LA MORT DES BONS
La mort des saints est Précieuse aux yeux du Seigneur. — « Peut-être, dit saint Léonard, ne savez-vous pas apprécier comme il convient la &râce d’une bonne mort. C’est une grâce telle que les plus grands saints ne pensaient jamais l'avoir. méritée, quelques bonnes œuvres qu'ils eussent faites pour Dieu. Si même Dieu avait refusé la grâce d'une bonne mort à sa propre Mère. il ne lui eût fait aucun tort; car c'est une grâce si grande que personne ne peut la mériter, » ;
Bonnes œuvres, — I] y a des choses dont nous ne connaissons
pas le prix avant la mort, Avoir combatty le bon combat contre Satan; avoir dit « Non » à ceux qui nous portsient au pérhé ; avoir été patient dans la Pauvreté, dans le chagrin, dans la souffrance ; avoir été bon et miséricordieux à l'égard des pauvres : voilà des choses dont nous apprécions rarement la valeur, quand la mort est loin de nous. Mais lorsque notre dernière heure est venue, elles nous paraissent tontes différentes et procurent une grande joie à nos cœurs. É :
La porte du ciel. — Figurez-vous un voyageur qui, à l’occasion d’un voyage lointain, s’est trouvé durant de longs jours et de longs mois exposé à la gelée, à la neige, à la pluie, aux ténebres,-à la fatigue et à la faim. Quel contentement n'éprouve-t-il * pas quand, apercevant sa maison, il songe au repos qu'il va y goûter? — Cependant son bonheur n'est rien en comparaison de celui qu'éprouve un homme juste, quand, après des années de douleurs, de tentations et de tristesses, il se voit à la porte du ciel et sur le point d'entrer dans les délices de ce paradis, dont les joies sont si grandes que l’œil de l’homme n'a point vu, ni Son oreille entendu, ni son cœur compris ce qu’elles sont !
La visite de Jésus et des anges à l'heure de la mort, — Ceux
(1) Ps, cxv, 15,
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LIVRE VIT, — LA MORT. 247 ‘coutez ; n'entendez-vous pas les hymnes de louanges et d'actions de grâces que les Saints chantent dans Je ciel? » — Quelques instants aprés il expira,
Le méme saint Parle encore d'une autre personne appelée Romula, qui était aussi estropiée et ne Pouvait marcher, Dans toutes ses Souflrances, q'ii durèrent de longues années, elle était admirable de Patience et de douceur, À sa mort, les personnes qui la veillaient virent,
vers minuit, une lumière céleste briller:
dans la chambre, et elles entendirent un bruit semblable à celui
que l'on entend lorsqu'un grand nombre de personnes se pressent pour entrer dans un salon, Il se
répandit en même temps dans l'appartement une odeur plus agréable que celle des parfums les plus exquis, Trois jours après, Romula demanda la sainte communion; quand elle l'eut reçue, on entendit une musique délicieuse et tout angélique ; Puis, son âme s’échappant de Son corps s'envola au ciel !
Rien d'étonnant que les anges ot Jésus lui consoler les justes au Moment de leur mort, Jé proinis? N'a-t-il Pas dit : « Je reviendrai e avec MOË, afin que vous S0Yez là où je suis? à
L'heureux enfant. — Un Pauvre petit orphelin avait été recueilli par une personne âgée fort charitable. Dans cet asile, le Pauvre enfant se trouvait encore dans un bien grand dénûment. Il avait pour habits de misérables haillons, et Souvent rien à manger pour apaiser ga faim. Sa bienfaitrice ne pouvait faire que très-peu pour lui, car elle était fort pauvre elle-même.
ÿ avait quelqu'un là-haut qui s'occupait de lui. Dieu lui tenait lieu de père; il avait donné Sa grâce à cet Ï Ï ime de faveurs célestes, de sorte
l’entouraient : «EE
-même viennent sus ne l’a-t-il pas t je vous prendrai
et celui qui est le Dieu des orphelins enten
sagner un chétif morceau de pain, le Pauvre enfant passait son temps à vendre quelques paquets d’allumettes. Souvent tout en Marchant accablé de fatigue, il leva
Pelant qu'il avait au ciel une tendre mère, il récitait de nombreux “ Je vous salue, Marie, » À chaque fois qu'il répétait : « Sainte Marie, More de Di
leu, priez pour nous, pauvres pécheurs, Maintenant et à l'heure de notre mor
ê, » une pensée Jui venait à l'esprit : « Oh! se disait-il, qu'il me serait doux de mourir et d'aller avec la Sainte Vierge en paradis! ,
Dieu n'oublie Pas les pauvres qui le monde délaisse, A Ja vérité, il attend la vie fu
ture pour les récompenser : — Bienheureux les Pauvres, car le royaume des cieux est d'eux; —
(1) Jo, xrv, 3.
mais cependant parfois il leur envoie même ici-bas quelques petites consolations pour fortifier leur cœur défaillant. Ainsi voulut-il que les chiens vinssent lécher les plaies du pauvre Lazare. Ainsi encore, quand ce petit enfant avait faim, suggéraitil à un cœur charitable la pensée d'avoir pitié de lui et de lui donner un morceau de pain. A son tour, le petit orphelin n'oubliait jamais que Dieu est le distributeur de tout don parfait ; aussi chaque fois qu'il avait quelque chose à manger, il faisait le signe de la croix avant et après son pauvre repas, Jamais le soir, il ne laissa tomber sa tête fatiguée avant d'avoir dit sa prière et examir® sa conscience; la dernière chose qu'il faisait avant de s'endormir était de disnoser ses. bras en forme de croix sur sa poitrine, et de dire : « Jésirs, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur et mon âme. » Le pieux enfant allait à confesse chaque mois, et peut-être que personne au monde si ce n’est le prêtre qui entendait sa confession, ne savait combien son âme était agréable à Dieu. Jamais il ne manqua à la messe le dimanche, et même pendant la semaine, il y allaïiv le plus souvent possible. Dans l’église, il aimait, quand il le pouvait, à aller s'agenouiller de ant la balustrade de l'autel où résidait le Saint- Sacrement. Il avait appris sans le secours d'aucun maitre à dire de belles petites prières à Jésus dans le Saint-Sacrement. Il disait par exemple : « Mon Jésus, je-crois que vous êtes présent dans le Saint-Sacrement: je vous adore, 6 mon Jésus! — Je vous remercie, Ô mon doux Jésus! — Je vous aime de tout mon cœur, » Comment avait-il appris ces prières? Personne ne pourrait le dire; car il n'avait jamais été en classe. Mais il priait de grand cœur, parce qu'il avait un grand amour pour Jésus ; mille fois il disait et redisait ces prières affectueuses.
Le pauvre orphelin avait environ neuf ans, Les années écoulées avaient été pour lui pleines de souffrances et de tristesse ; mais ces afflictions n'étaient pas l'effet du hasard. Dieu les lui avait ménagées depuis longtemps, — avant sa naissance, — de toute éternité, Elles étaient le chemin par lequel la divine Providence avait résolu de le conduire au ciel. « Je veux voir, s'était dit le Seigneur, si cet enfant sera sage et fidèle au milicu de ces épreuves; s’il me reste fidèle, je lui donnerai une récompense grande, très-grande dans le ciel. » — Les neuf années fixées par Dieu pour la vie de cet enfant étaient terminées, et il avait été sage, il avait bien servi son Créateur.
C'était par une froide soirée d'hiver. La neige et la pluie n'avaient cessé de tomber toute la journée sur le pauvre orphelin, pendant qu'il allait vendre ses allumettes. Rentré tard dans 1a cabane de la pauvre vieille, il n'avait pas faim, quoiqu'il n’eût guère mangé de toute la journée; mais il se sentait faible et malade. Le lendemain son état avait empiré, et chaque jour on le voyait dépérir. Enfin un voisin eut la complaisance d'aller
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chercher un médecin, — Le médecin arrive, il considère le malade et déclare qu'il va mourir,
L'ange gardien de l'enfant l'abandonne et se retire! Chose étonnante! car jamais son ange gardien ne l’a quitté un seul instant, Il l'a accompagné dans toutes ses voies; il a veillé sur lui et a pris soin de lui; il l'a consolé dans ses tristesses et dans son dévoñmnt. Pourquoi donc l’abandonne-t-il alors qu'il va mourir? Voici pourquoi. Son ange gardien le quitte pour aller à l'église auprès du Saint-Sacrement. Là, à genoux devant Notre-Seigneur, il lui parle ainsi : « Mon tendre Jésus, le bon petit enfant dont vous m'avez confié la garde va mourir. Je vous en prie, Seigneur, venez vous donner à ce pauvre enfant avant qu'il meure, et bénissez-le pour qu'il faëse une sainte mort, » — Or, depuis plusieurs jours, Jésus n'avait pas vu le petit.enfant dans l'église, et il savait pourquoi. Il savait trés-bien que l'orphelin allait mourir, et Jésus lui-même voulait qu'il en fût ainsi, L'ange gardien lui ayant adressé sa prière, Jésus se tourne vers ses anges; car il y a toujours des millions d'anges en adoration devant le Saint-Sacrement, « Mes chers anges, leur dit-il, le bon petit enfant que vous avez vu si souvent dans l'église va mourir ; car je veux l'avoir au ciel. Mais, avant sa mort, je vais aller me donner à lui et le bénir pour qu'il fasse uné sainte mort, » . :
Alors le prêtre vient prendre le Saint-Sacrement pour le donner à l'enfant mourant, comme il le donne toujours à ceux qui sont dangereusement malades. Voilà qu'une chose admirable se passe au moment où le Saint-Sacrement entre dans la chambre du petit orphelin. Jésus parle, — il parle au cœur de l'enfant ; personne toutefois ne l'entend que l'enfant lui-même, « Mon cher enfant, lui dit Notre-Seigneur, je suis Jésus que tu aimes: je veux que tu meures et que tu viennes au ciel, Et maintenant je suis venu ici pour me donner à toi et te bénir. » — Cet enfant sait bien ce qu’il doit répondre à Jésus; — car tant de fois il s'est agenouillé devant Jésus au Saint-Sacrement et il l'a prié!
1 lui dit donc ces paroles : « O Jésus, Fils de Dieu fait homme,
je crois que vous êtes présent dans le Saint-Sacrement. Doux Jésus, je vous aime! Et maintenant vous le savez, Ô Jésus, je vais mourir, et je veux mourir pour votre amour. Venez donc, mon bien-aimé Jésus ; donnez-vous à moi, et fortifiez mon pauvre cœur à l'heure de la mort. »
Le prêtre donne la sainte communion au petit enfant. Ensuite il lui fait les onctions aux Jeux, aux oreilles et aux autres sens, en priant Dieu que-dans sa miséricorde il lui pardonne tous les péchés qu'il a pu commettre par ces sens. Après la prière faite à chaque onction, l’enfant répond : « Amen. » — Enfin le prêtre lui donne la dernière bénédiction que l'Eglise donne aux mouranis, afin qu'ils n'aient plus de peines à subir en Purgatoire
pour l'expiation de leurs péchés, C’est ce que l'on appelle l'indut, gence plénière à l'article de la mort.
Les derniers moments du petit orphelin s'écoulent ; la mort n'est pas
ses gouttes de sueur sillonnent ses joues; ses yeux se tournent à droite et à gauche, comme s'il voyait quelque chose d'effrayant, Ce sont là des moments de crainte pour ceux qui entourent le malade et pour les anges du ciel, Pendant ce temps tous les anges, à genoux devant le trône de Dieu, prient pour le moribond. « O Dieu, disent-ils, ayez pitié de ce pauvre enfant qui se meurt; ne permettez pas que le démon viennent te tenter; bénissez-le, 6 Scigneur, pour qu'il fasse une sainte mort. Il a cru en vous, il a espéré en vous et il VOUS à aimé, » — C’en est fait, le petit orphelin est au moment Suprême,
Qu'arrive-t-il, croyez-vous, en ce moment décisif? Juste à la dernière seconde, l'orphelin dit dans son Cœur : « Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon Cœur et mon âme, » À peine a-t-il dit cette parole de résignation et de confiance, qu'il rend le dernier soupir, Déjà il est au ciel aux pieds de Jésus ; déjà Jésus lui met sur la tête une Magnifique couronne! — L'âme de cet enfant est au ciel : c'est Pourquoi les anges viennent chanter des hym-
nes auprès de son corps: car ils savent qu’il ressuscitera au derdernier joùr, glorieux et resplendi
de la mission. Lorsque ses Compagnons allèrent se confesser, il voulut y aller aussi; mais il ÿ avait tant d'enfants plus âgés que lui qu'il ne put pas avoir son tour. Vous savez que pendant la mission on choisit un Jour pour faire la consécration de tous les enfants à la sainte Vierge. Ce bon petit enfant ressentit un bonheur exsrême de se consacrer à la Reine du Ciel. Ce fut le dernier: exercice auquel il prit part. Le lendemain, il tomba malade au point qu'il ne fut plus capable de venir à l'église. Pendant les deux ou trois jours qu'il vécut encore, on n'entendit plus aucune parole sortir de sa bouche. Toutefois à ses derniers moments, sa
l'enfant parlait tout bas, elle prêta la plus grande attention : elle l’entendit prononcer ces mots : « Je suis consacré à Marie ; je suis l'enfant de Marie. — Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur et mon âme, + La mére n'entendant plus rien, jeta les yeux sur son fils, et elle s’aperçut qu’il venait d'expirer ! L'hymne de la mort, — À Blackburn, dans le Lancashire, un autre petit enfant de Septans assistait matin et soir anx ins.
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