DES EXCELLENCES DE LA VIRGINITÉ CONTRAIRE A LA LUXURE
Non mœchaberis .
Luxurieux point ne seras. (Exod. 20.)
Ce que le livre de l'Apocalypse nous disait hier des abominations du péché déshonnête, est, à mon avis, plus que suffisant pour le faire avoir en horreur môme aux âmes les plus déréglées; mais celles qui sont assises en bon lieu , doivent connaître la laideur et difformité de ce vice , par la beauté et l'excellence de la virginité qui lui est contraire; puisqu'on dit en philosophie : Que les contraires étant mis l'un auprès de l'autre et confrontés ensemble se reconnaissent mieux. En cette charge de missionnaire, je suis redevable à tout le monde, et je ne dois pas seulement tâcher de convertir les pécheurs, mais encore de sanctifier et perfectionner les âmes choisies, et particulièrement les vierges chrétiennes qui, comme dit saint Cyprien, font la plus illustre portion du troupeau de Jésus-Christ. Les récompenses qu'elles méritent par cette excellente vertu, sont des fruits de vos travaux, ô sainte et bienheureuse Vierge ! des effets de vos bons exemples, des productions qui naissent de vos influences. Le Prophète-royal a dit : Que toutes les âmes qui consacrent à Dieu leur virginité, se mettent à votre suite et se font vos filles d'honneur : Adducentur régi virgines post eam; et ce n'est pas merveille que les vierges qui sont anges de la terre, désirent de vous rendre hommage, puisqu'un ange du ciel et des plus relevés, a tenu à grand honneur de se prosterner à vos pieds , et vous dire, Ave, Maria.
IDEA SERMONIS
Exordium. — Virginitas comparatur lilio; et quatuor punctis consideramus ejus plantationem , irrigationem , cilturam, fœounditatem.
I. Punctum. — Pensât : 1° Quis plantaverit hoc lilium? beata Maria; 2» Ubi ? in eodem fundo quo Christus; 3» Quando ? in instanti Incarnationis ; 4° Quomodo? prseferendo hune florera maternitati diviute.
II. Punctum. — Irrigatus est sanguine sanctorum, patriarcharum , prophetarum et aliorum ordinum.
III. Punctum. — Cultura per studia doctorum. Monita sanctorum patrum , pro culturâ et conservatione virginitatis : 1» ex Aug. ut fugiant superbiam ; 2° ex Ambros. aspectus virorum; 3° ex Chrysost. avaritiam; 4° ex D. Thom. musica instrumenta.
IV. Punctum. — Fœcunditas : 1» Producit martyres; 2° Ordines religiosos; 3° Christum. Conclusio. — 1° Ad impudicos ; 2° ad virgines.
Exorde. — En ce beau livre de l'Ecriture qui, pour l'excellence de son style, s'intitule le Cantique des cantiques, le sage Salomon décrivant d'un air saintement délicat les chastes et divines amours de Jésus-Christ pour son épouse, pour montrer que l'affection qu'il porte à sa bien-aimée n'est pas seulement un amour de bienveillance, mais un amour de complaisance, il compare l'Eglise à un jardin fertile et agréable, et Jésus-Chrisl à un jeune prince qui se
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promène en son jardin pour s'y divertir, et se récréer par la vue et par la bonne odeur des fleurs : II or tus conclusus soror mca sponsa. En ce parterre spirituel, les tulipes sont les patriarches, les héliotropes sont les apôtres, les roses sont les martyrs, les œillets sont les prélats et les confesseurs, mais les fleurs de lys sont les vierges. Or, comme quand un grand seigneur se promène en son jardin, il regarde bien en passant toutes les fleurs, il se plaît à la bigarrure, à l'émail et à la belle variété de leurs couleurs; mais il s'arrête ordinairement auprès de celle qu'il agrée davantage, il la cueille pour la regarder de plus près, pour en contempler le teint, en admirer l'excellente beauté, en respirer la suave odeur et la porter en la main par plaisir ou par ornement.
Ainsi , quoique Jésus aime d'un amour infini toutes les vertus des âmes choisies, qui sont fidèles à son service dans la vocation où il les a appelées , si est-ce qu'il faut avouer qu'il a des regards plus fixes, des affections plus ardentes, et des complaisances toutes particulières pour la fleur de lys, c'est-à-dire pour la pureté et la vie angélique des vierges chrétiennes. Car, l'épouse parlant des autres fleurs, dit que son époux est venu en son jardin seulement pour les voir : Ut aspiceret si ((omissent (Cant. 6, 10) ; mais parlant des fleurs de lys, elle dit qu'il se plaît en elles, qu'il se repaît parmi elles, qu'il descend en son jardin pour les cueillir, les prendre en sa main, y arrêter sa complaisance, les mettre en son sein et au milieu de son cœur : Descendit in hortum suum ad areolam aromatum , ut lilia colligat , pascitur inter lilia (Cant. 6, 1). Le savant et dévot Esdras faisant oraison à Dieu, lui disait : Dominator Domine ex omnibus floribus orbis tu elegisti tibi lilium unum (4. Esdrae. 5, 24). Vous avouerez que Jésus a grand sujet de chérir ainsi particulièrement cette belle fleur, et vous en admirerez l'excellence, si vous pesez avec moi quatre circonstances, comme elle a été plantée, arrosée, cultivée et rendue féconde.
Premier point. — 1° Celle qui a planté cette fleur au parterre de l'Eglise , c'est la Mère de Dieu, c'est elle qui, la première, a déployé au monde l'étendard de la virginité, elle qui l'a consacrée à Dieu et qui s'est obligée de la garder par un vœu perpétuel. Le premier aiguillon qui nous incite à bien apprendre une leçon, c'est la qualité du maître qui l'enseigne, quand c'est une- personne excellente et relevée, dit saint Ambroise '. Philippe de Macédoine remerciait Dieu de ce qu'il lui avait donné pour ûls Alexandre le Grand; mais il le remerciait encore et d'aussi bon cœur/ de ce que son fils avait eu Aristote pour maître. Eu l'école de la pureté nous sommes sous la conduite, non plus d'Aristote, de Platon, de Socrate ou de saint Thomas, mais de la Mère de Dieu même.
Si la reine, par le consentement du roi et même par son commandement, devenait maîtresse d'école , et prenait la peine de faire la leçon à quelques filles, tiendrait-on pas à grand honneur d'être reçue en cette classe , d'être au nombre de ses écolières? il n'y aurait que les plus grandes dames, que les comtesses, les marquises ,
1 Primus discendi ardor, nobilitas est magistri (Amb.).
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les duchesses et les princesses qui auraient celle faveur; il est croyable que la doctrine ou le mélier qu'elle enseignerait, serait de "grande importance. La Sérénissime Reine des Anges, Impératrice du ciel et de la terre , celle qui est Epouse du Père, Mère du Fils, le Temple et le Sanctuaire du Saint-Esprit, qui a répandu au monde la lumière éternelle, qui a eu la conduite, la tutelle et la direction de Jésus-Christ, tient école par le consentement et l'inspiration de Dieu, elle fait leçon de virginité, elle enseigne une doctrine inconnue au monde" jusqu'alors, n'est-ce pas un grand honneur que d'être reçue en cette école? n'est-il pas croyable que les filles qui apprennent cette leçon, sont bien particulièrement chéries et favorisées de Dieu ? Et ne devons-nous pas conclure que la vertu de pureté est de très-haute estime, que cette belle fleur de lys est très-excellente et précieuse, puisqu'elle n'est plantée d'autre main que de celle de la Mère de Dieu?
2° Qu'elle est plantée au môme fond, au même terroir, au même corps; en la même âme, au même cœur et au même sein où est entré le Fils de Dieu, la fleur et le germe du Père éternel; au même lieu où est conçu Jésus-Christ, au même trône où il est assis; et qu'ainsi cette vertu est son avant-courrière, qui lui marque et lui prépare le logis; c'est la dernière disposition qui tapisse, qui orne et qui embellit le sein et le cœur de Marie , où Jésus doit être reçu et logé.
3° La première parole que Marie dit en tout l'Evangile,. la première et la dernière parole qu'elle dit en ce sacré colloque, en ce colloque de l'ange avec elle, en ce colloque où il s'agit d'une affaire si sérieuse, où on traite de l'incarnation du Verbe , du salut des hommes, de la rédemption du monde et de la sainte Mère de Dieu ; en ce colloque , dis-je, la première et dernière parole qu'elle profère , et quasi tout ce qu'elle dit, n'est que la virginité; en une rencontre si importante, en une occasion si avantageuse , en une ambassade si célèbre, quelles seront les pensées de cet esprit virginal , de cet esprit brillant et éclatant, angélique et transcendant? Que répondra cette Vierge si judicieuse, si sage, si adroite et si éclairée de Dieu , à un ambassadeur du Père éternel , qui vient du ciel tout exprès pour négocier avec elle la plus grande affaire qui ait jamais été? Ce nonce céleste est en suspens et attaché à sa bouche, les anges sont en silence et en attente; Dieu même est aux écoutes pour ouïr sa réponse; de quoi parlera-t-elle? de la conservation de sa virginité : Quomodô fiet istudl Et cette précieuse fleur est en si grande recommandation en l'esprit de Dieu et en l'estime de Marie, que pour la planter au monde, on retarde de quelques moments l'incarnation du Fils de Dieu. 0 Dieu ! si celte vérité était bien connue et pénétrée des chrétiens, ô qu'elle peuplerait de cloîtres? qu'elle remplirait de monastères en ce monde, et de places d'anges dans l'autre? Si on avait la lumière pour bien pénétrer cette vérité, serait-il possible qu'une âme voulût perdre sa virginité, je ne dirai pas pour quelque intérêt temporel , mais pour toutes les délices, les richesses et les félicités du ciel?
L'incarnation du Fils de Dieu est un mystère si grand , si auguste et si souhaitable, la vie de Jésus Homme-Dieu est une vie si
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chère, si précieuse, si noble et si divine, qu'un seul moment de cette vie vaut mieux sans comparaison que la vie de tous les hommes et de tous les anges, et que toute leur éternité; et toutefois, parla providence de Dieu, le mystère de l'Incarnation a été retardé pour planter la pureté au monde; le soin que Marie a eu de garder sa virginité a été cause que plusieurs moments de la vie que Jésus eût eue, ont été perdus; que la sainte humanité de Jésus n'a pas été si tôt créée, béatifiée et déifiée qu'elle eût été, l'ange n'est envoyé à la sainte Vierge que pour obtenir son consentement; si elle eût consenti à la première parole de cet ambassadeur céleste, l'incarnation eut été promptement opérée, et Jésus eut commencé à. vivre. Pourquoi diffère-t-elle d'acquiescer? Pourquoi retarde-t-elle une affaire d'une telle importance? dès la première fois que l'ange lui parle, il lui déclare assez que c'est la volonté de Dieu, que c'est l'incarnation qu'il traite, qu'il s'agit de la rédemption et du salut des hommes, que ce Fils qu'elle enfantera sera le Fils du Très-haut , qu'il s'appellera Jésus, et qu'il régnera es siècles des siècles. Il y a si longtemps que le monde soupire après ces mystères, que les patriarches et les prophètes crient et gémissent pour l'obtenir, que les hommes se plaignent du retardement de cette œuvre, qu'elle-même le désire avec ardeur et passion : Veni Domine : et noli tardare , utinam dirumperes cœlos et descend ères. Pourquoi tarde-t-elle elle-même de consentir à cette œuvre , qui ne dépend plus que de sa parole?
Saint Bernard lui dit que le ciel et la terre, les hommes et les anges, les vivants et les morts attendent sa réponse avec impatience; que Dieu même n'attend que son consentement pour opérer ce grand mystère1; pourquoi le fait-elle tant attendre? pourquoi nous fait-elle tant languir? pourquoi arrête-t-elle le cours d'une communication si souhaitée? C'est qu'elle est en souci de sa virginité; c'est qu'elle tremble au moindre soupçon de la perte de cette fleur de lys. Oui, mais l'ange connaissait son humeur : il savait son inclination , il ne pouvait pas ignorer l'affection qu'elle avait pour sa pureté; il pouvait bien prévoir quelle en serait en peine; d'où vient, qu'il ne l'éclaircit pas sur ce sujet dès la première fois qu'il lui parie? Dieu, qui sait tout, prévoyait bien qu'elle ne consentirait pas d'abord, qu'elle serait en peine pour sa virginité, qu'elle s'informerait de la manière, et que cela retarderait le mystère : c'est lui qui donne l'ordre à son ambassadeur; que ne commande-t-il à cet ange de résoudre la sainte Vierge sur ce point dès la première fois qu'il lui parle? de lui dire dès la première fois : Youi concevrez et enfanterez un fils; mais ce sera sans intérêt de votre virginité? C'est que Dieu veut que la sainte Vierge plante la fleur de lys au monde en ce moment précieux de l'incarnation , que la virginité de Marie soit annoncée à l'univers, au même moment que le sera
1 Ecce offertur libi pretium redemplionis nostrae, statim liberabimus si consentis ; responde verbum quod terra , quod inferi quod expectant et superi : ipse quoque omnium Rex ex Dominus : quantum concupivil decorem tuum, tantùm desiderat et responsionis assensum (Ber., Homil. 4. super
Missus).
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la venue du Messie. Si l'ange lui eut dit dès le commencement : Vous enfanterez Jésus sans intérêt de votre pureté, elle eut consenti aussitôt; mais elle n'eut pas répondu : Comment cela se ferat-il, vu que je suis obligée de garder ma virginité? Ainsi nous eussions bien su qu'elle eut été toujours vierge, mais nous n'eussions pas su qu'elle avait fait vœu de virginité; son humilité eut caché ce secret au monde. Non , non , Dieu ne veut pas cela , il aime mieux retarder le mystère de l'incarnation et la vie de l'Homme- Dieu ; il ne veut pas que son ange déclare à la Vierge, dès le commencement, par quelle voie cela se pourrait faire, afin. que l'amour qu'elle porte à sa pureté, lui fasse découvrir ce qu'elle eut caché par humilité ; afin que l'amour qu'elle porte à sa pureté l'oblige à répondre comment est-ce que cela se fera; afin que le monde apprenne de sa bouche virginale que celle qui est choisie pour être Mère de Dieu avait fait vœu de virginité ; afin que les hommes apprennent que ce vœu est très-agréable à Dieu ; que cette virginité a été si précieuse et si chère à la sainte Vierge, qu'elle Ta plus estimée que la maternité divine.
4° Elle a eu tant d'inclination , tant d'amour et de zèle pour cette fleur de lys , qu'elle n'a accepté le Fils de Dieu pour être le bénit fruit de son sein, qu'à condition de n'être pas privée de cette excellente vertu. Voyez de grâce votre peu de jugement; admirez votre imprudence et votre manquement ou d'esprit ou de foi ; vous perdez ce précieux joyau , vous faites naufrage de votre pureté pour un petit plaisir, pour une pièce d'argent, ou pour ne pas déplaire à un fripon? Et la vierge ne la voulait pas perdre pour être Mère de Dieu , Reine des hommes et des anges, et Souveraine du ciel et de la terre : car après que l'ange l'a assurée qu'elle serait mère de Dieu, mais que ce serait par l'opération du Saint-Esprit, et sans perdre sa pureté, elle répond : Je le veux bien , je consens que cela se fasse, mais selon la clause et condition portée en votre promesse et non pas autrement : Fiat mihi, mais secundùm verbum tuum; remarquez bien cette parole.
Deuxième point. — Cette belle fleur de lys étant apportée et semée sur la terre par une main si noble et si digne, qui est-ce qui refusera de l'arroser ou de la cultiver? Quand je me suis appliqué à feuilleter l'histoire ecclésiastique, j'ai trouvé que cette noble plante a été arrosée par le sang des plus illustres personnes qui aient jamais fleuri au monde ; que dans tous les états de l'Eglise militante les saints ont répandu leur sang pour la conserver dans sa beauté et dans sa fraîcheur; qu'en tous les Ordres des saints, quelques-uns, et des plus signalés, ont souffert le martyre et enduré volontiers la mort pour garder la pureté, ou pour l'avoir conseillée et persuadée aux autres, ou pour avoir voulu arracher du monde les orties de l'impureté qui étouffaient cette sacrée fleur.
En Tordre des Patriarches : saint Zaeharie, père de saint Jean- Baptiste, pour avoir rendu témoignage de la pureté de Marie, et assuré qu'elle était vierge nonobstant son enfantement , fut assassiné par les Juifs.
En l'ordre des Prophètes : saint Jean-Baptiste , le plus grand de
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tous , fut décollé par Hérode, pour l'avoir voulu retirer de l'adultère qu'il commettait avec sa belle-sœur.
En l'ordre des Apôtres : saint Pierre et saint Paul furent mis en prison, et enfin martyrisés, pour avoir persuadé la chasteté à deux courtisanes de l'empereur Néron.
En l'ordre des Evangélistes : saint Matthieu , pendant qu'il offrait à Dieu le sacrifice de la messe, fut lui-même sacrifié comme une victime de virginité par le commandement d'Hirlace, roi d'Ethiopie, pour avoir loué la pureté en sa présence, et persuadé à Iphigénie nièce d'Hirtace , de consacrer à Dieu sa virginité.
En l'ordre des Papes, saint Caïus fut martyrisé par Dioclétien, pour avoir encouragé sa nièce, sainte Suzanne, à garder fidèlement le vœu qu'elle avait fait à Dieu , de demeurer vierge toute sa vie.
En l'ordre des évêques : saint Stanislas, évêque de Gracovie, fut aussi immolé à l'autel, par la main sacrilège et impie du roi Boleslas; parce qu'il le reprenait de son impudicité qui scandalisait tout le royaume.
Saint Lambert, évêque de Liège, est massacré par le commandement d'Alpaïde , parce qu'il la reprenait aigrement de l'adultère qu'elle commettait avec le roi Pépin.
Autant en fit à saint Frédéric l'impudique et cruelle Judith, parce que le saint la reprenait de son mariage incestueux avec l'empereur Louis.
En l'ordre des Prêtres : saint. Gerbet est taillé en pièces en un village près d'Anvers, par les gens du roi d'Irlande, parce qu'il dissuada sainte Digne de consentir à la passion dénaturée de son père, qui la voulait épouser.
En l'ordre des Clercs : saint Ariol, prêchant à Milan l'obligation des ecclésiastiques à garder le célibat, contre l'hérésie des Nicolaïtes, fut cruellement martyrisé par les gens de Guy, archevêque schismatique : on lui coupa les oreilles , le nez, la lèvre d'en-haut, et la main droite ; on lui pocha les yeux, on lui arracha la langue par le gosier, et enfin on le décapita.
En l'état de Courtisans : les saints Nérée et Achilée sont bannis et puis massacrés par commandement de Domitien , pour avoir persuadé la virginité à leur maîtresse Flavie Domitille.
Quant aux saintes vierges qui ont arrosé de leur sang cette fleur, et qui ont préféré la mort à des mariages très-avantageux , elles sont sans nombre : sainte Agnès, sainte Agathe, sainte Suzanne, sainte Reine et sainte Marguerite, sont les plus illustres.
Troisième point. — Comme les martyrs n'ont pas épargné leur sang pour arroser celte fleur, les saints docteurs et prélats de l'Eglise n'ont pas épargné leurs sueurs, leurs travaux, leurs veilles et leurs fatigues pour la cultiver et la conserver. Si vous prenez la peine de feuilleter leurs livres, vous verrez que ce sont comme divers jardiniers, qui ont partagé entre eux le parterre de l'Eglise , qu'ils ont tâché de labourer chacun son carreau, et qu'ils se sont affectionnés à cultiver quelque fleur en particulier : les uns celle-ci, et les autres celle-là. Mais pour la pureté, tous conspirent à qui mieux mieux pour la cultiver : tous étudient avec passion a la con-
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server et provigner, tous contribuent leur esprit et leur science, leur plume et leur langue à louer et instruire les vierges. Saint Cyprien a fait un livre pour leur apprendre comme elles doivent vivre et se vêtir; saint Ambroise a l'ait des livres à la louange des patriarches; Tertullien en a fait pour encourager les martyrs; saint Chrysostome a composé des livres du sacerdoce, pour l'instruction des prêtres ; saint Augustin en a fait pour les gens mariés.
Mais tous les docteurs unanimement ont composé des homélies ou des épîtres , des livres ou des volumes entiers à la louange de la virginité et pour l'instruction des vierges ; saint Ambroise a fait trois livres des Vierges; saint Augustin un livre de la Virginité; saint Basile un livre de la Virginité; saint Grégoire de Nyssè de la vraie et incorruptible Virginité; saint Chrysostome un livre de la Virginité; Tertullien un livre pour montrer aux vierges qu'elles doivent être voilées , et un autre de la Virginité.
1° Faisons, s'il vous plaît, une maison rustique toute spirituelle, et faisons un petit abrégé des principaux avis que ces jardiniers sacrés ont donné pour cultiver, pour conserver et pour provigner cette fleur. Saint Augustin dit ' que la fleur de lys étant une des plus hautes fleurs des parterres, est plus exposée au vent, et par conséquent qu'elle doit jeter de plus profondes racines; autrement elle tombera et se pourrira. La virginité étant une des plus éminentes grâces de l'Eglise, est plus sujette à être agitée par le vent de la vanité, et si elle n'est bien enracinée et fondée dans l'humilité, tôt ou tard elle sera renversée. Si toutes celles qui ont perdu l'honneur, examinent de près leur conscience, elles trouveront que la principale cause de leur chute, c'a été le manquement d'humilité, c'a été la présomption , l'ambition ou la vaine gloire. Quand l'Ecriture veut dire qu'une fille a perdu sa virginité, elle dit qu'elle a été humiliée , parce que Dieu permet que cet accident lui arrive pour l'humilier, et la tenir bas.
Saint Augustin cite à ce propos cette parole du Saint-Esprit : Quantô major es , humilia te in omnibus :et coram Deo invenies gratiam. Mensura humilitatis unicuique data est ex mensurâ, rnagnitudinis ; plus vous êtes éminente en la virginité du corps, plus vous devez être abaissée en humilité d'esprit. Et ce grand saint dit que vous pouvez et devez préférer l'état de la virginité à celui du mariage; mais que vous ne devez jamais vous préférer à aucune femme mariée, parce qu'elle a peut-être quelque autre don, qui la rend plus recommandable que vous; peut-être qu'elle est disposée au martyre et que vous ne l'êtes pas ; elle est peut-être ornée de plusieurs vertus, qui, étant moins précieuses en leur qualité , sont plus chères et estimées à cause de leur quantité.
Entre les âmes chrétiennes, dit saint Augustin , les unes ont fort peu de grâces, mais elles sont excellentes et héroïques, d'autres ont des vertus moins excellentes, mais elles sont en grand nombre ; l'argent n'est pas si précieux que l'or, mais grande quantité de pièces d'argent valent bien une pièce d'or. Et quand cette femme mariée ne serait éminente en aucune autre vertu , si elle est bien
1 August., c. 31. de sanctd rirginitate.
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humble, elle est au-dessus de vous; son humilité est plus agréable à Dieu sans virginité, que votre virginité sans humilité, dit saint Bernard.
Encore que vous soyez vierge , non-seulement vous ne devez pas vous préférer en votre cœur à aucune femme mariée, non pas même à aucune des fdles qui ont perdu leur honneur par un consentement exprès au péché, parce qu'outre que peut-être elles sont déjà relevées et plus agréables à Dieu dans cette humiliation où le péché les a plongées, que vous dans la présomption et dans l'esprit de vanité où votre pureté vous a mise. Outre cela , dis-je, il vous faut considérer avec saint Augustin, que si vous n'êtes pas tombée comme les autres, ce n'est pas que vous soyez plus forte, ou plus généreuse que les autres, mais c'est que par la pure miséricorde de Dieu vous n'avez pas été tentée si fortement que les autres, ou que vous avez été assistée d'une grâce plus efficace et plus puissante que les autres : Quidquicl mali, ipso custodiente, non committitis , tanquam remissum abillo deputate, etc., de viribus vestris eœpertis cavete ne inflemini, de inexpertis orale nesuprà quàm potestis ferre tentemini. Existimale aliquos in occulto superiores quibus estis in manifeste meliores : cogitate sponsum vestrum cequalem Patri , subditnm Matri, in cœlis dominantem, in terris servientem , creantem omnia, creatum inter omnia. Pensez que Dieu vous a pardonné tous les péchés que vous n'avez pas commis, car vous les eussiez commis s'il ne vous eût tenu par la main ; ne vous enflez pas du passé et craignez l'avenir, car si vous avez été éprouvé, et que vous n'ayez pas succombé , c'est un effet de la miséricorde de Dieu dont vous n'avez pas sujet de vous élever; et si vous n'avez pas encore été éprouvé , vous avez sujet de vous défier de vous et de prier Dieu qu'il vous fasse la grâce de n'être pas tentée au delà de vos forces. Pensez que plusieurs sont meilleures que vous en l'intérieur et devant Dieu, qui sont moins que vous en l'extérieur et devant le monde. Souvenez-vous de l'humilité de votre Epoux , il était égal à son Père et se rendait sujet à sa Mère ; il régnait au ciel et il était humble sur la terre ; il commandait aux anges et il servait aux hommes; il était créateur du monde et il a voulu être créé dans le monde. Souvenez-vous que le Sage a dit: Que personne ne saurait être continent si Dieu n'en donne la grâce, et que le Prince des Apôtres a dit : Que ce n'est qu'aux humbles que Dieu communique sa grâce : Superbis resistit, humilibus dat gratiam; que ce n'est pas assez de vouer votre corps à Jésus, mais que vous devez aussi livrer votre /sprit à son esprit. Or, l'Esprit de Dieu ne se repose point sur un esprit superbe et arrogant, non plus qu'il ne peut habiter dans un corps impur et sensuel : car le même Dieu qui a dit en la Genèse : Mon esprit ne demeurera pas en l'homme, parce qu'il est charnel ; le même Dieu a dit par Isaïe : Sur qui reposera mon Esprit, sinon sur une âme humble et craintive?
Bref, l'humilité est une vertu si nécessaire à la conservation de la virginité , que saint Augustin ayant entrepris de composer un livre entier en faveur de la virginité, de cinquante-six chapitres qui sont en ce livre , il n'en emploie que vingt-six à louer la vir-
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ginité, et aux autres trente chapitres il ne parle que de l'humilité.
2° Saint Ambroise, père spirituel de saint Augustin , nous donne un autre avertissement de très-grande importance pour la conservation de cette fleur. Il dit qu'il la faut enfermer d'une haie, l'entourer d'une forte clôture pour en empêcher les approche?. Le lys de nos jardins est une fleur si frêle et si tendre , que si elle est tant soit peu maniée, elle se flétrit incontinent. La chasteté est encore plus tendre , elle se ternit et perd son lustre , non-seulement par la moindre touche, mais par la moindre affection : avec un peu d'attache, par de petites privautés, par de simples baisers de qui que ce soit. Je dis deux fois de qui que ce soit, et je le voudrais dire cent fois, afin que vous ne me disiez pas : C'est un homme de bien, il est si dévot et si spirituel, il n'y pense point de mal et n'a pas mauvaise intention, c'est mon cousin-germain , mon beau-frère ou mon propre frère; c'est, dites-vous, ma compagne de même sexe que moi? N'importe qui que ce soit, votre cœur en est souillé!
La pureté de votre âme, est comme une glace de Venise, c'est comme ce beau miroir où vous vous regardez si souvent. Dieu veuille qu'en le regardant vous vous souveniez toujours de cet avis que je vous donne : si on le touche tant soit peu , si on le baise, si quelqu'un en approche son haleine, qui que ce soit, soit homme, soit femme , soit fille , soit petit garçon, cela ternit son éclat. La chasteté est encore plus délicate que ce miroir, et que la fleur de lys; elle se ternit encore par la seule hantise ou la conversation, et même par la simple parole des hommes. Une vierge qui veut être bien pure , en doit éviter la rencontre, et encore plus les cajoleries, les flatteries, les discours de railleries et les conversations particulières : Sicut lilium inter spinas. Elle ne se doit pas laisser approcher d'eux plus qu'une fleur au milieu des épines; elie leur doit être extrêmement sauvage; c'est une sainte et louable civilité en ce point. C'est le propre des vierges de trembler et de s'effrayer aussitôt qu'un homme leur parle, dit saint Ambroiseï'. Notez, omîtes, il ne dit pas de trembler seulement à la parole d'un folâtre, d'un fripon, d'un éventé ou d'un impudique; mais, omnes, à la parole d'un homme sage , modeste, vertueux, spirituel et descendu du ciel , si elle est seule à seul.
Saint Bernard dit que les filles qui sont véritablement vierges, sont craintives comme des colombes , qu'elles tremblent incessamment comme la feuille fait sur l'arbre ; et pour éviter ce qui est à craindre, elles craignent même ce qui n'est pas à redouter 2. Cette sainte fille dont Sévère Sulpice fait mention en la vie de saint Martin , était une vraie vierge, une vraie fleur de lys entre les épines, qui, pour conserver en son entier la belle blancheur de sa pureté, s'était faite une haie de sa propre cellule. Saint Martin , de qui les visites étaient recherchées par les empereurs, la voulut visiter : elle
1 Trepidare virginum est et ad omnes viri ingressus pavere, omnes viri affatus \ereri (Ambros., lib. 2, in Luc).
2 Soient virgines quae verè sunt virgines, semper esse pavidac et ut cavenda fugiant, etiam tuta pertimescere (D. Bern., in illud : Quœ cum audisset turbata est).
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]e pria de l'en dispenser, de peur que d'auires ne voulussent faire de même après lui : il prit ce refus de très-bonne part, et loua fort sa modestie.
3° Saint Chrysostome, de son côté , donne un troisième avis fort utile et nécessaire; il dit qu'il faut avoir grand soin de préserver la fleur de lys de la morsure et du ravage des taupes; si cet animal ronge une fois la racine de notre fleur, elle sèche sur le pied , et perd toute sa vigueur. La taupe est le symbole de l'avarice, parce qu'elle est tout ensevelie dans la terre; elle est tout entourée de la terre, elle ne touche , elle ne sent et elle ne goûte que la terre , ou les choses terrestres. La racine des fleurs spirituelles, c'est l'intention : si l'avarice corrompt l'intention de votre pureté, elle perd son lustre et son mérite. Si vous ne gardez la virginité que pour des intérêts temporels, que par des prétentions basses et terrestres, que pour être plus riche, ou pour n'avoir personne qui vous commande , pour être votre maîtresse toute votre vie , pour éviter les incommodités du mariage, ou pour ne pas trouver un parti si bon et si avantageux que vous désireriez, cette virginité n'est pas de grande valeur devant Dieu; il la faut garder par des intentions chrétiennes, parce qu'elle est agréable à Dieu; parce que Jésus a été vierge, parce qu'elle vous rend plus conforme à sa Mère, afin de ne diviser pas votre cœur entre Dieu et un mari temporel, afin que Jésus seul le possède tout entier, pour avoir plus de loisir de servir Dieu étant exempte des embarras et des tracas du mariage; ou enfin pour avoir plus de moyen d'employer à la nourriture des pauvres, ce qu'il faudrait employer à vos enfants si vous étiez mariée.
Les cinq vierges folles, dont Jésus-Christ parle en l'Evangile, ne suivirent pas cet avis, elles gardèrent bien la virginité; mais elles laissèrent ronger leur cœur à la taupe de l'avarice : les lampes de leur virginité étaient bien nettes et luisantes, mais elles n'étaient pas ardentes, il n'y avait pas de feu d'amour de Dieu, ni d'huile de miséricorde envers le prochain.
S'il était permis à un valet de parler après ses maîtres, et de proooser son sentiment, je dirais que les fleurs de lys de nos jardins se flétrissent un peu par le tonnerre, et que celles de l'Eglise sont encore plus délicates, puisque le chant peut quelquefois ternir leur éclat; et je conseillerais à ceux qui ont du pouvoir dans les monastères des filles, de n'y pas permettre la musique. En voici les raisons. Premièrement, les deux plus célèbres fondatrices d'Ordre, sainte Claire et sainte Thérèse, ne l'ont pas introduite en leurs maisons. En second lieu , tout ce que nous faisons doit servir à la gloire de Dieu , et sa gloire extérieure consistant à ce qu'il soit connu, aimé et obéi, je ne vois pas en quoi il est mieux connu, aimé et obéi par cette musique que sans elle. Vous direz qu'elle attire le peuple à leur église : il est vrai ; mais c'est-à-dire qu'elle fait que plusieurs qui, un jour de Pâques, ou d'autre fête, iraient à la cathédrale ou à la paroisse ouïr le chant grégorien, qui ne ressent point les airs profanes, vont prendre plaisir d'entendre les fredons de quelques filles. Vous me direz derechef que ce chant élève le cœur à Dieu ; oui, le cœur de quelques-uns ; mais pour un
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qu'il élève et qu'il attendrit d'une dévotion sensible, qui n'est pas la plus solide, il en abaisse et attache plus de dix à la créature; et nous savons par l'aveu de plusieurs, que ces voix mignardes les amollissent, les charment et leur donnent des pensées impudiques. En troisième lieu, il peut y avoir du danger de quelque secrète vanité en celles qui ont belle voix, de murmure et de jalousie en celles qu'on ne fait pas chanter si souvent , ni à des jouis si solennels que les autres. En quatrième lieu, on est obligé de flatter celles qui chantent bien, et les dispenser de matines et d'autres régulant- s de peur qu'elles ne soient enrhumées pour les ténèbres, ou pour le jour de Pâques : bref, au lieu que les autres religieuses, pendant le canon de la messe, s'appliquent à faire des actes d'adoration, d'amour, d'oblation , ou de remerciement, celles-ci sont occupées à prendre leur ton, à accorder leurs violes, à concerter leurs voix, ou à regarder par quelle clef l'on doit chanter; et le Sauveur a dit que Dieu est un esprit, et qu'il veut être adoré principalement pu esprit (Joan. 4); et saint Augustin a dit * : Quand il m'arrive d'être plus ému et touché par le chant, que par la chose que l'on chante, je reconnais qu'il y a du péché, et que je mérite d'en être puni.
4° Et saint Thomas a dit 2, que les instruments'de musique sont plus propres à nous émouvoir à délectation , qu'à former en nous une bonne disposition.
Quatrième point. — 1° Si vous avez grand soin de suivre ces avis et de cultiver ainsi la pureté, elle rapportera beaucoup de fruit, car encore qu'il y ait tant de convenances, de rapports et de ressemblances entre les fleurs de lys et les vierges, si est-ce qu'il y a aussi une grande différence; les fleurs de lys ont de belles feuilles, mais elles n'ont point de fruits; elles sont les ornements d'un jardin, mais elles n'en sont pas les richesses ; les fleurs de lys spirituelles ont des feuilles et des fruits tout ensemble, elles sont des ornements et des trésors de l'Eglise; elles ont une beauté et une fécondité nonpareille. Je vous pourrais dire avec saint Ambroise, que cette vertu engendre les martyrs : Non ideô laudabilis virginitas , quia in martyribus invenitur, sed quia ipsa martyres facit. Non-seulement en ce que la virginité perpétuelle est un martyre non-sanglant, moins horrible et moins affreux que le sanglant; mais plus long et plus ennuyeux : Rio nimirùm , quo membra cxduntur horrore quidem mitius , sed diuturnitate molestius. Mais en ce que quasi toutes les vierges, qui ont été fermes et inébranlables en leur sainte résolution dans les assauts des tentations , ont converti à la foi et au désir du martyre , ceux qui les sollicitaient à mal faire ou ceux qui se moquaient d'elles, ceux qui les tourmentaient ou ceux qui les regardaient. Ainsi saint Cyprien, non celui de Garthage , mais de Nicomédie, étant payen et magicien, fut converti par sainte Justine ; l'avocat Théophile , par sainte Do-
1 Aug., lib. 10. Confess., cap. 33. sub finem.
2 D. Thom., 2. 2. q. 29 , art. 2. in quarto argumento, et in rexjwnsione ad illud.
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rothée; les cinquante philosophes, par sainte Catherine; et saint Valérien , par sainte Cécile.
2° Je pourrais encore dire : Que la virginité est la mère des ordres religieux car les saints patriarches qui ont été fondateurs, ou réformateurs des religions et des communautés régulières, ont été quasi tous vierges; comme saint Benoît, saint Bruno et saint Bernard, saint Romuald , saint Norbert el saint Etienne de Grandmont, saint Dominique, saint François d'Assise et de Paule, saint Philippe de Néri et le cardinal de 'Bertille, sainte Claire, sainte Catherine de Sienne' et sainte Thérèse. Mais pour abréger tout en un mot, il faut seulement dire que la virginité a été si féconde, qu'elle a produit le Saint des saints : car elle a enfanté JÉ^us, elle a été aussi heureuse en sa fécondité, que le Père éternel, puisqu'elle a conçu et donné au monde le môme Fils, le môme Verbe et le même Dieu que le Père éternel conçoit en son sein infini et divin. C'est saint Chrysostome qui fait celte remarque; car répliquant à la Vierge sur ce qu'elle disait à l'ange : Comment est-ce que je concevrai , puisque j'ai fait vœu de virginité? Il lui dit : Et c'est pour cela que vcus. concevrez, parce que vous avez fait vœu de virginité ; et en une autre homélie rapportée par Mélaphraste : Cùm enim Beata Maria suprà omnem naturam humanam castitatem servaret, proptereà Christum Dominum in ventre concepit : Elle était ornée de toutes les plus excellentes vertus en un trèséminenl degré; mais toutes les autres n'eussent pas eu assez d'amorce pour attirer en son sein le Fils de Dieu , si elle n'eut été vierge.
3° Il y a eu devant elle plusieurs grandes saintes qui se sont rendues recommandables en la pratique des vertus les plus héroïques et signalées qu'on saurait désirer; car qu'y a-t-il eu de plus charitable que Rebecca (Gènes. 24, 14)? elle vient à un puits tirer de l'eau pour le service de son père, elle y trouve un étranger, un homme inconnu qui mène avec soi plusieurs chameaux et lui dit : Permettez-moi que je boive un peu en votre cruche? Tenez, buvez à votre aise, lui répond-elle, je puiserai encore de l'eau pour abreuver tous vos chameaux. N'était-ce pas bien charitable? Qu'y a-t-il eu de plus austère que Judith (8, 5)? c'était une jeune veuve extrêmement riche en argent, en troupeaux et en héritages, l'Ecriture le dit, et toutefois tous les jours de sa vie elle portait le ciliée sur sa chair et jeûnait excepté les grandes fêtes; elle vivait retirée en un petit oratoire au haut de sa maison; n'est-ce pas être bien mortifiée? Qu'y a-t-il eu de plus patient que Sarar, femme du jeune Tobie (3, 9)? Une de ses servantes lui dit des injures, la calomnie et la maudit en sa présence, l'appelant meurtrière de ses maris, et cette pauvre demoiselle sans récriminer, sans injurier et sans repartir un seul mot, sans môme se plaindre tant soit peu , sans reprendre de mensonge cette insolente et sans lui souhaiter de mal , endure patiemment, se retire en son oratoire, ouvre son pauvre cœur à Dieu et lui remontre sa disgrâce ; n est-ce pas être bien patiente? Qu'y a-t-il eu de plus humble que la sage Eslher (14, 16)? elle commandait à un des plus grands et puissants empires qui aient jamais été au monde, je ne sais si jamais prince a été si puis-
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sant qu'Artaxercès son mari : il avait cent vingt-sept provinces ; jamais reine n'a possédé si entièrement le cœur de son mari comme Esther celui de ce prince; cependant elle faisait litière de toutes ses grandeurs , elle n'en faisait non plus d'état que de la poussière et des cendres, elle les avait en horreur comme des ordures. Qu'y a-t-il eu de plus dévot que sainte Anne laprophétesse? elle demeurait dans le temple si assidûment, qu'il est dit en l'Evangile (Luc. 2, 36) qu'elle n'en sortait point , servant Dieu jour et nuit depuis sa jeunesse jusqu'à l'âge de 84 ans.
Et néanmoins toutes ces dames si dévotes, si humbles et si patientes, si austères et si charitables, n'ont point attiré le Fils de Dieu en leur sein, parce qu'elles ne lui avaient pas consacré leur virginité; et Marie seule lui a gagné le cœur, elle l'a charmé par les doux attraits de sa pureté virginale ? Et après tout cela vous n'estimerez pas cette vertu , vous ne porterez pas un très-grand respect aux âmes qui en sont douées? vous aurez la hardiesse et la témérité de les souiller par vos folàtreries, vos paroles lascives, vos regards impudiques, ou par vos désirs sensuels et dissolus? Et après cela vous espérerez être assisté de la Vierge, vous ne craindrez point d'encourir sa malédiction ayant empêché une fille d'entrer en religion pour conserver sa virginité ; ayant induit au péché une fille ou une femme chrétienne?
Conclusion. — 1° Supposons que vous ayez commis un crime qui soit punissable de mort, et que vous ayez quelque espérance que la reine obtiendra du roi votre grâce, et qu'étant à Paris pour cet effet, vous alliez vous promener dans le jardin de la reine. Si son jardinier vous disait : La reine est fort curieuse de fleurs , elle les aime passionnément, mais entre autres les fleurs de lys, elle les chérit avec tant d'excès, qu'elle les a voulu planter elle-même, les arrose tous les jours , elle-même les cultive et elle en est si jalouse, qu'aussitôt que quelqu'un en approche, elle tremble et crie de ses fenêtres qu'on se retire d'auprès de ses fleurs. Si sachant très-assurément qu'on vous dit vrai, vous alliez en son parterre arracher les fleurs de lys, ou les flétrir et les gâter à sa vue et en sa présence, que dirait-on de vous, où serait votre jugement, y auraitil apparence qu'elle voulut s'employer vers le roi pour obtenir votre grâce? C'est ce que vous faites ^ mais en un sujet bien plus sérieux et important; vous êtes criminel de lèse-majesté divine , vous avez commis tant de blasphèmes, de débauches et d'ivrogneries; vous avez besoin de la faveur de la Reine des cieux, vous êtes perdu si elle n'a pitié de vous et si elle n'obtient votre grâce ; mais lui en donnez-vous le sujet? vous savez qu'elle aime uniquement toutes les âmes vertueuses, et principalement les vierges qui sont les fleurs de lys de l'Eglise :
Qui pascit inter lilia, Septus choreis virginum.
Vous savez qu'elle a tant d'affection pour la vertu de pureté, que c'est elle qui l'a plantée dans le parterre de l'Eglise, qu'elle l'arrose incessamment de ses influences virginales ; qu'elle en est si eu-
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rieuse et si jalouse, qu'aussitôt qu'un jeune homme folâtre approche d'une de ses vierges, la Mère de Dieu tremble pour elle; elle a peur qu'on ne lui dérobe cette fleur, ou qu'on flétrisse sa pureté par quelque parole déshonnête; et vous tâchez d'en dérober quelqu'une à la sainte Vierge; vous leur dissuadez le dessein d'épouser le Fils de Dieu dans un monastère?
2° C'est donc à vous, vierges chrétiennes, que le Saint-Esprit adresse cette parole : Florele flores quasi lilium , date odorem frondete in gratiam, benedicite Dominum in operibus suis (Eccli. 39, 19).
Flores. Vous êtes les fleurs de l'Eglise , les parures et les ornements du parterre de Jésus. Florete , fleurissez en bonnes œuvres, en actions de piété, en humilité, en charité et en miséricorde. Sicut lilium, il parle à vous toutes, et il ne dit pas sicut lilia, mais lilium; vous devez être en si bonne intelligence, unies si étroitement, si saintement et si inséparablement par le lien de charité, que vous ne sembliez être qu'une seule. Date odorem, ne vous contentez pas d'être chastes en votre cœur et au dedans, ne dites pas : Il est vrai que je suis un peu libre en compagnie, que j'aime à dire le petit mot, que je ne veux pas être prise pour une religieuse , je veux être dévote sans en avoir le renom; mais souvenez-vous que saint Paul a dit : Providentes bona non solùm coram Deo, sed et'iam coram hominibus. Que le Sauveur dit : Sic luceat lux vestra coram hominibus. Que le Saint-Esprit dit : Date odorem, et que la bonne odeur de votre modestie, retenue, sagesse et taciturnité se répande par toute la ville.
Frondete in gratiam. La chasteté, sans la grâce de Dieu, est une fleur sans verdure, sans fraîcheur et sans vigueur, qui n'a point de grâce, qui est toute flétrie et à demi fanée; c'est une vertu morale et humaine, non surnaturelle et méritoire. Benedicite Dominum in operibus suis, bénissez Dieu et le remerciez de ce que vous avez encore ce trésor, qui, étant une fois perdu, ne se fecouvre jamais. 0 qu'il y a de grands saints au ciel , de bonnes âmes sur la terre, qui le voudraient avoir comme vous, pour en faire un très-agréable préstnt à Dieu! Si vous lui consacrez cette fleur, si vous la conservez pure et entière jusqu'au dernier soupir de la vie , vous aurez une couronne toute particulière, vous serez en la compagnie de la très-sainte Vierge, entre les fleurs de lys des archanges au nombre de celles qui suivent l'Agneau partout où il va. Amen.