LE JUGEMENT GÉNÉRAL OU FIN DE L'ENFANT RÉPROUVE
L'enfant damné à brûlé en enfer pendant de longs siècles. Jour et nuit, au bruit des gémissements et des hurlements des réprouvés, il a été en proie à des terreurs et à des supplices qui le mettaient hors de lui-même. Enfin un évènement inoui arrive en enfer. Tous les gémissements, tous les cris ont cessé, Les noires murailles de cette affreuse prison se sont ébranlées Jusque dans leurs fondements. L'enfer est devenu silencieux comme le tombeau, Qu'y a-t-il donc? — Une voix s’est fait entendre, voix qui ressemble au son le plus bruyant de la trompette, Cette voix a retenti jusqu'aux extrémités de la terre, et Jusque dans les profondeurs des mers. Elle a pénétré jusqu’au plus haut des cieux et jusqu’au plus profond abime de l'enfer, Cette voix a crié : « Morts, levez-vous ; venez au Jugement! » Le grand jour du Jugement général est arrivé,
s de l'enfer! Il regarde le ciel : le soleil s’est obscurci, et les étoiles sont tombées du firmament, I] regarde la terre, et il voit que les rivières ont arrété leur cours. Les vents ne soufflent plus; la mer rugit dans un trouble immense, Dans les villes et les villages, les maisons, les églises et les tours ébranlées ont été renversées, Les bêtes sauvages effrayées s'étaient élancées hors de leurs antres pour :hercher le secours de l'homme; les hommes s'étaient précipités dans les antres des bêtes sauvages pour s'y cacher, OÙ avaient gravi le sommet des
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montagnes dans l'espoir d'échapper aux malheurs qui les menaaient. Mais le feu de la colère du Tout-Puissant a tout détruit : elle a changé ce monde en un amas de cendres et de poussière, C’est la fin de toutes choses, Les commerçants ne vendent plus : il n’y a plus personne pour acheter. Les soldats ne combattent plus : toute guerre a cessé. Les enfants ne vont plus aux écoles : iln'y a plus de maîtres. Les terres et les maisons sont abandonnées : elles ne sont plus que déserts et que ruines, L'enfant réprouvé est témoin d’un autre Spectacle stupéfiant, Les pierres se détachent des tombes, Les tombeaux s'ouvrent. Les cadavres en sortent. Les ossements se meuvent. Chaque os cherche l'os qui Jui appartient, La poussière du tombeau se change en chair, Les crânes se couvrent de cheveux. Toute la terre est couverte de corps humains, Mais quelle différence il y a entre eux! Les uns sont magnifiques, brillants comme le soleil ; les autres hideux, horribles à voir, L'enfant damné cherche son corps. Il le trouve noir, difforme, abominable.1 En le voyant si affreux, il en détourne ses regards et le maudit. « Quoi donc, Ô corps maudit, s'écrie cette âme infortunée, serai-je contrainte de t'avoir pour prison durant toute l'éternité ? Quel aspect auraije donc, lorsque J'habiterai en toi? , Impossible de rendre sa colère, son dépit, sa rage, quand elle se voit forcée de rentrer dans ce corps si horrible. Le damné entre dans une telle fureur contre son propre corps, qu'il se met à le mordre et à le déchirer ! Mais ce grand jour présente encore un autre spectacle, Toutes les nations, tous les hommes, depuis Adam jusqu’au dernier enfant venu au monde, sont rassemblés dans la vallée de Josaphat, à l'est de Jérusalem, Quelle foule immense, innombrable! Tous sont dans l'attente d’un évènement prodigieux, Tout à coup le ciel s'ouvre; le signe auguste de la Rédemption, la Croix, la vraie Croix sur laquelle Jésus-Christ est mort, se montre à tous les regards, Son éclat remplit le ciel et la terre. Soudain on voit le Juge éternel s’avancer sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté, Des millions et des millions d'anges et d'archanges viennent à sa Suite, Le voilà siégeant sur Son tribunal. Tous les Jeux sont fixés sur lui: ceux-là même qui l'ont percé de clous le contemplent, A sa droite est assise sa sainte Mère, la Reine du ciel, Autour de lui siégent sur des trônes les douze Apôtres.
Déjà les Anges ont Séparé les bons d'avec les méchants. A droite sont les bons, à gauche les méchants et avec eux l'enfant
et des mères se trouvent Séparés de leurs
ères de leurs frères :
des sœurs de leurs sœurs. Oh! à quelles larmes, à quels cris
donne lieu cette séparation qui doit être éternelle !
(1) « Resurgent cum deformitatibus Corporalibus. » (S. Thomas.)
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Voilà qu'on est au soir de ce grand jour, le dernier soir qui sera jamais, L'examen a eu lieu, On entend la dernière sentence, «“ Venez, vous les bénis de mon Pére ; possédez le royaume qui vous à. été préparé des l'origine du monde, — Retirez-vous de moi, vous, maudits allez au leu éternel ; qui a été Préparé pour le démon et pour ses anges.\ » -— La terre s'entr'ouvre ; un abime immense et lugubre apparait. Les méchants y sont engloutis. Tous : démons, hommes, femmes, et avec eux l'enfant réprouvé, au milieu de la confusion la plus horrible, tombent dans l'enfer. Les portes de cette prison de Dieu se referment encore une fois, et pour toujours, Désormais elles ne s'ouvriront plus jamais, Le méchant enfant est en enfer pour toujours, pour toujours !
Le temps est fini!
L'éternité a commencé !