LA VISION DE SAINTE TÉRÈSE, — LA VISION DU VÉNÉRABLE BÈDE
place que les démons m'y avaient préparée, Cela dura très-peu ; mais quand je vivrais encore plusieurs années, il me serait impossible d'en perdre le souvenir,
» L'entrée de ce lieu de tourments me parut semblable à une de ces petites rues longues et étroites, ou pour mieux dire, àun four extrêmement bas, obscur, resserré. Le sol était une horrible fange d'une odeur pestilentielle et pleine de reptiles venimeux. À l'extrémité s'élevait une muraille, dans laquelle on avait creusé un réduit très-étroit où je me vis enfermée. Tout ce qui jusqu'à ce moment avait frappé ma vue et dont Je n'ai tracé qu'une faible peinture, était délicieux en comparaison de ce que je sentis dans ce cachot, Nulle parole ne peut donner la moindre idée d’un tel tourment: il est incompréhensible. Je sentis dans mon âme un feu dont, faute de termes, je ne puis décrire la nature. J'avais enduré de très-cruelles souffrances dans ma vie, et, de l’aveu des médecins, les plus grandes que l'on puisse
cune clarté brille, on la vue, Il ne plut pas plus grande connaissance de l'enfer. Il m'a montré depuis les châtiments encore plus épouvantables infligés à certains vices.
* J'ignore la manière dont ces visions avaient lieu ; mais je compris bien que c'était une grande grâce, et que mon adorable Sanveur avait voulu me faire voir de mes propres yeux de quel
supplices sa miséricorde m'avait délivrée. Car tout ce qu'on peut entendre dire de l'enfer, tout ce que j'en avais lu ou appris, n'est rien auprès de la réalité. Il Y a entre l'un et l’autre la même différence qu'entre un portrait inanimé et une personne vivante : être brûlé vif en ce monde est un supplice de rien en comparaison de ce que souffrent ceux que torture le feu dans l’autre monde.
» Il s'est écoulé à peu près six ans depuis cette vision, et je suis encore saisie d'un tel effroi en écrivant ceci, que mon sang se glace dans mes veines. Au milieu des épreuves et des douleurs, j'évoque ce Souvenir ; dès lors tout ce qu'on peut endurer ici-bas ne me semble plus rien; je trouve même que nous nous plaignons sans sujet, Je le répète, cette vision est à mes yeux une des plus grandes grâces que Dieu m'ait faites ; elle a admirablement contribué à m’enlever la crainte des tribulations et des contradictions de cette vie: elle m'a donné du courage pour les souffrir; enfin elle a allumé dans mon cœur la plus vive reconnaissance envers ce Dieu qui m'a délivrée, comme j'ai maintenant sujet de le croire, de maux si terribles et dont la durée sera éternelle,
» Depuis ce jour, tout me paraît facile à supporter comparativement à un seul instant qu'il me faudrait passer dans le supplice auquel je fus alors en proie. Je ne puis assez m’étonner de ce qu'ayant lu tant de fois des livres qui traitent ces peines de l'enfer, j'étais si loin de m'en former une juste idée, et de les
craindre comme je l'aurais dû. A quoi pensais-je alors, ô : 1
: O mon adorable Maître, soyez-en éternellement béni. Vous avez montré de la
manière la plus éclatante que vous m'aimez infiniment plus que Je ne m'aime moi-même. Combien de fois m'avez-vous délivrée
de cette noire prison, dans laquelle j'étais si exposée à tomber contrairement votre volonté !.
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L'odeur qui s'exhalait de ce goufire était insupportable, Mon guide se retira, de sorte que je me trouvais là frayeur, ne sachant que faire, Tout à coup j moi des voix qui pleuraient et se lamentaien sion, J'en entendis d’autres qui ricanaient méchamment, Ces voix s'approchaient de plus en plus de moi, et devenaient de plus en plus distinctes, Alors Je vis que ceux qui riaient et plaisantaient étaient des démons. Les pleurs et les lamentations venaient des âmes humaines qu'ils entrainaient en enfer, Parmi celles-ci, je vis un homme et une femme que les démons précipitaient au fond du gouffre brûlant. Lorsqu'ils furent de
de l’abime, je n'entendis plus leurs voix au Quelques instants
Qui jaillissaient de leurs yeux, de leurs bouches et de leurs narines, On eut dit qu'ils
voulaient me saisir avec les tenailles brûlantes qu'ils tenaient en main, Je regardai autour de moi pour appeler du secours, et Justement alors Je vis quelque chose comme une étoile qui brillait dans les ténèbres, La lumière venait de celui qui m'avait amené en ce lieu, Lorsqu'il fut près de moi, les démons se retirèrent. Alors il me dit: — , Ce gouffre affreux et infect dont tu as vu i e n’en sortira Jamais.
, €t vis de nouveau parmi les hommes :
veille sur toutes tes actions, et agis de manière à être admis au nombre des bienheureux habitants du ciel, » — À peine eut-il dit ces mots, que soudain je me retrouvai vivant parmi les