‹ Le missionnaire des enfants [microforme]Chapitre 42 sur 228 · CHANTER U L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

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On ne peut douter que le même principe de la sympathie du nombre n'agisse sur les enfants avec une force considérable, Le seul fait de se trouver réunis en grand nombre dans l'église, la messe dite spécialement pour eux, la vue de tant de petits compagnons qui se dispersent partout au sortir de l'église, tout cela les frappe, leur donne du goût, de l’ardeur et les attire irrésistiblement à des réunions où ils se voient mélés à une telle multitude de leurs semblables, Combien d'enfants abandonnés résistent à toute autre influence et ne cèdent qu'à celle du nombre, C’est comme une énorme boule de neige qui roule toujours et qui se grossit sans cesse en s'adjoignant de nouveaux éléments,

Nous supposerons donc une église remplie d'enfants, non pas d'enfänts laissés à leur propre faiblesse, à leur propre impuissance, mais, comme cela se pratique en beaucoup d'endroits, aidés et assistés autant qu'il en est besoin. Comme contraste, nous prions le lecteur de songer à l'état actuel des enfants, et de se rappeler tous les efforts tentés par l'enfer en ces derniers temps pour consommer la ruine de cette portion de la race humaine, qui est comprise sous le nom d'enfance. Maintenant nous lui posons cette question : « Y a-t-il au monde un moyen aussi puissant de soustraire les enfants aux maux cffrayants dont nous menacent les écoles anti-chrétiennes,1 que celui dont nous par-lons en ce moment : l'influence de la sympathie du nombre? Y at-il quelque chose de plus efficace que de les réunir en masse chaque dimanche pour accomplir le plus solennel de tous les actes religieux, et pour enflammer et réjouir leurs cœurs par les bienfaits innombrables du saint Sacrifice? »

Appuyé sur l'expérience, nous n’hésitons pas à dire que, lorsqu'il y aura une messe Spéciale pour les enfants et que l’on adoptera un moyen convenable pour la leur faire entendre avec attention et avec l'intelligence de ce qui se passe sous leurs yeux, le nombre des enfants qui assistent à la messe le dimanche augmentera des deux tiers. Il faut considérer en outre qu'on ne pourra jamais réunir un aussi grand nombre d'enfants soit à l’école du jour, soit à l’école du soir, soit à l’école dominicale, soit en tout autre temps. Ce n'est qu'à une messe de ce genre que le curé aura devant lui tous les enfants de sa paroisse et qu'il Pourra exercer quelque action sur eux, Dans certains endroits que nous connaissons, où il y a une messe Spéciale pour la généralité des enfants et des jeunes gens, il se fait une offrande volontaire et au libre choix des enfants. Beaucoup d’entre eux font avec joie leur offrande à l'autel, et reçoivent ainsi dès leurs

(1) Voir au Livre VI. chapitre HI

jeunes années une impulsion salutaire relativement à un devoir qui leur incombera plus tard.1 ;

Après ces considérations, nous croyons pouvoir affirmer trois choses en ce qui concerne la sainte messe,

1° S'il n’y a pas, dans les centres populeux, une messe spéciale le dimanche pour les enfants, un grand nombre d'entre eux n'entendront pas la messe, pourquoi ? parce qu'on aura laissé de côté le plus puissant moyen de les exciter à y assister: nous voulons dire la puissance de l'association et la sympathie du nombre. Un moulin où l’on n’amène que du mauvais grain, ne donnera certainement que de la mauvaise farine, Une congrégation, une paroisse est incessamment entretenue et renouvelée par les enfants. Du moment que les enfants ne sont pas réunis pour la messe le dimanche, ou bien du moment qu’ils n’entendent

pas la messe avec dévotion et profit, quelle sorte de paroisse.

pouvez-vous avoir? « Peut-on cueillir des raisins sur des épines, ou des fiques sur des ronces? — Un mauvais arbre produit un mauvais fruit? »

2° Si les enfants sont abandonnés à eux-mêmes pendant la messe, ils n'y feront rien pour la plupart, ou bien ils ferent pis que rien; car ils s’y comporteront mal. En outre, comme il n'y aura rien pour les intéresser, ils ne continueront pas longtemps à aller à la messe.

3° Si au contraire on a soin de leur venir en aide de la manière indiquée plus haut, on verra se développer les bonnes dispositions latentes que la sainte Ecriture nous dit exister dans le fond de l'âme des enfants, et la sainte messe deviendra le plus puissant moyen de les former à la vertu et de les instruire de la religion. Il sera moralement impossible qu’ils n'arrivent pas. à apprendre .parfaitement l'essentiel de la doctrine chrétienne, supposé même qu'ils n'aient point d'autre moyen de l'apprendre.

Ces affirmations, nous les basons non pas sur une simple conjecture, mais sur une expérience de longues années.

Voici ce qu'on lisait dans le journal l'Univers, il y a quelques années : « Les soldats des forts et des faubourgs de Paris n'avaient guère l'habitude d'assister à la messe le dimanche. Sous le patronage de Son Eminence le Cardinal Archevéque, quelques prêtres zélés prirent à tâche dernièrement de les réunir à l’occasion du devoir dominical. Ces prêtres ont été depuis imités par les Pères Jésuites et par d’autres religieux, Leur projet rencontra d’abord de grandes dificultés. Mais ils adoptèrent un plan qui réussit parfaitement, ce fut de faire chanter des cantiques par les soldats, pendant le saint Sacrifice, A partir de là, les militaires vinrent

(1) L'autcur veut parler sans doute du devoir qui incombe aux fidèles de pourvoir à l'entretien du culte et aux besoins des ministres des autels, (2) Matth. vir, 16-17.

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en foule à la messe; ils semblaient n'être Jamais las de chanter les cantiques et les prières de leur enfance. Les ofliciers suivirent l'exemple des soldats. La messe donna l'idée de précher aux soldats une mission pendant laquelle on les réunit chaque soir pour chanter des cantiques et entendre de courtes instructions, Cette mission eut pour résultat une communion générale, le jour de Pâques, dans tous les forts qui environnent Paris. »

Ce fait confirme notre assertion que, si les enfants sont laissés à eux-mêmes, la plupart n'assisteront pas à la messe, et beaucoup de ceux qui y assisteront n'y feront rien. Si au contraire vous les occupez d’une manière attrayante et instructive, vous les verrez accourir en grand nombre au saint Sacrifice, et leurs prières seront des prières « d'ure louange parfaite. »

La messe dont il s'agit ne doit pas être seulement pour les enfants des écoles, mais pour tous les enfants de la paroisse, qu'ils fréquentent l’école ou non, et aussi pour les jeunes gens qui fréquentent ou du moins que l'on aimerait voir fréquenter l'école dominicale, Dans les missions, quand il y a une messe spéciale pour les enfants, on remarque qu'ils remplissent toujours toute la nef de l'église: et nous croyons que presque partout où cela s’est pratiqué, ils ont continué à fréquenter leur messe après la mission. Conséquemment, toute la nef au moins doit leur être exclusivement réservée pendant cette messe, Il peut résulter de cette mesure quelque inconvénient pour l'une ou l'autre personne; mais aucun inconvénient ne saurait égaler celui de la perte de la jeune génération, Or, rien de plus efficace pour la sauver que cette messe spéciale, pendant laquelle on vient en aide aux enfants d’une manière proportionnée à leurs besoins,

Parlez avec douceur à la timide enfance :

Ainsi vous gagnerez sûrement sou amour, Prenez pour l'enseigner des accents de clémence : Car si vous l'effrayez, vous ne l'aurez qu'un jour.

Unc parole donce est ja petite goutte Qui tombe et va se perdre en l'océan d'un cœur : Mais le bien qu'elle opère en l'enfant qui l'écoute,

Vous le saurez au ciel, séjour du vrai bonheur.

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