais commis de péché, vous êtes en danger d'en commettre : vous êtes en un lieu plein de pièges et d'embûches , en une vallée de larmes , en une terre de misère : quelle apparence d'en échapper sans le secours du ciel? quel moyen d'en obtenir ce secours sans oraison, et à qui adresser votre oraison ainsi superbement parée? au Fils de Dieu? Si vous êtes du monde , tant s'en faut qu'il reçoive votre prière, qu'il la présente à

1 Mulierum confessiones non audiantur, quae cerussatae veniunt, quae fucis utuntur, quae ex auribus gestant monilia, quae levibus et vanis ornamentis aliisve similibus lascivis comptas accedunt , et ut semel omnia dicam , quae vestes modestas non habent ; cùm cogitare debeant quod an te tribunal et judicium Domini Dei sui se sistant , ac quasi peccatriccs misericordiam, et veniam suppliciter de eiisdem imploraturae venianl (Tract.de ratione admin. Sacr. conf'ess. apud Possevinum, lib. 3, Biblioth. Select., cap. 23).

Contre les vains ornements des femmes. 665

Dieu son Père, qu'il joigne sa requête à la vôtre; qu'au contraire en la plus longue , affectueuse et fervente oraison qu'il fait en la veille de sa mort, au mémento de son sacrifice non sanglant, à l'entrée du sacrifice sanglant , il dit expressément : Je ne prie pas pour le monde : Non pro mundo rogo (Joan. 17, 9); êtes- vous du monde; regardez bien, examinez- vous, ne vous flattez pas, il dit : Si vous étiez du monde , le monde aimerait ce qui est à lui : Si de mundo essetis , rnundus quod suum est diligeret. Le monde vous aime avec vos parures, et même c'est tout exprès pour cela que vous vous ajustez pour être aimée du monde, le monde aime ce qui est à lui, il vous aime; si vous êtes du monde, le Sauveur dit : Je ne prie pas pour le monde : Non pro mundo rogo , sed pro Us, quos dedisti mihi; de mundo non sunt sicui et ego non sum de mundo.

3° Quà vadis. Si vous êtes traitée si dédaigneusement en cette vie, qui est le temps de miséricorde, pensez ce que vous serez en l'autre, qui est le temps de sévérité et de justice; considérez où vous allez et vous tremblerez. Quelle crainte , quelle frayeur et quelles convulsions aurez-vous quand il faudra être présentée au tribunal épouvantable de Jésus-Christ. Oserez-vous bien paraître devant lui avec ce plâtre , ces cheveux étrangers, ces atours empruntés . Il ne vous reconnaîtra pas pour sienne, dit saint Augustin, il ne vous a pas faite comme cela; que lui répondrez- vous quand il vous fera voir qu'alors même , oui , en ce même temps , en cette même heure que vous serez devant lui, beaucoup d'âmes l'offensent par des pensées ou des actions impures , dont votre luxe a jeté la semence. Au Grand Miroir des exemples, il est dit qu'une dévote femme priait souvent Dieu de lui donner la lumière pour connaître ce qu'il y avait en son sexe , qui déplût davantage à sa divine Majesté, pour s'en contre-garder ; elle vit l'âme d'une comtesse , qui avait été son amie, entre les griffes des démons qui la tourmentaient horriblement; et comme cette pauvre âme fut traînée devant sa compagne vivante , elle s'écria effroyablement : Hé ! misérable que je suis, j'ai été chaste, sobre , aumônière , je ne suis damnée que pour ires vains ornements, par lesquels j'ai été pire que le feu d'enfer : ce feu ne brûle que les pécheurs et ceux qui lui sont proches; mes vanités ont allumé le feu de concupiscence au cœur des âmes saintes , et même de ceux qui me voyaient de loin?

Pour éviter tous ces désordres , suivez le conseil que Tertullien vous donne {de cultu fœrn., c. ultimo), prenez les ornements que les Apôtres vous fournissent, ou pour mieux dire, prier Jésus-Christ de vous les donner; c'est lui qui vous a faite et qui vous a donné l'être , c'est à lui de vous parfaire , achever et accomplir. Priez-le de vous donner l'écarlate de la charité, le lin de la pureté, le blanc d'une candeur et sincérité chrétienne , le vermillon d'une sainte pudeur, les pendants d'oreilles de la foi , et la docilité à la parole de Dieu , les perles et les unions d'une parfaite union avec tous vos prochains ; les diamants d'une généreuse constance contre les cajoleries de ces fripons impudents; les chaînes d'or et les colliers de l'obéissance à vos supérieurs, les bracelets des aumônes et œuvres de miséricorde : Taliter pigmentatx Deum habebitis

666 Sermon LXI.

amatorem. Etant si embellies, vous serez l'objet, non de l'amour folâtre de quelque homme écervelé , qui n'a intention que de vous perdre , mais de la complaisance, de la bienveillance et libéralité de Dieu tout-puissant , qui vous rendra bienheureuse à jamais. Amen.

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